*_____POV Bill
L'ambiance plombée par la petite altercation entre Nikola et Tom, la tension toujours à son apogée, on reste silencieux. Les regards fusent mais personne ne dit un mot. Je vois Tom du coin de l'oeil lever sa main plusieurs fois vers sa blessure. Dans cette ambiance lourde, Nikola refait son apparition et je lance un regard inquiet à Georg. Il ne faut pas que ça reparte en cacahouète. Georg me fait signe de ne pas m'inquiéter. Il se déplace à côté de Tom où il entame une conversation quelconque, afin de dévier l'attention de Tom qui commençait à fusiller le brun du regard. Ce dernier lui rend la pareille, les yeux haineux.
- Et si toi et Gustav repreniez la partie ? ; propose Georg dans une vaine tentative d'effacer la dispute encore imprégnée dans l'air.
Je lance un rapide regard à Gustav et je fais non de la tête. Je n'ai pas envie de jouer contre lui. Je n'ai pas envie que la tension avec Gustav soit réduite à un jeu débile. Ce n'est pas un gage stupide qui résoudra les problèmes entre lui et moi. Je sens pourtant le regard insistant de Gustav posé sur moi. Mais je ne céderai pas. Je fixe la petite table basse, résolu à ne pas tourner la tête vers lui. A l'ignorer complètement. Mais la brune à mes côtés ne semble pas être du même avis. Alors que je suis en train de concentrer toutes mes forces pour ne pas lui accorder ne serait ce qu'un regard ; pour ne pas lui sauter dessus en lui hurlant qu'il m'a déçu, qu'il m'a fait du mal, qu'il m'a trahi, que je ne lui pardonnerai jamais, Nadia me met un coup de coude pas très discret. Je fronce les sourcils et la dévisage contrarié. Ses prunelles grises me fixent avec rigidité. J'arque un sourcil ne baissant pas les yeux, la défiant; amusé et consterné à la fois par l'autorité qui se dégage de son visage angélique.
Mais c'est mort. Je ne lui parlerai pas. Son regard entêté me fait clairement comprendre qu'elle désapprouve mon comportement hermétique sur la situation. Ses yeux ne me quittent pas et brillent de cette façon fascinante bien à elle. Ses lèvres bougent sans émettre aucun bruit.
Ne fais pas ton chieur.
Quelqu'un se plante devant nous et interrompt le duel visuel qui se déroulait avec la tête de mule. Je distingue sa silhouette du coin de l'oeil et baisse le regard.
- Je peux te parler, Bill?Au son de sa voix grave, je relève le visage et croise une nouvelle fois les yeux de Nadia. J'hésite encore quelques instants puis lève la vue vers lui. Rien que de mêler mon regard au sien me broie les entrailles. Je referme les poings afin de garder le contrôle. Je pince mes lèvres formant une fine ligne et soupire longuement avec difficulté. La main de Nadia vient se poser sur mon avant bras m'incitant à accepter de lui parler. Je déglutis appréhendant ce que l'on va se dire. Ce qu'il m'avouera ou pas. Appréhendant mes gestes, ma perte de contrôle. Je me lève d'un bond sans dire un mot et cherche une pièce au calme. Je passe devant la petite pièce où Nadia a eu une pulsion plutôt agréable il y a quelques minutes. Je me vois mal entrer dans ce petit espace avec Gustav en voyant la scène avec Nad. Cette pensée me fait sourire mais l'avancée de mes pas me rappellent rapidement où je vais et pourquoi. Je pénètre dans une autre pièce faiblement éclairée qui s'avère être une salle à manger. Je distingue au fond un escalier. J'avance décidé, sans prendre la peine de voir si Gustav me suit, ou pas. Mes pas me semblent lourds. Arrivé à l'étage je choisis une porte au hasard et rentre. C'est un bureau où d'énormes bibliothèques décorent les murs. Je me retourne et m'adosse au bureau, sentant mon pouls augmenter progressivement, respirant avec amertume.
- Alors?; lancé-je rudement.
- Bill, je ...- Putain, Gustav, tu n'as pas idée à quel point je t'en veux.Je referme les lèvres, me maudissant de ne pas avoir su me contenir. De ne pas lui laisser le temps de parler, de dire ce qu'il a à dire.
- Je sais, Bill. Je le sais, crois-moi.- Alors pourquoi? POURQUOI t'as fait tout ça? Putain, Je sens ma gorge se nouer. J'essaye de reprendre mon souffle, pour ne pas m'effondrer. Pour garder le calme aussi difficile soit-il.
Gustav s'adosse à la porte fermée et triture ses mains d'un mouvement nerveux.
- Je suis désolé, Bill. Si je n'ai rien fait pour t'en parler avant, depuis que tu es au courant, c'est parce que je ne sais pas comment m'y prendre. Je ne sais toujours pas, d'ailleurs. Mais je ne supporte plus tes regards haineux. Ton silence me... Je ne supporte plus cette situation. Que l'on s'ignore. Que tu me haïsses ... Je ... Ton indifférence m'achève.Je ris nerveusement.
- Je ... Je n'ai pas d'excuses.- Je veux savoir pourquoi.- Je ... Je suis juste amoureux d'elle.A ses mots, je me précipite sur lui. J'agrippe son t-shirt au niveau du cou d'un mouvement brusque, le poussant contre la porte.
- Ca ne te donne pas le droit!Gustav déglutit avec difficulté, mais relève ses yeux vers moi.
- Je sais, Bill. Je sais que tu ne me le pardonneras jamais. Et je ne cherche pas à ce que tu me pardonnes, non. Je sais que rien ne sera comme avant entre nous. Que je t'ai trahi. Mais je veux juste que tu saches pourquoi je l'ai fait: Je suis fou d'elle, tu comprends? Fou. Et je ... Je ne sais pas. Je croyais qu'en étant comme elle, elle m'aimerait. Je lâche son t-shirt avec dédain et m'éloigne de lui. Je me retourne et le regarde dépité.
- Gustav, tu ... , Un poing fermé vient frapper rudement la paume de mon autre main. Cherchant les mots. Le courage de reparler de tout ça.
Tu m'as fait trop de mal. Tu m'as tué. Pendant très longtemps j'ai été un pauvre cadavre sur pattes, dérobé de toute émotion, grâce à toi. Dis-je ironiquement.
Putain, Gustav, tu étais mon ami. Plus que ça, tu étais ..., Je heurte une chaise dans mon élan nerveux. La douleur se fait rapidement sentir. Putain.
Tu... Je te hais, Gustav. Sache-le.Les yeux du blond rougissent et il détourne le regard.
- Je sais que mon amour envers Emma ne justifie pas ce que je t'ai fait, Bill. Mais sache que j'ai vécu un enfer pendant ces trois années.- TU TE FOUS DE MA GUEULE? ; vocifère-je.
- Non. C'est vrai. Dit-il la voix entrecoupée.
La culpabilité me rongeait. Et me ronge toujours. Je fais des cauchemars tous les soirs. Pourquoi je n'ai rien dit? Je me le demande aussi, Bill. Moi aussi. J'ai été lâche. J'avais peur de ta réaction, du sort de notre amitié ... Et je ne voulais pas te faire encore plus souffrir. Je ne me justifie pas Bill. Je veux que tu saches que je ne l'ai pas fait avec ... des mauvaises intentions. Pour moi aussi tu es plus qu'un pote.- TA GUEULE. Je ne crois rien. Je ne crois plus un seul mot. Dis-je, sentant la totalité de mes muscles crispés.
- Je comprends. Je comprends que tu ne veuilles plus me parler. Je ... J'essayerai d'expliquer tout ça à ... David. Je suis sincèrement désolé Bill. Sincèrement.Sincèrement. Ce mot sonne faux sur ses lèvres.
Tellement faux. Les larmes envahissent mes yeux exténués et je lui tourne le dos pour qu'il ne voit pas mon état piteux. Je n'avais pas pensé à David. Ni au groupe. A rien d'autre que ce ne soit à la haine que je ressens envers lui, et Emma. Je ne pensais qu'à leur comportement, au pourquoi. Mais pas au groupe. Mon coeur se serre cruellement. Il faut que je parte. Que je l'éloigne de moi sinon je vais lui faire mal. Sinon je vais exploser. Je me dirige vers la porte d'un pas brusque, le pousse légèrement et descends l'escalier à toute vitesse. Je ne supporte plus sa présence.
Gustav, je ne veux plus rien à faire avec toi.*
_____POV Leila
Tom joue du bout des doigts, l'air ailleurs. On est entré dans la fameuse pièce minuscule pour trouver un foutu gage.
Monsieur a gagné. Monsieur prend son pied. Je croise les bras, attendant patiemment qu'il savoure sa victoire et qu'il brise le silence. Alors qu'il est enfoncé dans son mutisme, je repense aux mots de Quentin tout à l'heure.
Quel con. Quel con ... Comment peut-il sortir avec cette sorcière? Je ne comprendrai jamais les mecs. C'est décidé. La partie contre Tom m'a légèrement fait oublier mon malaise soudain dû à la conversation avec Tinou. Ma haine contre le dreadeux, et mon fougueux désir de le battre ont rapidement séché mes larmes. Mais je lui en veux. Comment peut-il être aussi aveugle? Aussi ... Aussi MEC? Je revois sa bouille dorée m'annoncer le plus tranquillement du Monde
« Je sors officiellement avec Emma ».
Connard.
Connasse. Bande de connards. Vous êtes tous des ...
- Bien. Après mûre réflexion ..- Oh arrête, hein . Ne fais pas style tu sais réfléchir. Sors ton gage pourri et laisse-moi partir. J'ai des comptes à régler. - Ouaip. Mais le mien en priorité. Je veux que tu ailles voir Nikola, et que tu me défendes. Que tu lui dises de ne pas se mêler entre nous. Que tu es grande et que tu n'as pas besoin de ses conseils à la con. Que tu es bien avec moi; mieux qu'avec lui d'ailleurs. Que ...J'écarquille les yeux, stupéfaite qu'il ose me demander ça.
- Quoi ? Non mais ça ne va pas? Ca va encore créer des embrouilles! Je n'ai pas envie de me prendre la tête avec lui et ...- C'est les règles du jeu. - Non mais il ne s'agit plus d'un jeu là, Tom ! On ne peut pas jouer avec les gens, avec les sentiments. Ca va lui faire du mal et ...- Ce n'est pas toi qui disait Que le meilleur gagne? Un bon joueur ne fait pas preuve de pitié, compassion, ni d'amitié. Tous les coups sont permis. Je te rappelle que l'on a imposé une seule limite. Et à mon souvenir, pas celle de ne pas faire du mal aux autres.- Mais tu t'entends parler ? T'es une ordure sale poulpe. - Je suis un bon joueur. C'est tout.- Je ne me prendrai pas la tête avec Nik ... - Très bien. Alors tu perds. Tu avoues ta défaite. Je suis plus fort.- Non ! - Alors fais-le !- Mais ...- T'inquiète pas, il s'en remettra. Tu n'es pas le centre du monde tu sais?- Tu fais ça par orgueil. Parce que tu n'as pas aimé qu'il te tienne tête. Parce que tu n'as pas aimé qu'il ait osé.- Pense ce que tu veux. Mais fais.- Tu vas regretter de m'avoir demandé ça, Tom. Crois-moi.- Je n'attends que ça.- Je vais te faire bouffer toute ta méchanceté gratuite. Il laisse apparaître un sourire en coin et s'approche de moi. Je panique l'espace de quelques milli secondes, mais je me rends rapidement compte qu'il a d'autres intentions. Sa tête se baisse et se rapproche de mon oreille.
- Quand tu veux.Il s'éloigne et remet sa casquette en place. Je reste bouche bée face à son sarcasme. Il a le don de me sortir de mes gonds ce mec, putain. Il plante son regard dans le mien, me fait un clin d'oeil et sort de la petite pièce. Je reste figée ne sachant pas quoi faire. J'ai envie de crier, de le taper, de hurler. Mes yeux s'embuent pour la deuxième fois de la soirée. Mais je me ressaisis rapidement. Mes doigts viennent sécher l'eau salée accumulée dans mes yeux.
La vengeance est un plat qui se mange froid Kaulitz. *
Sous le regard faussement indifférent de Tom, j'ai parlé à Nikola. Je lui ai dit ce que le poulpe voulait que je lui dise. Pas avec les mêmes mots. J'ai essayé d'être le plus diplomate possible. Alors que je parlais, je fixais mes pieds, honteuse de contribuer au plaisir sadique de Tom. Honteuse de me plier à ses exigences coûte que coûte. Pour montrer qui est le plus fort. Pour ne pas craquer. J'ai menti. J'ai dit des tas de choses que je ne pensais pas. Nikola n'a pas tout compris. Il ne s'est pas énervé comme je croyais. Il m'a juste dit
« On n'a plus rien à se dire si tu penses comme ça. » Et il est parti. Sous mon regard noyé de larmes.
Je l'avais retrouvé. Et voilà que je le laisse partir, une deuxième fois. Je me suis effondrée sur le canapé et Georg est venu faire le clown pour me redonner le sourire. J'ai souri. Mais j'ai eu Nikola dans la tête le reste de la soirée. Ses yeux incompréhensifs me hantèrent pendant un long moment. Je me suis haï d'être aussi égoïste. De faire passer ce jeu dangereux avec Tom avant ma relation avec Nikola.
Avant tout. Je me maudissais d'être aussi débile. J'ai alors été voir Quentin pour remettre les comptes à zéro avec lui. Pour ne pas être en guerre avec tout le monde. Mais surtout parce que j'avais horriblement besoin de lui. Et parce que je savais, au fond de moi, que c'était ma dispute avec lui qui m'atteignait le plus. Je m'étais énervée quand il m'a annoncé qu'il sortait avec Emma. Je lui ai demandé pardon et je me suis enfui dans ses bras. Il m'a serré fort contre lui.
Et Dieu, ce que je me sentais bien. Je me sentais loin de tout ça. Loin de tous ces problèmes. Il m'a bercé et je suis restée des longues minutes enlacée à lui. Rien ne semblait m'atteindre dans ses bras. Il a parlé. Il a dit des conneries pour me changer les idées. Et ça a marché. J'ai rigolé dans son étreinte.
J'ai pleuré entre deux rires. Et j'ai mouillé son polo Ralph Loren. Normalement, il m'aurait défoncé. Mais là il a souri et m'a embrassé sur le front. On n'a plus reparlé de notre dispute. Ni d'Emma. Ni du pourquoi je le faisais souffrir. On était dans les bras l'un de l'autre.
Juste ça. A rire. Et laisser échapper quelques larmes rebelles.
Les garçons sont partis peu après la fin du tournois Wii. J'ai souri en voyant Bill et Nadia se tourner autour puis se fuir l'instant suivant. Après qu'ils se soient embrassés "
secrètement", ils ont échangés quelques mots timides, mais en bonne Nadia, elle l'a évité le reste de la soirée. Elle lui a souri lorsqu'il est parti. Bill a arqué son sourcil ne comprenant rien à son comportement. J'ai rigolé lorsqu'elle s'est mise sur la pointe des pieds pour embrasser sa joue. Et lorsque Bill l'a dévisagé surpris. Il s'est mordu la lèvre et a bougé la tête de gauche à droite, incrédule. Il lui a rendu son sourire et est parti. Les autres ont suivi. Tom m'a fixé longuement avant de partir, mais ne m'a rien dit. Quentin est resté dormir. Et on a parlé toute la nuit, prenant soin de ne pas aborder le sujet tabou.
*
_____POV Bill
J'ai reçu un appel inconnu l'autre soir. J'ai répondu sceptique.
C'était Sascha. J'ai été étonné. Elle m'a dit qu'elle avait beaucoup réfléchi et qu'elle avait besoin de me voir.
J'ai accepté. On s'est donné rendez-vous au café qu'on avait l'habitude de fréquenter ensemble. A ma grande surprise, elle est arrivée à l'heure. Ce qui était très bizarre chez elle. Tout du moins, il y a trois ans en arrière. On s'est assis à une table et on a commandé distraitement. On s'est regardés pendant longtemps avant d'énoncer les premiers mots. Les premières phrases de cette rencontre inattendue. J'ai du mal à définir exactement ce que je ressentais à ce moment là. En sa présence. J'avais affreusement mal mais la douleur se dissipait doucement au rythme des minutes qui s'écoulaient. Oui. J'ai eu un abrupt pincement au coeur lorsque nos regards se sont croisés devant le café. Mais plus le temps passait, en sa compagnie silencieuse, moins j'avais mal. Le silence entre nous se prolongeait. Elle avait du mal à se lancer. Je ne la basculais pas. Je buvais ma limonade la dévisageant. Observant ses gestes incertains. Indécis. Elle a pleuré avant même de parler. Je me suis agité sur ma chaise, mais elle m'a fait signe de la main de rester où j'étais. J'ai eu mal de la voir ainsi.
- Je ne sais pas quoi dire. J'ai pourtant tellement de choses à te dire, Bill. Je ne sais pas par quoi commencer.M'a-t-elle dit. Je l'ai regardé. Et j'ai assimilé combien sa phrase était vraie. Combien elle était remplie de sens. Moi aussi j'avais tellement de choses à lui dire. Et pourtant, on était là, à se fixer dans un silence étrange. Elle a commencé par parler d'Emma. Elle m'a raconté qu'elle l'avait téléphoné le même jour qu'on s'est retrouvés. Elle lui a exigé en pleurs la vérité. Et Emma lui aurait tout dit.
A sa façon, évidemment. Elle a alors dit qu'elle s'est revue sombrer dans le même calvaire qu'il y a deux ans. Qu'elle en avait marre de souffrir autant pour cette Histoire qui n'avait plus lieu d'être aujourd'hui. Elle s'est tu pendant des longues minutes. Elle a repris sereinement. Elle m'a dit qu'on ne pouvait pas changer la méchanceté des gens, ni le passé.
Qu'il y a des choses indépendantes de notre volonté. Qu'on avait été victimes de personnes malhonnêtes, oui. Mais qu'il était temps qu'on renaisse de nos cendres. Qu'on ne les laisse pas nous abattre. Qu'on reprenne les contrôle de nos sentiments et qu'il était temps de mettre une fin à cette souffrance. Elle a souri, tremblant légèrement.
J'ai retrouvé ce sourire d'autrefois. Celui qui m'envoûtait autant à chaque fois qu'il faisait son apparition. A ce moment là, sous ce sourire illuminant son triste visage, j'ai été soulagé. Allégé d'un poids énorme que j'ai longtemps cru enfui dans mon inconscient. J'ai longtemps cru que ce sourire me perdrait. Extrêmement apaisé. C'était si intense que je ressentais le soulagement vibrer dans chaque parcelle de mon corps. Soulagé. Car j'ai constaté que je n'avais pas mal en la fixant. Que ses yeux ne poignardaient plus mon coeur. Et que son sourire n'avait plus le même effet auquel j'étais devenu accro il y a trois ans. Que pendant très longtemps j'avais souffert en gardant cette image que j'avais d'elle à un temps
t. J'ai cru que les sentiments à son égard avaient été congelés et gardés au fond de moi. Alors j'ai souffert, croyant qu'ils étaient toujours présents. Mais non. Je ne me suis pas rendue compte que les sentiments s'étaient enfuis. Qu'ils n'étaient pas congelés dans mon coeur comme je croyais. Que je n'étais plus amoureux d'elle comme j'ai cru pendant tout ce temps. Elle m'a alors dit que ça ne valait pas la peine se raconter comment on avait vécu notre séparation. Qu'on avait énormément souffert. Chacun de notre côté. Ni plus ni moins que l'autre :
Juste différemment. Que cela ne servait à rien, si ce n'était que remuer la plaie. Elle a allumé une cigarette, puis a continué dans sa lancée. Elle a dit qu'il était mieux de ne pas se raconter ce qu'il s'est passé pendant ces trois années d'absence. Qu'on devait regarder vers l'avant. Et enterrer la douleur. Je l'ai écouté parler pendant deux heures. Elle aussi semblait se rendre compte que la douleur n'existait plus aujourd'hui. Que si l'on souffrait autant c'était
que par rapport à notre passé. Etant donné comment les choses se sont finies d'un jour à l'autre, abruptement, on est restés sur ces sentiments là. Qui nous ont hanté pendant trois ans.
Des sentiments fantômes qui erraient dans nos corps tourmentés. Elle a souri une nouvelle fois.
- Tu as changé, Bill. Tu es grand, tellement grand. Elle a alors commencé à me parler de ma carrière. Pour la première fois depuis deux heures trente, j'ai parlé à mon tour. Elle m'a posé des questions et on a discuté comme des vieux amis. On a ri timidement. Elle m'a avoué être venue à la quasi totalité des concerts donnés en Allemagne. Puis, elle a parlé de Nadia. Elle m'a raconté l'avoir croisé lors du dernier concert privé. Mais elle n'a pas voulu s'étaler davantage. Elle ne m'a pas demandé qui elle était pour moi, ni ce qu'elle représentait. Elle s'est limitée à prononcer son existence. Elle a juste dit qu'elle était très jolie. Je n'ai pas répondu. Elle m'a demandé des nouvelles de Tom. J'ai parlé longtemps de Tom. Elle m'écoutait souriante. Il commençait à se faire tard. Mon téléphone nous sorti de la conversation. C'était Tom. Il voulait que je revienne à l'appartement pour qu'on puisse rentrer à Hambourg le soir même. Noel approchait. Je finis alors le troisième verre de limonade et m'excusai. Elle balaya mes excuses d'un signe de la main. Le silence se réinstalla entre nous.
C'était si bizarre. Elle était là, en face de moi. On venait de passer trois heures ensemble. A parler, parler ... parler. Et on n'avait pas ressenti ce mal qui nous rongeait l'existence. C'était nouveau, et étrange.
On se sentait renaître. On se fixa quelques minutes. Je lui proposai alors de passer le nouvel an avec nous. Elle écarquilla les yeux, puis versa quelques larmes de joie. Je me levai alors de ma chaise, fis le tour de la table et la pris dans mes bras. Je me détachai d'elle et pris ma veste.
- Je suis si fière de toi, Bill.Furent ses derniers mots.
*
__31 Décembre , 23h02_______POV Leila
- NADIA UBACH . Il est onze heures, on va louper le NOUVEL AN putain. On va le passer dans la voiture, on parie ?- Mais tais-toooi. On arrive dans dix minutes chez ... C'est chez qui déjà?- Une amie des jumeaux. Une telle ... Lyah il me semble! Allez, speed!- Je mets les talons argentés ou les noirs?- Les argentés. Marco et Tinou sont déjà en bas.- Et s'il ne me trouve pas belle? ; me demande-t-elle croyant réellement que Bill pourra un jour la trouver moche.
- Mais oui tu es belle; même avec un sac de poubelle sur la tête Bill te trouverait canon. Dépêche toi !!*
_23h20_On arrive enfin à la demeure de Lyah. Les grandes portes s'ouvrent et Quentin accélère pénétrant dans la grande allée. Des jardins immenses gisent aux côtés de l'allée. Des fontaines décorent la pelouse intensément verte. Quentin stationne la voiture où d'autres sont également garées. On descend et je tourne la tête, regardant la maison éblouie. On dirait un palais. J'aperçoit Nadia du coin de l'oeil dans le même état que moi à mes côtés. Puis on se regarde, stupéfaites.
Mais qui est cette Lyah? Marco et Tinou se dirigent vers l'immense porte d'entrée sans se soucier de nous, plantées immobiles devant cette Maison immense.
- Allez les filles, bavez à l'intérieur.Nadia me met un coup de coude et on rentre les quatre ensemble. Je fais un appel en absence à Georg pour qu'il vienne nous chercher au hall dans lequel nous venons d'entrer et qu'il nous présente à l'hôtesse de la maison. Deux hommes se tiennent droits à chaque côté de la porte. Nadia et moi admirons la luxure du long hall. Quentin s'approche de nous et murmure.
- Les filles, dissimulez un peu. Ils vont vite se rendre compte qu'on n'est pas des riches.J'allais répliquer lorsque Georg apparaît par une porte accompagnée d'une fille ravissante. Je la détaille minutieusement. Je reste figée devant sa beauté surnaturelle. Elle est petite mais ses talons dissimulent parfaitement sa taille. Des cheveux bruns qui lui arrivent jusqu'aux épaules et des yeux verts très foncés. Elle est très élégante et marche vers nous avec grâce. Je suis en admiration totale devant cette jeune fille qui a ensorcelé mon regard.
- Bonsoir. Lyah ; se présente-t-elle.
- Quentin, enchanté. - Marco.- Nadia.- Leila , lui dis-je souriante.
- Eh bien mes poules. On arrive juste à temps pour faire péter le champagne !- Entrez je vous en prie. Je suis ravie de vous rencontrer. Georg et Bill m'ont beaucoup parlé de vous. L'envie irrépressible d'interroger Georg sur l'identité de Lyah me brûle les entrailles, mais ça ne le fait pas. Pas devant elle. J'aimerais lui retourner son compliment, lui dire que nous aussi on a beaucoup entendu parler d'elle mais ce n'est pas le cas. Je ne me souviens pas d'avoir entendu l'un des garçons parler de Lyah. Elle nous guide et on pénètre dans un grand salon. Les stroboscopes scintillent et la musique résonne très fort dans la grande salle. Elle s'empresse de faire signe à un barman qui nous offre à boire. Nous prennons une coupe de je ne sais quoi puis elle s'excuse et se perd dans la foule. Nous suivons Georg vers un coin de la salle où il y a un petit groupe installé sur des somptueux canapés en cuir. Emma se jette dans les bras de Quentin dès qu'elle l'aperçoit.
Salope. Marco, Nadia et moi saluons le reste du groupe.
*
_____POV Nadia
Bill m'avait dit qu'elle serait là. Mais je ne m'attendais à arriver et les voir rire
ensemble. Je bois ma coupe d'un trait et avale avec difficulté. Je fais la bise à tout le monde en faisant le tour de la petite table. Y compris eux.
Bill et Sascha. Bill m'interroge du regard mais je l'évite rapidement. Je ne m'étais pas préparée psychologiquement à le voir comme
ça avec elle.
Si proches. Je m'assois à côté de Georg et de Marco. Georg parle assidûment avec Leila à sa gauche. Marco avec Quentin et Emma. Je fais semblant de m'intéresser à la conversation qui se déroule entre le dernier groupe mais je n'écoute rien. Je suis attentive au moindre rire provenant de ma gauche.
De leur duo. Le moindre geste que j'arriverai à déceler du coin de l'oeil. Je joue l'indifférence, mais rien n'est plus dur. J'ai juste envie de tourner la tête vers eux, voir et entendre tout ce qu'ils font et disent. J'essaye de m'intéresser vraiment à ce qu'ils disent à ma droite mais je n'arrive pas.
Il ne vient même pas me parler. Je commence à avoir chaud. Je viens d'arriver que j'ai déjà envie de partir. Je ..
- Nadia ! Tu as entendu? M'interloque Leila à ma gauche.
A mon grand désespoir, je me vois obligée de tourner la tête vers elle. J'entrecroise furtivement le regard de Bill qui est toujours submergé dans la conversation avec Sascha. Je pose mes yeux sur Leila et m'oblige à les clouer sur place. Bill et Sascha sont maintenant dans mon champ de vision. En second plan, certes.
Mais je les vois. Je concentre toutes mes forces pour ne pas dévier le regard vers eux. Pour fixer Leila coûte que coûte. Je fais non de la tête et elle poursuit.
- Lyah est la fille de Jost ; m'explique-t-elle à toute vitesse.
Je la regarde sans la voir. Mes yeux sont cloués sur elle et pourtant toute mon attention est focalisée sur le deuxième plan.
Ils rient. Putain.
Reprends-toi, Nadia. Je m'efforce de continuer la conversation avec Leila.
- Oh. Qui est Jost?, demande-je machinalement.
- Le manager du groupe. Nadia ! Tu sais, le mec à qui j'ai fait croire que je sortais avec Tom. Le mec qui ne m'aime pas trop quoi, me répond elle joviale.
- Ah.- Je comprends maintenant. Cette maison, Georg. Je n'avais jamais rien vue de tel. Enfin si. A la télévision. Jamais j'avais été dans un endroit comme celui-ci. Tu imagines?La voix de Leila résonne dans ma tête, mais
leurs rires encore plus.
Toujours en fond. Je manque un battement lorsqu'elle lui prend une main et lui désigne sa manucure. Je vois Bill lui expliquer comment il fait patiemment.
Mon Dieu. Par chance, un barman passe à notre table, et je m'empresse d'empoigner une autre coupe. Espérons que c'est fort, parce que je ne vais tenir longtemps. Je fixe Leila qui sourit et parle toujours avec Georg. C'est à leur conversation que je fais semblant de m'intéresser maintenant. C'est plus pratique pour les espionner, en fait. Ma coupe se vide rapidement, alors je prends celle de mon frère qui est tellement submergé dans sa conversation avec Tinou et Emma qu'il ne s'en rend même pas compte. Je bois une longue gorgée et fixe à nouveau Leila. De quoi doivent-ils parler à cet instant? Et pourquoi il la regarde comme ça? Et pourquoi elle est aussi belle ce soir? Et pourquoi diable je n'arrive pas à faire autre chose que m'intéresser à ce qu'il fait? Bois Nadia.
Bois, oublie. Oublie et bois. J'ai mal à la tête, mon dieu. J'aurais dû rester chez moi, je le savais! En plus il est bientôt minuit. Les gens vont sauter de joie et ... tout ce qui s'ensuit.
- Je t'avais raconté non Nad?- Han ? De quoi?- Tu m'écoutes là?- Oui, pardon. Je pensais à autre chose ; mens-je centrant mon attention sur elle.
- De ce que Tom avait fait avec Nikola. Au tout début.- Oh oui. Il a répondu sur ton téléphone et lui a dit que vous aviez ... - Exact. C'est comme ça que la guerre avec Tom a commencé. Il s'est ensuit une cascade diableries de sa part et de la mienne. Mais tu sais ce qu'il m'a fait faire comme gage l'autre soir, Georg? Elle part alors dans l'explication du gage. Elle raconte qu'elle a accepté et qu'elle a dit des choses horribles à Nikola. Et ... La conversation s'éteint une nouvelle fois dans ma tête. Je vois Sascha dans l'arrière plan montrer je ne sais quoi à Bill sur son portable. J'en ai marre ... J'ai envie d'aller prendre de l'air. Soudain, le groupe s'agite à l'autre bout de la table, ce qui attire mon attention. Il s'agit d'un brun qui se lève et se forge un passage pour faire le tour. Il se dirige vers le groupe que formons Georg, Leila et moi. Je le regarde surprise, certaine de ne pas le connaître. Je ne lui accorde plus d'attention me disant que c'est sûrement un ami de Georg qui vient le saluer. Mais à ma grande surprise il se plante devant moi, se baisse et se présente.
- Alexander. Il attend que je me présente à mon tour mais je mets du temps à assimiler.
Qu'est-ce qu'il me veut lui? -
Nadia.- Tu viens danser? Il me tend sa main, souriant. Je fronce les sourcils. J'ouvre la bouche pour refuser mais je rencontre fugacement, pour la deuxième fois, les yeux de Bill. Alors je me rappelle combien j'ai envie de fuir leur duo.
A quel point j'ai du mal à supporter leurs rires. Je profite de l'occasion et accepte souriante la main du tel Alexander. Je pars danser avec le parfait inconnu. Et on s'en fout.
*
Les verres s'enchaînent sur la piste de danse. L'inconnu, aussi connu sous le nom d' Alexander danse superbement bien. L'alcool monte doucement à la tête mais je suis dans la phase heureuse, euphorique, joviale. Je me déchaîne sur la piste oubliant enfin leurs gueules à la con. Leurs sourires et leurs regards. Je ne sais pas d'où il sort ce brun mais il m'a sauvé la vie. Il se rapproche de moi et crie.
- Tu es vraiment très très très ... belle.Je souris en réponse à son compliment puis continue ma danse, sans le quitter des yeux. Un barman passe encore dans le coin et j'agrippe un verre. Alexander m'imite hypnotisé. La danse semble s'éterniser, mais je suis bien là.
Loin de lui. Je n'ai pas envie de retourner à la table avec le groupe. La musique s'arrête soudainement. Une voix féminine annonce au micro que le compte à rebours va être lancé.
Que 2009 arrive à grand pas. Alexander me prend par la taille et me guide vers la table où l'on était. Leila n'est plus là. Intuitivement je cherche Tom des yeux, qui lui aussi se porte disparu.
Eh bien.*
Dix
Sascha
Le coeur comprimé sous cette avalanche de révélations, confessions et rires; je me force de ne pas continuer à le fixer. En vain. Je le scrute donc discrètement, un verre humectant mes lèvres, dissimulant mon regard insistant. Je ne peux m'empêcher de retracer ses courbes, ses traits, ses couleurs. Trois ans que je ne l'avais pas vu.
Trois ans. Et on a tellement changé. Il a tellement changé.
Grandi. Il n'a plus cette bouille de souris qui m'enchantait autant. Non. Ses traits sont plus murs. Toujours aussi fins. Aussu parfaits. Mais quelque chose a changé. Son regard, peut être. Oui. Voilà. Il ne me regarde plus avec cette ardeur qui habitait ses yeux lorsqu'il me fixait. Ce défi permanent au fond de ses yeux n'y est plus, non plus. Cette fascination qui enveloppait son regard posé sur moi.
Tant de choses ont changé.
Neuf
Nadia
Ce que je peux détester les derniers secondes de l'année. Comme je peux haïr tous ces gens naïfs, qui espèrent secrètement -
encore- que la nouvelle année sera meilleure que la précédente. Tous ces gens qui se gonflent naïvement de nouveaux espoirs. Ca me donne envie de vomir. La terre tourne, le cycle est toujours le même. Pourquoi cette année serait moins pire? Ce n'est pas 2009 qui va me rendre mes espoirs, mes croyances, ma confiance. Ou encore, mes parents. Je laisse échapper un petit rire nerveux puis m'éloigne du groupe. J'ai horreur de les voir dans cet état piteux :
celui d'y croire. J'ai horreur de savoir qu'ils tombent dans le même piège toutes les années. Une fois ça va. Deux, ça va. Trois, ça ne va plus.
J'y croyais, moi aussi. Je ressentais moi aussi cette joie qui t'embaume le coeur le sor du nouvel an. A quoi bon? Toutes les années sont pareilles. La vie ne fait que continuer son rythme minable. Un barman passe à mes côtés et me tend un verre. Malgré la lumière qui scintille, je plisse les yeux afin d'identifier le liquide, sans succès.
Tant pis. Je saisis le verre d'un geste sûr. Je visualise au bar ce garçon brun avec lequel j'ai dansé tout à l'heure. Il est seul. Il semble détester ces instants autant que je les déteste moi même. Je me dirige vers lui. Il est temps d'oublier. Le temps.
Et lui.
Huit
Georg
J'observe minutieusement Gustav qui a l'air songeur; Bill qui a le regard perdu dans l'air; Sascha qui dévisage Bill discrètement. Emma sautille sur place enlacée à Quentin. Je fais un tour rapide des yeux. Tom et Leila ne sont pas avec nous.
Normal. Marco regarde sa soeur s'éloigner, fronçant les sourcils. Je m'approche de lui, et lui tape gentiment l'épaule.
Elle ne se perdra pas. Les derniers instants 2008 s'écoulent.
Et tout le monde semble penser à autre chose. Je souris en contemplant les autres. En observant leurs gestes, expressions, mouvements. En écoutant leur mutisme. Je vois toujours ce qu'ils ne voient pas,
ou qu'ils ne veulent pas voir. Je vois la souffrance de Gustav, son amour maladif envers Emma. Je vois cette dernière amoureuse de Bill, malheureuse d'être transparente. Bill chercher des réponses perpétuelles. Tom s'interdisant de vivre autre chose que ce qu'il connaît, craignant fermement l'inconnu. Nadia fascinée par Bill. Marco s'inquiéter en silence au moindre geste de sa soeur. Quentin ... Quentin. Le seul que j'ai du mal à cerner. Un sourire béat étire mes lèvres. Je ris sachant où se trouve Tom à cet instant même; je ris pensant à son rituel de
minuit.
Le Rituel Nouvel An. Je ris en pensant à Tom, oui. Ce petit frimeur qui croit avoir tout compris à la vie du haut de ses 19 ans. Qui se croit plus fort que les autres, et qu'il n'a pas besoin de
ça. Et pourtant,
Pourtant. Il est déjà trop tard. Mais il ne verra pas que la situation lui a glissé des doigts.
Pas d'aussitôt. Non, pas encore. La vie a encore beaucoup de tours à lui apprendre, des pièges sous la main pour le faire sombrer, et des réalités à lui faire accepter.
Sept
Gustav
Ce nouvel an est particulier. Il diffère des trois précédents. Ce soir je me sens différent. Ce soir je peux regarder Bill sans sentir cette boule venir se loger au fond de ma gorge. Sans sentir mes entrailles brûler vives sous ses yeux innocents. Sans me sentir défaillir sous son étreinte comme il m'arrivait lorsqu'il me sautait au cou pour me souhaiter la nouvelle année. Mais cette désintégration de mon âme n'avait pas lieu seulement lors du Nouvel An.
Non. Chaque jour depuis sa dispute avec Sascha.
Mille trois cent vingt cinq jours. Ce soir, je respire. Sans brûler de l'intérieur à chaque fois que son sourire se posait sur moi. Ou lorsqu'il venait frapper à ma porte se plaindre sur le mauvais travail d'un tel, sur un concert foiré, sur les bêtes qui ne laissaient pas dormir pour finir écroulé de rire par terre. Ou encore lorsqu'il prenait en compte mes conseils et m'écoutait attentivement comme s'il n'y avait pas une autre parole
Vraie.
Tous. Absolument tous les moments passés à ses côtés contribuaient à ma perte. Je me détruisais petit à petit, à feu lent, sous son regard fervent. Ce soir, le compte à rebours ne semble pas me détruire au rythme des secondes qui s'engrènent inexorablement. Non, ce soir, les secondes écoulées suivent le chemin du temps, sans m'obstruer l'existence. Ce soir, mon coeur respire une nouvelle sensation longtemps étrange: l'apaisement. Il ne se triture plus dans tous les sens sous son regard joviale. Mille trois cent vingt cinq jours.
C'est long. Je remplis longuement mes poumons soulagés, et malgré la dense fumée qui flotte dans l'air, qu'est-ce que ça me fait du bien. Mes yeux s'embrument. Je regarde autour avide de tous les sourires, rires, gestes, de toute la joie qui m'entoure. Je la savoure sous cette nouvelle fraîcheur. Ce sentiment de culpabilité qui me collait à la peau et m'asphyxiait n'y est plus. Il ne me pardonnera jamais. Mais il me voit tel que je suis. Il me déteste car je le mérite. Il m'aimait pour ce que je n'étais pas. Il me hait pour ce que je suis. Mille trois cent vingt cinq jours. Il est temps d'arrêter de compter.
Six
Emma
Tes yeux ne seront jamais aussi beaux que les siens, Quentin. Ton nez ne sera jamais aussi parfait. Tes lèvres ne seront jamais aussi séduisantes. Ni ta peau aussi imberbe. Ni tes cheveux aussi bruns. Ni ta hauteur aussi idéale. Ni tes gestes aussi particuliers. Ni ton regard aussi intense. Ni tes mains aussi soignées.
Non, tu ne seras jamais lui, Quentin. Pourtant, qu'est-ce que je peux aimer les moments passés à tes côtés. Qu'est-ce que je peux adorer ce bleu océan qui m'enveloppe lorsque tu me regardes. Qu'est-ce que je peux aimer ton humour pourri. Et tes grimaces perpétuelles. Parfois
, seulement parfois, tu arrives à me le sortir de la tête.
Et je te remercie pour ça. Oui, je te remercie. Mon Dieu, les dernières secondes 2008 ne me vont pas du tout.
Cinq
Bill
Je m'excuse auprès de Sascha. Je lui dédie un dernier sourire et pars à la recherche de cette longue tignasse châtaine. De ces boucles parfaites. De cette robe blanche. Mon coeur accélère au rythme du compte à rebours. Les battements deviennent des spasmes frénétiques. Notre rencontre m'apparaît tel un souvenir lointain, inaliénable.
Insaisissable. J'essaye de me rappeler de ce que c'était ma vie avant de te rencontrer, Nadia. De ma façon de sentir, de rire, de pleurer. Mais le souvenir est nébuleux. Le présent, ta rencontre, ta présence, ton existence semble avoir tout effacé. Non, je n'arrive pas à me souvenir de comment était ma vie avant toi. Comme si je n'avais pas vraiment vécu avant de te rencontrer, avant de sentir ton parfum narguer mes narines. Avant de glisser mes doigts le long des tiens. Avant de t'embrasser. Et pourtant, atteindre le soleil me semble plus aisé que t'atteindre toi. Les premières vingt minutes. Ton incompréhension.
Demain tu m'auras oublié. Comment aurais-je pu? Seule toi sus me sortir de la routine qui peignait mon Monde. Seuls tes yeux gris ont attiré mon attention. Seul ton caractère à la con a su me captiver. Ton indifférence. Toujours présente.
Que cachais-tu? La soirée en boîte.
Frère jumeaux tu as dit ? Ca veut dire qu'il n'y a pas UN Bill sur Terre mais DEUX? Je revois encore tes grands yeux s'écarquiller, ébahie.
Surtout effrayée. Comme si cette idée te retournait l'estomac. Tes transformations.
Bill ... Heu ... C'est quoi ton nom déjà? Bill Kaulitz, enchanté. Tu étais complètement bourrée, mais c'était drôle. La méfiance avait quitté tes yeux, pour laisser place à une curiosité débordante. Ton mur s'était effondré.
Tu étais toi. Je me rappelle, je t'ai raccompagné chez toi. Tu ne tenais pas débout. Je t'ai monté dans ta chambre. Tu as enfouie ta tête dans mon cou. Ta fragilité.
Reste. Et tu l'as demandé. Là, j'ai compris beaucoup de choses. Je suis resté. Je t'ai regardé dormir paisiblement. Ta haine.
Tu es encombrant Bill, tu le sais? Tu m'avais sorti une longue liste de défauts et reproches à n'en pas finir. Moi aussi. Sauf que moi je m'en foutais. Tu pouvais posséder tous les défauts du Monde, j'aurais continué à te faire chier.
Encombrant. Tu ne savais pas si bien dire. Ta folie.
Ne fait pas ta chochotte. On est déjà trempés. Une goutte de plus, une de moins. Tu m'avais encore étonné ce soir là. Tu étais différente lorsque tu as traversé la porte d'entrée. On a échangé quelques regards timides. Quelques mots. Il a plut. Tu as voulu marcher lentement sous la pluie, mais tu as fini par courir.
Tu choisis toujours de courir. Ton manque de confiance.
Tu mijotais quelque chose. Rien de bon. Je l'ai lu dans tes yeux. J'ai décidé de courir, au cas où. Tu as bien fait. Tu me parlais différement. La peur t'avait quitté sous la pluie. Tu jouais.
Comment était-ce possible? Ton obstination.
Juste amis. Tu m'as dit qu'on ne pouvait pas se cotoyer. Que les personnes célèbres ne traînent pas avec les gens d'un autre Monde. Ca m'a fait rire. C'était si innocent. Ta peur
. Ouvrez la porte ou je tue Bill Kaulitz et vous n'avez plus de chanteur. Ils nous avaient enfermé dans ma chambre. Tu étais hystérique au début. Tu étais horrifiée d'être enfermée avec moi dans vingt mètres carrés. Tu étais adorable. Ta faiblesse.
Laisse-moi pleurer. Ne t'approche pas. Je t'en supplie, ne t'approche pas. Et de façon inattendue tu m'as ouvert ton coeur, pour la première fois. Pour la première fois, tes yeux ne me fulminaient pas du regard. Et tu as parlé longuement. Je t'ai écouté. J'ai eu mal. Ton innocence.
Serais-je vaccinée contre le temps? J'entends encore cette amertume imprégnée dans ta voix lorsque tu me posas cette question. Je t'entends t'effondrer, silencieusement. A l'aube, on a vu le soleil pointer ses premiers rayons sur la ville endormie. Ta philosophie.
Aimer c'est risquer de perdre. C'est risquer de ne pas être aimé en retour. Tes convictions sont ancrées au plus profond de toi. Personne pourra te faire changer d'avis. A moins qu'on te démontre le contraire.
Je suis là pour te contrarier, de toute façon. Ta timidité.
Tu peux arrêter de sourire comme un con? Tu me demandes souvent ça. Et je continue toujours à sourire comme un
con. Je n'y peux rien. J'aime voir ton allure déstabilisée lorsque je te fixe intensément ou te souris malicieusement. J'aime te voir péter un câble car tu n'aimes pas ça. Tes aveux.
Je veux dormir avec toi. Mais on n'a pas dormi ensemble. Ce soir là, tu m'as dévoilé la vérité. Je t'ai haï injustement. Je t'ai maltraité.
Je suis désolé. Tu m'en as voulu. Mais tu as fini par répondre à mes appels. Tes lèvres.
Viens . J'ai fermé les yeux au bout du fil. Allégé. J'ai descendu les escaliers en trombe et ai pris les clefs de la voiture. Tom m'a suvi. Mais je suis venu. C'était un mot.
Un seul. Un mot qui changea beaucoup de choses. Imperceptibles, certes. Mais elles changèrent. Je suis venu et je me suis effondré dans tes bras. Ton air faussement blasé.
Tu es impossible. Pire qu'un gosse.Tu essayais de me faire dormir, sans succès. Je n'arrêtais pas de parler, et ça t'énervait. J'aime assister à tes transformations. Tu peux être souriante ou calciner vif n'importe qui qui s'interpose dans ton chemin d'un moment à l'autre. Ton humour douteux mais qui me fait pourtant rire comme un
con.
Attention aux baleines affamées de chanteurs. Ce furent des longues semaines loin de tes yeux gris. Tes messages me faisaient sourire. Loin, je me sentais étrangement plus proche de toi. C'était bizarre. Mais c'était agréable comme sentiment.
Suis-je tombé amoureux à ce moment là? Je ne sais pas. Peut être c'est à ce moment là que je m'en suis rendu compte.
Peut-être. Ta mauvaise foi.
Je suis entièrement vaccinée contre l'effet Kaulitz. J'étais débarqué chez toi par surprise. Et tu es restée congelée sur le pas de la porte. Tu m'as sauté dans les bras des longues minutes après. J'ai attendu que tu me dises quelques chose. Quelque chose qui me prouvait que tu tenais à moi comme je tenais à toi. Mais tu n'as rien dit. Une dispute de plus.
Un silence de plus. Ton caractère exécrable.
Moi aussi je suis désolée et tu ne sais même pas pourquoi. C'était le jour où j'ai revu Sascha. Tu étais venue me dire tout ce dont j'avais besoin d'entendre. Mais tu n'as pas osé, encore une fois. Tu es partie en claquant la porte.
J'avais envie de t'égorger. Ta sagesse
. Les choses n'ont l'importance qu'on leur donne. Avec du recul, ta phrase me fait sourire amèrement. Si tu appliquais ta propre philosophie à ta vie, ça serait moins difficile entre nous. Oui, tu as raison. Oui. Mais et toi alors ? Pourquoi donnes-tu autant d'importance à ton passé? Pourquoi n'essayes-tu pas de te focaliser sur le présent? Le futur?
Tu es un paradoxe ambulant, Nadia. Tu sais? Oui, ta phrase est criante de vérité, et pourtant tu es la dernière à y croire. Ta carapace.
Loin de toi. Tu as prononcé cette phrase deux fois. Les deux fois elles ont eu le même effet de bombe nucléaire sur moi.
Elle est si vraie. Elle te caractérise tellement. Je la crains et la chéris au même temps. Et puis, toi.
L'autre Nadia. Tu m'as horriblement manqué. Tu as osé. Certes, je t'ai un peu forcé. Mais cette phrase a traversé tes lèvres. Tu m'as regardé longuement, et tes joues ont légèrement viré au rose. Malgré ta timidité soudaine, tes yeux brillaient, ce qui te donnait un air sûr de toi. Si tu savais la vitesse à la quelle mon coeur palpitait.
Tu aurais flippé. Ton impulsivité.
C'était une pulsion. Et là. Tu avais changé de personnage. Tu m'as sauté dessus. Je n'ai rien compris. Mais ma torpeur n'a pas duré longtemps. Tu m'as embrassé.
Et je me suis noyé en toi.
____Et avant toi ?, rien.
Quatre
Marco
Le compte à rebours touche à sa fin. Je regarde affolé autour de moi. Nadia n'est pas revenue. Je sais combien elle déteste ces instants. Je sais combien elle a mal, à cet instant même. Je sais combien elle en veut au Monde de tromper l'être humain. Je sais combien elle est fragile, surtout les soirs du nouvel an. Je sais à quel point les souvenirs remontent. Surtout ce soir là. Je connais le mal qui la consume et pourtant, je n'y trouve pas le remède. Je n'ai pas les moyens de stopper le venin. De soigner ses plaies béantes. De lui redonner de l'espoir. D'effacer ses souvenirs. De lui redonner confiance. Je m'apprête à partir à sa recherche, angoissé. Une main se pose sur mon épaule. Je tourne la tête vers celle-ci. Il s'agit de Georg. Il lève son verre vers moi, et me dédie un sourire rassurant. Je croise son regard apaisant. Joyeux. Je souris à mon tour, contaminé par l'énergie qu'il dégage. J'ai l'impression qu'il sent mon angoisse, mais qu'il me dit que
tout va bien. Je souris, oui. Malgré le fait que cela me semble impossible. Car ... Dans quel monde
tout va bien ?
Trois
Leila
Mes ongles s'enfoncent dans sa peau au rythme de ses va et vient. Mon corps se tortille sous lui, et j'arque mon dos afin de m'abandonner complètement à lui. Je n'aurais jamais imaginé, il y a quelques mois de me trouver ici, dans ses bras.
En lui. Dans un lit inconnu. Le soir du nouvel an. Je sens mes yeux se perler légèrement. Je n'arrive pas à croire ce qu'il s'est passé ces derniers mois. Tout semble si irréel. Et si naturel à la fois. Et pourquoi diable n'arrive-je à résister à ses avances? Alors que les trois quarts du temps il me déteste et me traite mal?
A croire qu'on désire toujours ce qui nous fait mal. Deux
Quentin
Bien sûr que ce soir ne fait pas exception à la règle. Bien sûr que j'y pense. Comme chaque soir du nouvel an. Comme tous les 31 décembre de chaque année. Depuis ce fameux soir, nouvel an 1997. Mes neuf ans. Tes huit ans. Du haut de ton mètre cinquante.
Ce soir là. Le compte à rebours lancé.
Toi et
moi, sous la grande table.
Dix. Nos rires entremêlés. Oui, on venait de faire une connerie de plus.
Neuf. Ta crinière rousse dansant sur tes épaules frêles. Ta petite robe de princesse rouge flottant autour de toi.
Huit. Tes grands yeux verts et pétillants enfoncés dans les miens . Tes sourcils froncés. Ton nez trop droit légèrement ridé par l'expression espiègle de ton visage.
Sept. Ta main prenant la mienne.
Six. Me faisant signe de m'approcher de toi. Posant ta main libre sur mon oreille. Prête à m'avouer quelque chose. Cachés aux yeux de nos familles heureuses, accueillant chaleureusement la nouvelle année. Ton murmure.
Quentin, je veux faire comme eux. Comme nos parents, tu sais? Cinq. Mon incompréhension. Ton soupire. Ta lassitude à devoir toujours tout m'expliquer.
Quatre.
Tu sais, ce qu'ils font les grands. Je veux essayer. Je veux me sentir grande ce soir. Trois. Tu lèves légèrement la nappe, tu cherches la scène des yeux. Tu la trouves. Tu me la désignes du doigt. Mes parents en train de s'embrasser le sourire aux lèvres. Tu baisses la nappe.
Deux. Je te regarde pétrifié.
C'est dégueulasse. Beurk. Je ne veux pas faire ça. Il paraît que c'est comme ça qu'on fait les bébés. On ne peut pas avoir un bébé maintenant, Leila. On est trop petits. On doit attendre quelques ann ... j'ai commencé à répondre.
Un. Tes lèvres immaculées écrasant les miennes. Sans que j'aie le temps de finir mon discours. Sans que j'aie le temps de comprendre ce qu'il m'arrive. Ce que tu fais. Les feux d'artifices éclatent dans un ciel lointain. Les voix des grands s'élèvent dans l'air. Les rires. L'instant ne dure que quelques secondes. Je reste figé, congelé, te fixant en parfait novice. Toi, non. En parfaite experte tu fermes les yeux. Nos lèvres ne font que se frôler, mais cet instant restera à jamais dans ma mémoire. Ce souvenir sous la table. Ton jeune visage si près du mien. Tu t'es détachée quelques instants après. Tu as rouvert les yeux. Tu as haussé les épaules.
C'est nul en fait. Pourquoi tout le monde le fait? Pourquoi ils s'embrassent tout le temps à la télé? ;
Parce que les grands sont nuls, te répondis-je.
Tu as raison Tinou. Je n'ai plus envie de grandir. Tu te me prends dans tes bras. Tu me serres fort. Tu me reprends la main et nous sortons.
Ensemble.
QUENTIN ET LEILA, c'est ENCORE vous qui avez fait ça? Vous allez m'entendre sales gosses. On court. Main dans la main. Rigolant.
Fiers de notre coup.Chaque nouvel an, Leila. J'attends que tu viennes me voir avec tes yeux grands ouverts. Innocente. Comme ce soir de 1997. J'attends que tu me fixes avec ce regard vert intense. Avec cette expression rieuse. J'attends que tu me prennes à part. Pas sous une table, on risquerait d'être très serrés. Quelque part.
Où tu voudras. Et que tu me dises que tu veux essayer, à nouveau. Je me demande, comme à chaque nouvelle année, comme ça serait entre nous si les choses se seraient passées différemment.
Mais ce n'est pas ton regard vert foncé qui me dévisage à cet instant, mais un regard beaucoup moins fascinant, beaucoup moins vert, beaucoup moins espiègle. Pas de crinière rousse qui oscille dans sur des épaules blanches. Mais une chevelure blonde. Pas une robe rouge. Mais bleu. Pas toi, mais elle. Ses longs doigts effleurent ma joue, ses lèvres arborent un sourire séduisant. Le compte à rebours est encore une fois lancé.
Encore une fois raté. Ses lèvres s'approchent doucement des miennes. Ils murmurent
Bonne année. Et je l'embrasse pour effacer 1997.
Un
Tom
Le bruit extérieur est atténué. On entend vaguement les voix qui hurlent à l'étage. Le compte à rebours à l'unisson me semble lointain. Ainsi que les cris. La joie qui explose au salon. L'ambiance endiablée qui anime la maison. Non. Moi je suis à des années lumières de toutes ces voix, ces rires, ce brouhaha en crescendo qui enrage la foule. Dans un dernier coup de rein, et arrivant à l'orgasme, l'extase, le septième ciel, je m'effondre sur elle. Affaibli. Epuisé. Anéanti. Ma respiration est lourde et brusque. Son souffle convulsif me fait prendre conscience qu'elle est dans le même état. Le visage enfui au creux de son cou, j'esquisse un sourire. Je reste quelques instants immobile sentant nos coeurs tourmentés s'acharner encore et cogner furieusement contre nos poitrines. J'inhale une gorgée d'air afin de susurrer quelques mots, et son odeur remplit mes poumons. Je savoure et finis par laisser sortir l'air sans avoir prononcé ma phrase.
- Oui ? Mon sourire s'élargit.
Attends. Je te respire encore, un peu. Nos corps dégoulinants de sueur collent et sont encore imprégnés de
nous. J'effleure des lèvres ta peau transpirée. Tu frissonnes sentant le contact métallique sur ton cou. Je sens ton suave parfum mêlé à cette odeur fruitée qui se dégage de tes boucles roux. Je le respire inlassablement alors que ma main gauche vient jouer avec ton sein dénudé. Mon index tourne autour, faisant des petits cercles et frôlant le bônet. Elle penche sa tête en arrière poussant un soupir.
- Bonne Année; murmuré-je.
Je sors mon visage de mon refuge et le lève vers elle. Mes couds prennent appui sur le lit, un bras à chaque côté de sa bouille rousse. Ses yeux me retrouvent, et ses lèvres s'étirent dans un sourire éblouissant.
- Bonne année sale poulpe, dit-elle espiègle.
Mes lèvres s'écrasent une nouvelle fois sur les siennes et ma langue impatiente part à la recherche de la sienne. Je sens ses longues jambes m'entourer la taille et ses bras encerclent mon cou. Quelques dreads viennent frapper son visage ruisselé de sueur. Nos corps sursautent au même temps lorsque mon portable posé sur la table de nuit se met à vibrer. Je marmonne une insulte incompréhensible, maudissant à celui ou celle qui ose m'interrompre à cet instant même. Mes lèvres ne se détachent pas, et suçotent ses lèvres rosés avec ardeur. Mon bras s'étire vers la petite table et je palpe la surface de ma main. Je trouve le téléphone et l'amène à mon oreille sans prendre la peine de voir qui appelle. Au contraire, je continue d'infiltrer ma langue et l'entrêmeler de façon insatiable à la sienne, lorsque la voix à l'autre bout du portable me ramène à la réalité.
- TOM ? TOMI ?? Tom tu m'entends ? Tom ? Mes sourcils se froncent reconnaissant la voix.
- Maman ... ; arrivé-je à articuler entre deux baisers.
- Oh, tu m'entends ! Je croyais que la ligne allait encore être surchargée! Tomi, BONNE ANNEE !!!- Bonne .. Leila capture mes lèvres fébrilement et je me laisse aller, oubliant la suite de ma phrase.
- Tom ? TOMI ? CA A COUPE ???Leila sourit entendant la voix hystérique de ma mère à l'autre bout du fil. Je me détache alors de ses lèvres, pose ma tête sur une de mes mains et reprend la conversation.
- Non. Non, je suis là maman.- J'entends des bruits bizarre. Ca doit entrecouper, et ...- Bonne année Maman.- Oh. Merci, merci Tomi. Où es ton frère? Je pose mes yeux sur Leila qui essaye d'étouffer son rire sous le coussin.
- Il n'est pas là.- Comment ça? Vous m'aviez dit que vous alliez à la même fête.- Ouais. On est à la même fête.- Où es-tu Tom ?Je regarde autour, affolé. Putain.
Dans une chambre MAMAN. As-tu besoin de détails aussi?
- Dans la cuisine. Et heu ... Bill doit être au salon.Leila éclate de rire alors que j'essaye de réprimer le mien. Sa tête rousse sort de sous le coussin et ses yeux verts s'enfoncent dans les miens. Ses doigts viennent frôler le contour de mes lèvres ce qui me fait perdre le fil de la conversation une nouvelle fois.
- Pardon? Je n'ai pas entendu.Elle se relève et pose ses lèvres sur mon piercing. Sa langue vient narguer mes sens et je ferme les yeux pour essayer vainement de garder le sang froid.
- Tom? J'entends de ces bruits ... Es-tu sûr que tout va bien?- Oui, oui maman. Ne t'inquiète pas. Je passe le mot à Bill ! Bisous !- Oui et ...- Tchus.Je laisse le portable tomber sur le lit et mes mains viennent entourer son visage espiègle. Nos lèvres se retrouvent inlassablement, se mordillant et s'écrasant entre elles sans répit. Ma main droite se détache de sa joue et parcourt lentement ce corps gracile que je connais si bien. La paume de ma main encercle son sein et le masse sensuellement. Je la sens frissonner sous moi. Ses longs doigts descendent le long de mon torse et jouent au niveau de mon nombril quelques instants. Je sens rapidement mon sexe durcir à ce contact et mes muscles se crisper de désir. Je serre la mâchoire pour m'obliger à prendre le temps et ne pas me précipiter. Mais elle ne semble pas partager les mêmes intentions. Elle me pousse légèrement afin de se libérer de mon poids mais je reste figé. J'ouvre les yeux, troublé, et elle arbore un sourire qui pourrait séduire n'importe quel mec sur Terre. Quand je disais qu'elle me rendrait dingue ...
Et à tous les niveaux.- Hop, hop hop. On doit descendre souhaiter Bonne année à tout le monde, quand même.Je laisse échapper un soupir désapprobateur.
- On s'en fout; me plains-je.
Restons ici. Encore un peu.Son index se pose se ma joue et joue un instant. Ses yeux rieurs, ses lèvres étirées, son regard espiègle me fondent le coeur. Mais elle décide de descendre malgré mes réticences. Elle roule sur le lit et s'empare de la robe gisant sur le sol. Je la regarde faire. Sa robe vient habiller ses courbes parfaites et je me mords la lèvre me rappelant de mes doigts dessinant son corps.
- Tom, espèce de poulpe, on n'a pas toute la nuit ! Enfin, en l'occurrence si, mais ... Bref, habille-toi ! Dit- elle joviale, ignorant mon regard sur elle. Elle se plante devant la glace et remet en place sa longue chevelure rousse. Je me redresse d'un bond, me rendant compte que je la regarde envoûté comme un con. Je prends mes vêtements étalés par terre et les enfile lentement, étrangement heureux. Ce qui n'échappe pas à Leila, qui m'observe dans le reflet du miroir.
- Pourquoi tu souris comme ça?- Je ne sais pas.- Bouge alors !*
_____POV Bill
La lumière scintille, les stroboscopes me renvoient des images saccadées. La lumière s'attise et s'éteint au rythme dément de la musique qui remplit l'énorme pièce. La musique est forte, beaucoup trop forte. Les voix dansantes ont du mal à se faire entendre entre elles. Les corps me basculent de tous les côtés mais je continue à chercher cette crinière châtaine, bouclée, longue. Je continue d'avancer, même lorsque ma vue se noircit pendant quelques millièmes de secondes. Peu importe où je vais, ni vers où je me dirige. Je quête avec frénésie cette tête si familière. Les gens s'embrassent avec l'euphorie caractéristique qu'apporte chaque nouvelle année. Cet enthousiasme, ce bonheur qui te colle à la peau lorsque le compte à rebours est lancé. Quand seulement quelques secondes te séparent du futur, d'un nouveau présent, d'un nouveau départ. Lorsque l'on fait le plein de nouveaux espoirs, désirs, ambitions. Lorsque l'on se dit que cette année sera meilleure que la précédente.
Et qu'on y croit. Parce que tous les trente uns décembre, on se voit rempli d'une nouvelle énergie, d'un nouvel optimisme qui nous est étranger le reste de l'année. Parce que tous les trente uns décembre on a envie de croire à tout, à l'impossible, même à ce qui semble insensé. On a envie de tout recommencer, de tout réessayer, de tout risquer. Juste quelques heures. Les heures qui précèdent la nouvelle année. Puis, le premier janvier, tout revient à la normale, et la magie disparaît. Chez certaines personnes cela dure quelques semaines, mais la réalité nous rattrape toujours. Les espoirs finissent par nous quitter et reprendre leurs chemins. C'est un cycle qui ne se brise jamais. Et ce soir, à seulement quelques minutes passées de cette nouvelle année 2009, j'ai envie de
la voir. De la prendre dans mes bras. De lui dire que tout ira bien. Qu'on réussira à oublier. Qu'on surmontera tout ensemble. Qu'elle m'a apporté plus que quiconque ces derniers mois. Qu'elle m'a aidé sans le savoir. Qu'elle m'a été précieuse. Qu'elle m'a rendu dingue mais que je ne lui en veux pas. Que je crois en elle, et en
nous. Qu'on s'en fout de ce qu'il s'est passé avant. Qu'on les emmerde tous. Que j'ai envie de l'embrasser à en crever. Qu'ensemble on réussira.
Et que je l'aime. Tout ça, parce que c'est les premières secondes, minutes de cette nouvelle année. Parce que j'ai envie de profiter de cette euphorie qui flotte dans l'air et tout lui avouer. Envie de profiter de cette ambiance qui nous contamine et nous colle ce sourire fébrile aux lèvres. Mes yeux la cherchent avec cette surexcitation présente dans mes veines, avec mon coeur bouillonnant, mes sens exaltés.
Je distingue cette robe blanche si précieuse, cette silhouette si délicate, cette crinière si unique. Au fond de la salle. Elle est adossée au mur, riant à gorge déployée, laissant voir la quasi totalité de ses dents blanches dans ce magnifique sourire. Elle n'est pas seule. Il y a ce mec. Ce mec qui l'a invité à danser tout à l'heure. Il a ses mains posées sur le mur à chaque côté de la tête de Nadia. La sienne se baisse. Je fixe la scène, interdit. Pétrifié. Paralysé. Leurs lèvres se rencontrent et c'est à ce moment là que la musique et les voix s'éteignent dans ma tête, et seuls leurs deux corps aussi près l'un de l'autre se dessinent dans mon champ de vision. Seuls les battements agités de mon coeur résonnent dans ma tête, augmentant progressivement leur cadence folle. Seul mon coeur résonne dans mon corps vide, meurtri par la scène. Seule leur étreinte se dessine, avec des couleurs et des courbes irréelles.
Seulement eux. Au fond.
Seulement Elle. Et sa robe blanche. J'avance lentement, papillonnant frénétiquement des cils, m'assurant que ce n'est pas l'alcool qui me fait halluciner. Que c'est bien Elle qui gît dans les bras de cet inconnu. Leurs lèvres se détachent enfin, et elle esquisse à nouveau ce sourire magnétique. Ces yeux gris et indéniablement envoûtants qui s'accrochent aux siens. Mon coeur semble vouloir tenacement quitter ma cage thoracique. Il s'avoue vaincu, résigné. J'accélère le pas. Les voix ainsi que la musique reprennent leur rythme autour. Je pousse violemment quelques personnes, guidé par la rage et l'envie de lui foutre un poing en pleine figure. De l'éloigner d'elle. De lui brûler les mains pour l'avoir touché. De lui crever les yeux pour l'avoir regardé comme il l'a fait. De le calciner vif, entièrement, de l'avoir captivée à ce point.
Et tout se passe trop rapidement. Mon corps le bascule brusquement, mes mains le poussent violemment. Pris au dépourvu, l'inconnu lève la vue vers moi, et me regarde éberlué. Il dit quelque chose. Mais la musique tamise sa voix. Je ne vois que sa fine bouche bouger rapidement. Dans cette contemplation de ses lèvres, du mouvement de sa mâchoire afin de comprendre ce qu'il débite, je revois la scène. Je vois ses lèvres posées sur celles-ci. Le souvenir de sa langue entremêlée à la mienne me fait penser à leur baiser. L'idée qu'il vient d'éprouver avec elle ces sensations qui défoncent mon corps à chaque fois que mes lèvres rencontrent furtivement les siennes me dilacère chaque parcelle de mon corps, chaque infime cellule. Il s'approche et me pousse à son tour, mais je suis toujours noyé dans cette torpeur. Dans ces souvenirs de sensations. D'émotions lorsque je l'embrasse. Je vois sa robe blanche s'interposer entre nous, une main sur mon torse, l'autre sur le sien. Je déglutis posant mes yeux sur la main qui
le touche. Ses doigts minutieusement soignés ornés de ces deux bagues que je ne connais que trop bien. Ses doigts qui ont effleuré ma peau tant de fois. Je lève mes yeux vers elle, et je remarque qu'elle me parle, aussi. Mais sa voix ne me parvient pas. Elle semble enragée. Ses traits sont imprégnés d'une fureur soudaine. Il n'y a plus l'ombre de ce sourire fascinant. Son iris d'habitude clair a viré à un gris intense et ses pupilles fulminent, effervescentes. Ses lèvres doivent débiter une cascade de reproches et d'insultes à n'en pas finir.
Je suis content de ne pas l'entendre, alors. Non.
Tu n'as pas le droit, Nadia. Pas à seulement quelques minutes de cette nouvelle année, qui sont censées être les plus heureuses. Je ne sais pas ce qu'elle lit dans mon regard, de l'incompréhension peut-être. De la rancune, sûrement. Mais elle se tourne vers l'inconnu et lui dit quelque chose que je n'entends pas. Le mec fronce les sourcils, me lance un dernier regard rempli de haine puis ses pas s'éloignent. Ses yeux gris s'écrasent une nouvelle fois sur les miens, et je distingue à nouveau cette colère imprimée sur son visage. Je laisse échapper un rire nerveux. C'est elle qui est irritée, en plus? Ce n'est pas moi qui était dans les bras d'une autre. Qui souriait à une autre. Non. C'est elle qui le toisait avec envie. Qui le touchait.
Nos regards cramponnés l'un à l'autre, suspendus, restent fixés pendant quelques secondes, minutes ... Je ne sais pas. Je me perds au fond de ses yeux. Je me délecte de ce regard enfin croisé, de ce regard qui m'est enfin adressé. Cette attention accordée l'instant de quelques secondes. J'essaye de lui faire comprendre que je lui en veux. Qu'elle n'avait pas besoin de me faire du mal. J'essaye de lire dans les siens,
pourquoi, mais le lien se brise. Ses yeux me quittent et sa silhouette commence à s'éloigner de moi. Je reste figé quelques instants puis mes pas s'empressent de suivre les siens. Sa crinière marron s'égare dans la foule, mais mes pupilles ne ratent pas cette robe blanche. Je la suis, confus. La gorge nouée. L'estomac en bribes. Cette boule au fond de ma gorge qui avoisine des larmes. Oui. Je les sens là. Prêtes à rebondir d'un moment à l'autre. Mais je ne peux pas m'arrêter. Je ne peux pas la laisser partir pour prendre le temps de me ressaisir. Pas le temps de pleurer. Elle se retourne et nos regards s'entrecroisent.
Où vas-tu? La lumière s'éteint. La musique s'arrête. La foule hurle euphorique une nouvelle fois :
Bonne année. Des rires. Des voix me parviennent de tous les côtés. Je panique. Mon coeur s'accélère encore.
Encore. Je ne la retrouverai pas. Les lumières clignotent à nouveau, la musique reprend. Ses longs cheveux ont disparus. Les premières vingt minutes de 2009 me paraissent éternelles. Je n'ai encore pas vu Tom. Je ne l'ai encore souhaité à personne. Ni personne ne me l'a souhaité. Je continue à me forger un chemin parmi la foule dansante. Je revois son regard lorsqu'elle s'est tournée. Ce regard troublé. Il me rappelle la soirée en boîte. La deuxième fois que l'on s'est vu.
Même scène.
Elle me fuyait, je la suivais. Elle partait. Je la rattrapais. Les moments en sa présence ce soir là défilent dans ma tête, et je me rappelle. Où elle était lorsqu'elle avait disparue ce soir là.
Dehors. Je regarde autour de moi, une porte, une sortie.
Rien. Des bras m'entourent par derrière. Je me retourne, interpellé. C'est Georg. Ses yeux rieurs m'embrassent du regard. Je lui souris. Il me prend dans les bras, ce sourire heureux collé aux lèvres. J'aimerais pouvoir lui sourire de cette même façon. Mais je ne peux pas. Il faut que je la retrouve. Je le serre dans mes bras rapidement puis me défais de son étreinte. Je lui fais un signe de la main :
On se choppe tout à l'heure. Il me sourit et lève son verre vers moi. Je reprends ma recherche. Mon regard valse d'un extrême à l'autre, cherchant une porte vers l'extérieur.
Une maudite porte. Je continue de pousser tous ces corps inconnus, qui me heurtent à chaque pas de leur danse endiablée. Je la distingue enfin. Cette fichue porte. Au fond de la pièce. Je presse le pas sentant l'adrénaline me défoncer les veines. Je cours, si près du but. Lorsqu'une fille se plante devant moi. Je la regarde, déconcerté. Je ne la connais pas. Ses bras entourent mon cou rapidement et son corps essaye de m'embarquer dans sa danse. Je me détache à l'aide de mes mains et continue mon chemin ignorant ses protestations. Je pousse la porte et l'air frais vient remplir mes poumons abîmés par la fumée intérieure. Je plisse les yeux pour me protéger de la suave brise qui flotte dans l'air. Mes yeux la cherchent avec frénésie.
Et je la distingue enfin. La brise joue avec sa robe blanche et ses mains n'arrêtent pas d'essayer de la dresser. Je m'approche doucement d'elle. La musique de l'intérieur est atténuée mais elle nous parvient encore. Ses boucles oscillent dans l'air, victimes du vent qui s'abat sur nous. Je m'arrête à quelques mètres pour l'observer et l'entendre insulter sa robe de ne pas rester en place. Elle lève la vue et nos yeux se rencontrent. Je tue les mètres qui nous séparent et me plante devant elle. Elle lève le visage vers moi, sourcils froncés. Sa colère refait son apparition.
- Bonne année. - Va te faire foutre! J'esquisse un sourire, malgré la rudesse de ses mots.
- C'est les premiers mots que j'entends cette année. Ravis qu'il viennent de toi. - Pourquoi il a fallu que tu viennes foutre la merde?- Pourquoi il a fallu que tu embrasses ce mec?- Pourquoi te sens-tu obligé de t'entremêler dans ma vie?- Pourquoi te sens-tu obligée de me faire du mal?- Ce que je fais ne te regarde pas!- Si. Bien sûr que si ...Son expression change et sa colère semble se dissiper peu à peu. Je plonge dans le gris de ses yeux, me demandant comment elle fait pour être aussi têtue. Un barman passe à côté de nous et nous offre à boire. Ses mains agrippent un verre d'un liquide orange, qu'elle amène rapidement aux lèvres. Je soupire, toujours abattu de l'avoir vu dans les bras d'un autre. Ressassant dans ma tête la scène.
Leur baiser. Ses mains sur son corps. Je la vois tituber puis esquisser un sourire. J'arque un sourcil.
Cette fille est dingue. Je n'arriverai jamais à suivre ses changements. J'ai envie de la secouer, de lui demander
pourquoi elle a fait ça. De lui demander des explications. J'ai envie qu'elle s'excuse. Qu'elle se sente coupable. Qu'elle me dise qu'elle l'a fait pour me rendre jaloux. Mais aucune de ces phrases traversent ses lèvres parfaites, imbibées de ce cocktail orange.
- Je t'en veux.Ses yeux restent accrochés aux miens, imperturbables, son sourire toujours dessiné sur ses lèvres.
- Moi aussi.Je fronce les sourcils, essayant de comprendre le sens de sa phrase. Pourquoi elle m'en voudrait, elle ? Je n'ai rien fait de mal. Rien à la hauteur de ce qu'elle a fait en tout cas. Rien qui justifie son geste. Et pourtant, elle n'a aucun compte à me rendre. Elle est libre de faire ce qu'elle veut. Cette pensée me déchire le coeur, et une boule vient se loger au fond de ma gorge, une nouvelle fois. Mes yeux sont rapidement capturés par son sourire énigmatique.
- Pourquoi tu l'as embrassé?Elle hausse les épaules et titube une nouvelle fois.
- Et arrête de boire. - Et toi arrête de te mêler de ma vie putain.- Pourquoi tu l'as embrassé?- Parce que j'en avais envie.Je baisse les yeux pour ne pas subir ce regard troublant. Ses lèvres débitent des vérités qui me déchiquettent le coeur, alors que son visage s'illumine avec ce sourire toujours présent.
Je ne comprends pas. Pourquoi diable sourit-elle? Et pourquoi diable ses lèvres me fascinent-elles autant? Perdu dans la contemplation de son sourire, je lève une main et effleure ses lèvres du bout des doigts, songeur. Je sens son souffle chaud et saccadé frapper ma peau.
- J'ai envie de t'embrasser pour effacer ses lèvres des tiennes. Effacer ses empreintes. Effacer son putain de baiser.- Alors fais-le ; dit elle contre toute attente.
Je relève les yeux vers elle. Les siens brillent, incandescents.
Et je comprends. Elle sait que je ne peux pas.
Pas ici. Je regarde autour. Même s'il n'y a pas beaucoup de monde à l'extérieur, assez pour que je doive me contrôler.
- Tu sais que je ne peux pas ... Il y a trop de monde.
- Tant pis.Elle s'apprête à rentrer mais je la retiens par le bras.
- Retrouve-moi quelque part.Ses dents triturent ses lèvres. Elle fait non de la tête, puis reprend son élan pour partir. Je la retiens. D'une main je lui enlève la coupe d'alcool de son emprise. Elle fronce les sourcils, ne comprenant pas. Je pose le verre sur une des petites tables qui décorent l'immense jardin. Mes doigts s'entrelacent aux siens et je baisse la vue vers nos mains emmêlées. Je scrute ses bagues, et je revois cette main posée sur le torse de l'autre con. Mon coeur rate un battement rien qu'en visualisant la scène. Je joue distraitement avec ses doigts et admire la perfection de ceux-ci.
- Bill?Je ne lève pas la vue vers elle, toujours captivé par le contact de nos mains. Par la chaleur que ses doigts émanent. Par la seule vision de nos doigts entremêlés. J'hésite. Je sais que je risque de m'attirer les foudres de David. Et du groupe. De tout le monde. Mais si c'est ce dont elle a besoin pour me croire... Très bien. Je tire sa main vers moi, et son corps s'approche dans l'élan. Je détache alors mes yeux de nos mains et embrasse son visage du regard. Elle fronce les sourcils, confuse. Brouillée. Embarrassée. Nos souffles se cognent et se mêlent formant des vapeurs d'air à cause du froid qui commence à se faire sentir.
- Bill... Tu ne vas pas ... Tu ne peux pas ici.Dit-elle dans un soupire. Ses pupilles bougent frénétiquement, et c'est à mon tour d'esquisser un sourire.
Echec et mat.
Je ferme les yeux, essayant de chasser l'image de leur baiser. Son sourire qui lui était adressé. Pour ne dessiner qu'elle. Tellement Magnifique ce soir. Je m'approche de son visage, me préparant psychologiquement à vivre toutes ces sensations lorsque nos lèvres se rencontrent. Je sens ma respiration devenir irrégulière. Mes lèvres parcourent son visage, l'effleurant. Frôlant sa peau imberbe. Son souffle spasmodique frappe mon cou. J'écrase mes lèvres contre son front, la maudissant de prendre autant de place dans mon coeur. La maudissant d'être aussi diabolique. Aussi lunatique. Aussi belle.
- Bill ? ... Sa voix entrecoupée interrompt ma caresse. J'ouvre les yeux et les plante dans les siens, l'incitant à continuer sa phrase. Elle semble indécise, et je sens ses mains s'entortiller. Je pose mon front sur le sien attendant qu'elle se lance, sans la quitter des yeux.
- Je ... Tu ... Tu te rappelles. Quand tu étais dans ton île. Sous les cocotiers.- Oui?- Le soir que tu étais bourré tu m'as écrit un sms ... qui ...Mon coeur s'arrête comprenant de quoi elle parle. Je m'attendais à ce qu'un jour elle me reparle de ce fameux message. Je me doutais bien que cela n'était pas passé inaperçu. Qu'elle ne l'oublierait pas. Mais qu'elle préférait ne pas en parler. Son corps vacille une nouvelle fois et mes mains la retiennent. Je n'ai pas envie de lui dire tout ça lorsqu'elle est bourrée.
- Est-ce que ... Hum. - Je ... Tu es bourrée, Nadia. Je préfère qu'on en parle une autre fois.J'arrive à distinguer une once de déception traverser ses grands yeux et je ne peux m'empêcher de la prendre dans mes bras. Elle se débat quelques secondes, frappant ma poitrine de ses mains, mais je la serre fort contre moi l'obligeant à rester dans mes bras. Elle finit par se laisser faire et ses bras viennent entourer ma taille. Elle enfouit son visage dans mes bras, bouleversée. On reste quelques instants ainsi. Figés. Dans les bras l'un de l'autre.
Suspendus dans le temps. Je respire ce parfum sucré qui se dégage de ses cheveux bouclés. Je dessine ses traits fins les yeux fermés. Je crayonne ses courbes et visualise ses expressions. Son sourire.
Ce sourire. Je défais mon étreinte et lui relève le visage. Ses joues sont humides, son expression chamboulée. J'arbore un sourire afin de la rassurer. Je ne sais pas ce qui la fait changer d'un état à un autre mais je suis là. Son regard s'enfonce dans le mien. Elle sourit timidement et ses yeux s'embuent.
- Bonne année, Bill.Mon sourire s'élargit et j'embrasse son front une nouvelle fois. J'essuie une larme du bout des doigts. Je relève doucement son visage et ses yeux se closent, s'abandonnant à moi. Ses lèvres s'entrouvrent et ses mains s'agrippent à ma chemise. J'entends mon coeur battre fort, beaucoup trop fort, prêt à sortir de ma poitrine. Je l'observe quelques secondes m'humidifiant les lèvres. Son visage angélique levé vers moi, offrant ses lèvres séduisantes. Les paupières fermées, en attente. Mon souffle discontinu m'empêche de respirer normalement. Je ferme les yeux et mets fin au supplice. Nos lèvres se retrouvent encore une fois. Pour la première fois en 2009. Je l'embrasse lentement et mordille doucement ses lèvres. Elle me paraît tellement fragile à cet instant même que j'ai peur de la briser. De la brusquer. Je l'embrasse délicatement, entrouvrant légèrement les lèvres. Je capture en douceur sa lèvre inférieure et joue avec elle quelques instants. Je l'entends soupirer et je ne me peux m'empêcher de sourire niaisement. Elle se détache avec difficulté et me toise d'un air grave.
- Bill, pourquoi tu souris à chaque fois que ...- NAAAAAAAAAAADIIIIIAAAAAAAAAAAAAAAA ! La voix facilement reconnaissable de Leila s'élève derrière moi. Je me retourne vers elle et essaye tant bien que mal de cacher mes envies meurtrières.
- Nadia, putain d'une crotte. Je t'ai cherché partout ! Bonne année mon amour!!! ; s'écrie-t-elle lui sautant au cou.
Nadia rigole et la prend dans ses bras. Les deux amies se murmurent des mots que je n'arrive pas à entendre. Elles s'embrassent et se sourient pendant des longues minutes. Leila semble se rappeler de ma présence.
- Oh, Bill. Bonne année à toi aussi! ; s'enflamme-t-elle une nouvelle fois.
Elle tire de ma main et me prend dans ses bras. Je souris face à l'effervescente Leila et embrasse sa joue.
- Bonne année à toi aussi, Lei. - Ta mère a appelé pour vous souhaiter bonne année.- Ah bon? Comment tu sais?- Hum. J'étais avec Tom.- Où ça? Je vous ai cherché pendant trop longtemps!- Heu ... Dans la cuisine. Dit-elle jovialement.
Nad, ton frère te cherche comme un fou lui aussi!Les yeux gris de Nad s'écarquillent, et se posent sur moi.
- Je dois ...- On se retrouve après ; dis-je hochant la tête.
Nadia déploie son plus beau sourire et court vers l'intérieur. Enfin. Aussi vite que ses talons le lui permettent. Je la regarde partir, le coeur aux lèvres, bouleversé par ces quelques minutes passées en sa présence. Le rire de Leila me rappelle qu'elle est toujours plantée devant moi. Ses yeux verts me dévisagent pétillants. Espiègles.
- Quoi?Elle éclate de rire puis m'imite regarder Nadia partir. Je ris me rendant compte que je dois vraiment avoir l'air d'un imbécile lorsque je suis avec Nadia.
- Aller viens, allons retrouver ton frère.- Ouais. Et dis-moi, je ne savais pas qu'il y avait des lits dans la cuisine.Les yeux de la rousse s'agrandissent exagérément et je souris triomphant. Je me dirige vers l'intérieur laissant Leila derrière moi, choquée. Mais elle se remet rapidement de ses émotions et me rejoint.
- Espèce de Kaulitz ! - Uh. Si je me tiens à ce que tu faisais tout à l'heure avec mon jumeau, je prends ça pour un compliment!Leila et moi partons dans un fou rire et je passe un bras autour de ses épaules. A la recherche de l'autre Kaulitz.
*
_____POV Quentin
Georg me tend un autre verre et je lui remercie avec un sourire. Emma tire de ma main pour qu'on aille danser mais je fais non de la tête. Sa lèvre inférieure s'étire vers l'avant formant une mine boudeuse. Je tire à mon tour de sa main la rapprochant vers moi et lui dis à l'oreille.
- Plus tard. Là je dois trouver les filles pour leur souhaiter Bonne année.Elle s'éloigne sans dire un mot et part sur la piste toute seule. Je l'observe partir, son corps se courbant agilement au rythme de la musique. Elle danse sans se soucier de ce qu'il se passe autour. Sa crinière blonde oscille dans tous les sens. Je suis ses pas d'un oeil attentif, la désirant. Je l'imagine nue dans mon lit. Je remémore rapidement nos ébats sexuels et je me mords la lèvre. Alors que je scrute la danse sexy d'Emma, je distingue Nadia se faufiler parmi la foule et venir vers nous. J'esquisse un sourire et me dirige d'un pas décidé vers elle. Elle me voit aussi et presse le pas. Arrivée à mon niveau elle me saute au cou, souriante.
- Bonne année mon blond, me dit-elle me prenant dans ses bras.
Ses bras encerclent mon cou, son visage s'enfuit dans mon étreinte. Je la serre fort contre moi et la berce tel un enfant.
- Bonne année Nadichou. On reste quelques instants dans les bras l'un de l'autre, murmurant des mots inaudibles, étouffés par la musique qui bat son plein. Elle se détache, prend tendrement mon visage entre ses mains, se met sur la pointe des pieds et plaque un long bisou brouillant sur ma joue. Je ris de la voir comme ça. De la sentir bien. Alors que Nadia m'écrase les joues entre ses mains, rigolant, mes yeux semblent suivre un chemin magnétique invisible et se posent sur Leila qui s'approche au loin accompagnée de Bill. Dès qu'elle m'aperçoit malgré la lumière qui titille, et malgré la distance qui nous sépare encore, elle court vers nous. Nadia se retourne pour suivre mon regard au loin et suit la scène amusée. La rousse me saute dans les bras dans un élan fulgurant. Mes bras enveloppent sa fine taille et je la soulève la serrant contre moi. Je tourne sur moi même et sa tête s'enfuit dans mon cou, criant Bonne année sale blond. Ma main caresse ses longs cheveux roux. J'arrête de tourner et la pose par terre, me noyant dans son regard vert.
- Bonne année, sale rousse.Elle prend ma main et me fait signe de m'approcher. Mon coeur rate quelques battements, revivant la scène onze ans en arrière. Elle m'avait pris la main, de cette même façon. Elle m'avait fait signe de m'approcher. Elle pose sa main sur mon oreille et crie pour se faire entendre.
- Viens avec moi ! Il est temps de faire notre première connerie 2009!Elle s'éloigne pour analyser ma réaction. Ses yeux pétillent de cette même façon. Sa malice est imprégnée dans chacun de ses traits. Elle arbore un sourire d'oreille à oreille, impatiente. Je fronce les sourcils, ne voyant pas où elle veut en venir. Elle prend ma main une nouvelle fois et tire vers elle. Elle se retourne et commence à marcher, à se glisser parmi tous ces gens euphoriques. Je la suis, sa main cramponnée à la mienne. Le passage se fait difficile. Les gens nous heurtent et nous basculent de tous les côtés. A ma grande surprise, elle prend un couloir où il y a peu de personnes. La circulation devient normale. Au fond, quelques personnes font la queue pour accéder aux toilettes. Je ne comprends pas où est-ce qu'elle va. Elle prend à virage à gauche. Elle se retourne brusquement. Sa crinière lui fouette le visage.
- Je cherche un escalier ! Faut qu'on aille au garage, ou à la cave. Faut qu'on trouve le disjoncteur.- Le quoi ? ; l'interroge paniqué.
- Le disjoncteur Tin's ! Tu sais, comme dans les films d'horreur. On fait sauter les plombs ! Plus de lumière, panique dans toute la maison ! - T'es tarée, la réprimandé-je arquant un sourcil.
Mais t'as trop des bonnes idées ! On éclate de rire et on part à la recherche de ce fameux disjoncteur. La maison est énorme, alors on se perd plusieurs fois. C'est un vrai labyrinthe. Des dizaines des portes menant à des pièces géantes. On trouve trois escaliers. On hésite. Elle pose ses yeux verts foncés sur moi, sondant mon avis. Je hausse les épaules.
- Okay. On est obligés de sortir les grands moyens. Plouf plouf, commence-t-elle à chanter, désignant du doigt un des escaliers à chaque mot.
C'est ..... cet .... es .... ca.... lier .... Là ..... que .... je ....pren....drai !Fini-t-elle pointant du doigt celui à gauche.
Elle n'attend pas que j'approuve son choix
ploufien qu'elle se précipite dessus. Je la suis et on entame les escaliers. On dirait qu'on descend cinq étages en dessous. On arrive dans un espace sombre, très grand, et très frais.
- Ca fait peur ici.- C'est ... la cave des vins; annonce-je distinguant des étagères remplies de bouteilles de vin à n'en pas finir.
Waw. On serait servi à vie ici.Elle tire de ma main une nouvelle fois.
- Ce n'est pas parmi les vins qu'on va trouver le disjoncteur.- Ton plouf plouf ne marche plus très bien on dirait.- Tais-toi ! Il a toujours marché à merveille ! C'est parce qu'il est un peu périmé. Ca fait des années que je le sortais pas... Aller, on remonte!On reprend donc le chemin inverse. On arrive au grand salon où trois escaliers ornent la pièce. Elle fait à nouveau son "
Plouf Plouf" et c'est celui du milieu qui est désigné. Elle se précipite alors sur celui-ci, mais je la retiens par la main.
- Si plouf plouf a désigné celui du milieux, on prend l'autre! - Quoi ? , me demande-t-elle ahurie que je ne fasse pas confiance à son jeu.
- Viens.Je ne lui donne pas le temps de répliquer que je me lance déterminé sur l'escalier de droite. Je l'entends soupirer désapprouvant mon choix. Je souris. Qu'est-ce qu'elle peut être têtue quand elle s'y met. L'escalier est plus court que le précédent et on arrive au garage. Plusieurs voitures sont couvertes d'une longue nappe blanche.
- J'avais raison ! Jamais se fier au plouf plouf! - Sale blond, cherche le disjoncteur. Toi va vers là bas et moi vers l'autre côté. Bien sûr, si tu le trouves, tu m'attends. Le temps que je te rejoigne. Tu vas pas me laisser dans le noir à l'autre bout du garage, s'il te plaît. C'est bien ton genre.Je lui dédie un sourire malicieux et pars vers le côté qu'elle m'a désigné. Des meubles sont également couverts par des longues nappes. Le garage est déjà submergé dans la pénombre complète et un frisson parcourt mon dos. Les films d'horreur qui m'ont le plus marqués me reviennent à l'esprit. Je souris, persuadé que Leila pense à la même chose que moi et qu'elle flippe à mort.
- Leila, ça ne te fait pas penser à la scène dans ...- SALE BLOND! Tais-toi ! Oui, je vois quelle scène tu parles, fallait que tu en parles?- Tu vas me dire que tu n'y a pas pensé?- SI ! Mais chut ! Donne pas des mauvaises idées à ...- A qui ? Il n'y a aucun assassin caché parmi toutes ces ... antiquités. - Comment tu sais? Les victimes ne se doutent jamais de rien Quentin ! Putain, tu es où ?- Je sais pas. Je cherche la boîte ... - Putain ... On ne trouvera jamais. QUENTIN? C'est toi?- De quoi?- Oh putain, j'ai entendu quelque chose. J'entends ses pas se presser à toute vitesse et venir vers mon coin de recherche. Je distingue sa silhouette malgré la pénombre.
- Je suis là.- On part. J'ai entendu du bruit.- Mais arrête de te faire des films, Leila. C'est parce qu'on parlait de ça que tu as entendu du bruit. Quand on est prédisposés à entendre quelque chose, on l'entend. Notre cerveau nous joue des tours.- Mais tais-toi. Notre cerveau mon cul, il y a quelqu'un ici. On se barre !- Non attends. Il ne doit pas être loin. Donne moi ta main. Elle glisse sa main dans la mienne et on marche avec précaution. Quelques outils de jardinage gisent au le sol.
- Fais attention où tu vas te rendre une pelle dans la tronche.- Il fait trop noir Tinou ... Remontons.- He sale rousse. Tu as été prise à ton propre jeu ou quoi? Il ne se passe rien! - Mais tu m'as parlé de ce film et ...- Tu y pensais déjà.- Oui mais il est minuit passée. On est dans une maison immense. Dans un garage géant. Sans lumière. Avec des ... - Il est là ! ; m'écris-je.
On se précipite maladroitement sur le disjoncteur et je l'ouvre délicatement. Plein de boutons rouges et noirs sont éparpillés.
- C'est lequel?- Je ne sais pas.- Tu m'aides vachement.Elle met sa main sur mon épaule et évalue la disposition des boutons. Je tourne le regard vers elle et l'observe se concentrer sur la dizaine de boutons. Quelques mèches lui tombent sur les yeux, mais elles ne semblent pas la gêner. Ses longs cils papillonnent devant la complexité de l'électricité. Son nez droit donne à son profil cette allure parfaite. Ses lèvres merveilleusement sculptées se froissent, toujours concentré sur quel bouton appuyer.
- Quentin, t'en penses quoi de celui-là?, me demande-t-elle distraite.
Je la fixe encore quelques instants, prenant une photo mentale de cet instant. Puis je suis son regard vers le bouton.
- T'as pas fait ton plouf plouf rassure-moi?Elle tourne ses yeux verts vers moi et les plonge dans les miens.
- Non, banane. Mais puisque tu ...- Non. Je pense que celui là c'est le bon. Qui appuie? Peut-être qu'on meurt d'une décharge électrique et ...
- Arrête. On appuie les deux, comme ça si on doit mourir, on meurt ensemble ; dit-elle en rigolant.
Elle baisse alors la tête pour s'emparer de ma main. Puis elle prend mon doigt et le met sur le bouton. Elle met le sien à côté. Elle commence à rire.
- Mon dieu. Et si ce n'est pas ...- Trois . Deux. Un ! Nos index appuient au même temps sur le bouton. On ferme les yeux avec force de peur que quelque chose explose à la gueule. Ridicule. Mais on flippe quand même. La musique qui battait quelques étages en dessus, atténuée, s'éteint subitement. Le peu d'éclairage qu'il y avait dans le garage provenant de l'escalier disparaît. On est submergés dans le noir complet. Sa main tâte mon visage.
- Quentin ! Tu pars pas en courant sale traître, hein? Sa main continue de tâter mon corps afin de se rassurer. Je lève ma main vers elle et palpe le vide puis son corps. J'identifie un bras et continue à tâter ses traits pour trouver son visage. 1997. Tu voulais essayer. 2009. C'est moi qui veut. Je sens ton visage sous la paume de ma main. Je trouve tes lèvres dans le noir et je les je contourne du bout des doigts. J'approche mon visage vers mon intuition me guide.
- Quentin, il va falloir qu'on ...Elle ne finira pas sa phrase. Mes lèvres se sont scellés aux siennes. Onze ans après.
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LISEZ :
Putain, les filles . Je suis crevée.
J'ai passée toute la journée devant l'ordinateur pour vous laisser cette suite avant de partir.
Depuis onze heures du matin je suis là. J'ai fait seulement des pauses pour manger.
Alors, s'il vous plaît, laissez moi votre avis.
Trois heures de mise en page ... Je suis exténuée.
Désolée s'il y a des fautes d'orthographe, je n'ai même plus les forces de me relire.
Normalement j'écris mes chapitres en plusieurs jours, mais là ... WAW.
Je n'ai jamais passé autant d'heures de suite à écrire.
Je n'ai pas eu le temps de faire un montage. Je suis désolée ... Je verrai ça à mon retour.
Je pars demain à huit heures du matin *_*
Je n'ai même pas fait la valise ... Mon Dieu.
Moment préféré ? / Réplique préférée?
Gustav / Bill ?
Tom / Leila ?
Bill / Sascha ? (Au début)
Lyah . Nouveau personnage. Quelle place pour elle ? (a)
Début de la soirée (Nadia) ?
Alexander ? ;) Nouveau personnage également.
Compte à rebours? Que pensez vous de chaque point de vue ?
Leila / Tom ? (Dans la chambre)
Bill / Nadia?
Quentin / Leila ?
Et oui, fallait bien que ça parte en kiwis à la fin !!! :D
Je pars en Espagne ... Je vous souhaite de très bonnes vacances.
Faites moi de la lecture à mon retour s'il vous plaîîîît.
Que je n'aie pas passé 14h sur l'ordinateur pour rien avoir en retour.
Je crois que c'est la première fois que j'attends TELLEMENT vos avis. Surtout que le chapitre est long.
L'au delà, manifestez vous, aussi . C'est pour la bonne cause :)
Voilà ... Je crois que j'ai tout dit ...
Je ne pourrais pas prévenir tout le monde de la suite, j'ai des problèmes avec Hotmail.
Je demanderai à une amie de prévenir le reste de personnes.
Je pars faire ma valise.
Je vous aime.
LA preuve que je suis NAZE :
Je vous ai pas REMERCIIIIIIIEEEEEEEEEEEEEEE !!!!!!!
Pour TOUS vos commentaires .
Merci, merci, merci .
MERCI POUR TOUT .