***__Chαpitre 45__ *** «- Tu étais venue me dire quoi, ...? Que j'étais folle de toi. »

***__Chαpitre 45__ ***  «- Tu étais venue me dire quoi, ...? Que j'étais folle de toi. »
PARTIE I
*
*


_____POV Leila


Il remet en place ses mèches brunes, et ses yeux attristés me fixent sous ses longs cils épais. Et malgré sa mine déboussolée, qu'est-ce qu'il peut être beau ce mec. Alors que je m'extasie devant sa beauté irréelle, il fronce les sourcils, ne comprenant pas pourquoi je reste figée à le dévisager, me mordant la lèvre inférieure. J'ai l'impression de voir défiler dans ses yeux verdâtres tout ce qu'on a vécu. Les moments forts de notre relation tout au long de ces deux longues années défilent dans ma tête embrumée par les mots que je viens de prononcer. Par les vérités dévoilées et qui font mal, si mal. Je vois dans la profondeur de ses yeux tout cet amour qui nous grignotait l'existence il y a de ça quelques mois. Puis, petit à petit; il nous a quitté. Sans que l'on s'en rende compte, Niko. Non. On ne s'est même pas rendus compte que l'amour filait entre nos doigts; et qu'on ne faisait rien pour le retenir. Le pire? Ce n'est pas le temps qui a détérioré et usé l'amour; nous sommes les seuls fautifs. Et je m'en veux, à cet instant, de ne pas l'avoir valorisé. Je regarde en arrière et je nous vois, toi et moi, nous disputer pour tout et rien. Quels idiots, Nikola. Quels inconscients. Et pourtant, pouvons-nous nous blâmer pour tant de maladresse? D'inexpérience? Pour toutes nos erreurs, et notre incapacité à nous sauver? Je ne crois pas.__Tu sais. Avant, les cicatrices de notre amour meurtri me brûlaient à chaque conversation, un parfum, une chanson, un film qu'on aurait vu ensemble. Ce n'est plus le cas. Ce n'est plus une plaie béante qui me rappelle constamment ta présence, mais une émotion fantôme charriant des bribes d'un temps révolus. La question n'est pas pourquoi est-on arrivés là, mais comment. Comment, Nikola. Mais oui, je te comprends. Je comprends. Je ressens ça, moi aussi. J'ai mal. On a du mal à dire au revoir à ce temps, cette époque, cette relation. A nous. Mais il le faut. Il n'y a plus rien, si ce n'est que des souvenirs qui nous collent fébrilement à la peau; si ce n'est que des sentiments fantômes qui errent dans nos corps oubliés. Mais notre amour, celui qui nous dévorait crus sans pitié, n'est plus là, Nikola. Et nous sommes les seuls coupables. Alors, pardonne-moi; de t'avoir laissé filer. Pardonne-moi de n'avoir pas su rendre notre amour éternel, comme on le prétendait. Pardonne-moi de ne pas avoir su l'entretenir et le protéger du Monde et du temps. Mais on sait maintenant. On a appris. Que ce n'est pas l'amour qui doit dicter nos relations, mais nos relations qui doivent guider notre amour; car sinon il s'égare.
Pardonne-moi de ne pas avoir su.

- A quel moment nous sommes nous perdus, Leila?

Mes poumons s'emplissent d'un air nostalgique, et mes yeux frénétiques dansent sur son visage. Mes lèvres se referment, n'ayant pas la réponse.

- J'ai été un pauvre idiot.
- Ne dis pas ça. On est tous les deux fautifs. Notre amour s'est éteint et ... On a laissé faire.
- Il n'y a vraiment plus rien à faire?
- Tu sais aussi bien que moi que non, Niko ... Il nous reste que des souvenirs, vivants, mais des souvenirs quand même.
- Je sais.

Ses lèvres s'étirent dans un faible sourire, et ses yeux brillent, mélancoliques.

- Tu as sans doute raison. Je refusais de croire qu'on ne s'aimait plus; que c'était vraiment fini. Mais il est temps d'accepter, n'est-ce pas ...

Le ton de sa voix me lancine le coeur. Je hoche lentement la tête, me perdant dans la contemplation de son visage lugubre. Un silence berce nos souvenirs à fleur de peau, et nos yeux se cherchent et se brusquent, cherchant des réponses.

- On s'est vraiment beaucoup aimés, non?
- Beaucoup trop.

Il dévie le regard qui se perd au loin. Je m'approche de lui, dans ce banc moisi où l'on se trouve depuis deux heures à parler de nous, et pose ma tête sur son épaule. On nous avait pas prévenus, Niko, que même les ombres incertaines de l'amour faisaient mal.

Le temps passe, les heures s'étirent lentement; mais je suis si bien Nikola. Là, à côté de toi, à observer silencieusement le cours de la journée faire son travail. Si soulagée d'avoir laissé fuir tout ce poids qui me consumait de l'intérieur. De nous être débarrassés des démons du passé, de cette relation qui nous hantait, nous rongeait jusqu'aux bouts de doigts. Je suis si heureuse de te retrouver; de façon différente. Je tourne la tête vers lui, qui fait à ce moment une grimace. Je fronce les sourcils.

- Qu'est-ce qui te tracasse?
- Hum. Quentin ... Depuis que l'on s'est disputés ce soir là, tu te rappelles? Lorsque je voulais te parler, et qu'il s'est interposé entre nous ...
- Oui, je me rappelle. C'est la dernière fois qu'on s'est embrassés ...

Il hoche doucement la tête, puis me met un léger coup de coude dans les cotes. Humphgs.

- Je pensais à lui. Depuis ce soir là, on ne s'est plus parlés. Il me manque, ce connard.

Je souris tristement, repensant à ma dispute avec le blond.

- Il est bizarre ce dernier temps, tu sais? On s'est engueulés aussi, lui et moi.
- Arrête. Je ne te crois pas. C'est impossible. Vous vous n'êtes jamais disputés !
- Il y a une première fois à tout . Notre amitié ne fait pas exception à la règle apparemment, répliqué-je laissant entr'apercevoir une grimace de douleur.
- Comment ça se fait?
- Une longue histoire ...
- Et depuis le temps que nous deux, on ne se parle pas, j'imagine que tu as plein de longues histoires à me raconter ! On va au parc?
- Là? Maintenant?
- Là, maintenant ; réplique-t-il souriant. Mon coeur se fond en voyant ce sourire dessiné sur ses lèvres. Mon Niko, je t'ai retrouvé.
- Très bien. Mais JE prends la balançoire.
- Ah non, lance-t-il, déjà partant en courant.

Le temps de réagir, de remettre mon écharpe et mon bonnet en place, il est déjà à plusieurs mètres.

- NIKOLA VON DERCH ! JE prends la balançoire!!! Toi, tu vires les gosses !!!

*

_____POV Quentin


Ses pupilles étaient si brillantes qu'on aurait dit qu'elles brûlaient, qu'elles lançaient des rayons laser. Ses yeux incandescents, flamboyants, hurlaient toute la férocité que les mots ne pourront jamais transpirer, brillants par leur faiblesse.

Et moi . Moi j'étais comme un pauvre con assailli d'émotions contradictoires qui se retournaient dans mon coeur avec une violence qui l'envoyait alternativement au septième ciel, ou en enfer. Au septième ciel, lorsque mon pouls trépignait rien qu' à l'idée que sa colère soit de la jalousie mal placée. Je ne sais pas pourquoi, cette hypothèse me réjouissait au fond de moi. En enfer, lorsque je me demandais si c'était vraiment en train d'arriver, qu'on était réellement en train de se disputer. Elle et moi. __ Ca ne pouvait pas être vrai.

Et pourtant, ça l'était. Ses mots durs étaient vrais, destructeurs, lacérants. Mais par dessus tout, vivants. Ils déchiraient mon coeur à chaque syllabe crachée avec tout le venin qui la consumait de l'intérieur. Qui lui faisait si mal.
Et je n'ai rien dit.

Son corps valsait frénétiquement dans toute la chambre, et mon corps lourd ne faisait que suivre ses pas enragés. Pourquoi n'ai-je pas réagit? Pourquoi ne l'ai-je pas arrêté, obligé à se taire, à se calmer, et lui parler? Lui dire que cette histoire ne valait pas la peine. Qu'elles n'avaient pas lieu d'être. Pas dans notre amitié. Que cela ne nous concernait pas, alors pourquoi nous détruire de la sorte?

Ses mains si fragiles d'habitude me tapaient convulsivement. Furieuses. Intransigeantes. Qui me criaient de réagir, de me réveiller. D'empêcher que tout cela nous arrive.

Sa furie canalisée dans tous ces mots qui m'ont laissé quelque temps cloué sur place, alors que j'aurais du courir derrière elle pour la rattraper. Mais je suis resté là, congelé, face aux dernières paroles.

Leila.
A trop vouloir fermer les yeux, on fini par faire les choses mal .

*

_____POV Nadia


« - Je n'arrive pas à penser à autre chose. Je n'arrive pas à oublier.
- Bievenu au Club »

*

« - Tu ne te demandes pas ce que serait ta vie si un infime détail se serait passé autrement?
- Tout le temps.
- On est deux.»

*

« - Je cherche à les justifier. J'ai beau essayer, je n'y arrive pas.
- Bill. Profite de tes vacances. Va grimper les cocotiers.
- J'ai une tête à grimper des cocotiers? »

*

« - Pourquoi ... Pourquoi m'ont-ils fait ça.
- La question n'est plus Pourquoi. Mais comment avancer, comment réussir à vivre avec ça, comment pardonner. J'espère que tu m'écris perché sur un palmier, hein.
- Tout à fait. »

*

« - Putain. Aujourd'hui on a vu une baleine. J'ai trop flippé. Tom, ce con, il l'appelait comme si de rien n'était, il l'a pris pour un petit chien tout mignon --'
- Et toi, tu l'as prise pour un gros montre qui ne rêve que de te bouffer depuis des siècles ?
- J'ai pris la baleine, pour une BALEINE ! »

*

« - Pffffff. L'arnaque. Paye ton coca à douze euros .
- Tu t'en fous, t'es riche.
- Je suis peut être riche mais je suis pas un Martien; JE CRISE quand je paye mon coca à douze euros, teuplé.
- Et la nuit à 700 euros, tu le vis bien?
- =_=' »

*

« - HUm. Il y a plein de belles filles ici, dis donc.
- T'emmerde
- Moi aussi je t... 'emmerde .... (Je rigole hein --')
- Pas moi.
- Pffff. Tu es impossible ! Si je t'avais en face je te jure, je te secouerai un coup, histoire de... DE. Tu m'énerves même à des milliers des kilomètres !!!!
- MOUHAHA.
- n_n' »

*

« - Il fait trop beau, tu ne sais pas ce que tu rates. Je vais me baigner, je te réponds après.
- Attention aux baleine affamées de chanteurs.
-Tu as raison, j'irai plus tard »

*

« - Je suis sous un cocotier, avec une vue magnifique. La belle vie. Enfin, il y a une petite bête qui n'arrête pas de me faire chier là ..
- Je suis dans un embouteillage sur la nationale depuis deux heures. Avec pour seule vue des voitures et des voitures, les unes plus polluantes que les autres. PAS la belle vie. Alors chéris ton cocotier et ta petite bête comme il se doit.
- Oui au cocotier, non à la petite bête è_é »

*

« - Bill?
- Oui?
- Hum. Il fait beau là bas?
- Moi aussi je pense à toi ;) »

*

« - Nadia?
- QUOI?
- Même tes transformations me manquent. »

*

« - Comment va Tom? Non ce n'est pas du tout Leila qui demande. TROP PAS. Hein.
- Là en ce moment, il parle aux baleines (quand je disais qu'il les prenait pour des petits animaux mignons) . Mise à part ce petit trouble du comportement, il va bien. »

*

« - Ca bronze?
- Je bronze pas. Je CRAME moi. Comment vous faites vous, pour obtenir ce teint doré sans coups de soleil ?
- On met de la crème n_n'
- Ah ouais . Pas con »

*

« - Comment va Leila? Non ce n'est pas du tout Tom qui demande. TROP PAS. Hein.
- Là, elle se boucle les cheveux, dansant sur Mickael Jackson, chantant à tue tête Bon Jovi. Cherche surtout pas le rapport. Mis à part ce petit trouble du comportement, elle va bien. »

*

« - J'ai envie de te voir ...
- Va sur Internet, il y a plein de photos de moi (H).
- Petit con. »

*

« - Jevoisdesbaleinespartouuuuuuuuuuuuuuut. Hummm,maisnesoitpasjalouse,tuesmabaleinepréférée.
- Heu ... Bill? T'as fumé quoi là?
- Je t'ai fumé toi.
- Tu es sûr que ça va ?
- Non. Je t'aime. »

*

« - *_* ... Je suis désolé putain. Je viens de lire les messages que je t'ai envoyé hier soir. J'étais bourré. Pardon. Je ne sais pas pourquoi je t'ai parlé de baleines. Tu ne ressembles surtout pas à une baleine hein. Et, excuse-moi. J'étais trop bourré n_n'
- It's ok.
- Tu es énervée? Je te dis j'étais trop pété. Je savais que je n'aurais pas dû prendre mon portable avec moi; à chaque fois que je suis bourré j'envoies des sms à tout le répertoire --' Excuse moi. Je ne savais pas ce que je disais. J'ai beaucoup bu, et donc, tu m'en veux?
- Bill. Même par sms tu parles trop. C'est fou. »

*

« - Je suis trop glam fashion là. Tu me verrais tu ... PFIOU.
- Même pas. Je suis entièrement vaccinée contre l'effet Kaulitz. Où vas-tu pour être aussi Glam Fashion ?
- Chez-toi. »

Mon coeur se déchiquette lisant la super blague de Bill. Une rire nerveux traverse mes lèvres humides. Il se croit drôle en plus. Je balance le portable énergiquement sur le lit, anxieuse, lorsque j'entends le moteur d'une voiture se garer à l'extérieur. Mes yeux s'agrandissent fixant le plafond blanc de ma chambre. Pfff. Il te fait marcher, et toi tu cours, Nadia. Ca ne peut pas être lui ... Il est sous les cocotiers. Hein. Il y est encore, n'est-ce pas?

La cadence détraquée de mon coeur me propulse contre la fenêtre. D'une main, je tire les rideaux abruptement. Une BMW est en train de se garer en face de chez moi. Les vitres teintées m'empêchent de voir à l'intérieur, alors je ne peux pas voir de qui il s'agit. Mon coeur reste en suspense, ainsi que ma respiration, attendant que la personne sorte de la voiture. L'adrénaline se disperse à une vitesse démente dans mes veines. Au fond, je sais déjà que c'est lui. Mes membres flanchent tous son mon poids, suspendu à cette fenêtre._ La portière s'ouvre, laissant apercevoir un mec portant des lunettes de soleil -en plein hiver-, une casquette noire, un teint hâlé, vêtu des jeans très taille basse, un léger pull bleu couvrant ses bras frêles. __C'est Bill. Le coeur au bord des lèvres je me détache de cette fenêtre où je viens de rester paralysée pendant quelques minutes, inconsciente; ne prends pas la peine de jeter un coup d'oeil à mon reflet, et descends les escaliers en trombe._ Je suis là, devant la porte, à attendre ses coups de poing. J'attends. J'attends . Mon coeur me supplie d'ouvrir, de mettre fin à cette torture, à cette cadence qui l'affole; qui le rend minable, qui lui fait perdre toute conscience. Le souffle saccadé, j'attends encore. Rien ne se passe. Il ne toque pas. Je sens le regard interrogateur de mon frère depuis le salon. Mais je ne suis pas là. Je n'imagine que Bill derrière la porte d'entrée. J'attends. Toujours rien. Angoissée, je me précipite sur la porte, craignant qu'il ait changé d'avis ; qu'il soit en train de repartir. J'ouvre la porte dans un élan brusque, désespéré. Dans un dernier soupir. Un dernier espoir. Et tu est là. Planté à l'encadrement de la porte. Sans les lunettes. Tu attendais, aussi. Le tableau qui s'offre à moi me laisse essoufflée, m'anéantit. M'achève. Un sourire malicieux dessine tes lèvres rosées, ton visage doré me fixe espiègle. Tes dents viennent mordre ta lèvre inférieure élargissant ce sourire infroissable. Diaboliquement beau. Fier de ton coup. Malin. Enfantin. Adorable . Putain . Une chaleur envahit mon crane. Mes joues. Mes lèvres tremblent légèrement. J'essaye de revenir à moi, de reprendre mes esprits. De sortir un mot. Bouger. N'importe. Mais je n'ai pas -ou plus- conscience du reste de mon corps. Je suis hypnotisée, dans un état de léthargie complet. Ces instants à se regarder sans rien dire me paraissent une éternité. Je ne réalise pas. Ton sourire est trop beau pour être vrai. Je dois être en train de rêver. Mes joues s'étirent, laissant entr'apercevoir un sourire à mon tour. Puis, je ne comprends pas. Pourquoi. Ni comment. Mon corps se précipite dans tes bras; qui s'empressent de m'encercler avidement. Ma joue se pose sur ton torse; incrédule, euphorique, j'entends les battements aliénés de ton coeur. La chaleur que ton corps émane m'enveloppe créant un champs magnétique autour. Je ferme les yeux, goûtant à cette sensation perdue depuis tellement longtemps. Je sens tes lèvres embrasser ma crinière en bataille. Tu susurres quelques mots.

- Vaccinée contre l'effet Kualitz, tu as dit?

Je t'entends sourire. Mon Dieu, ce que tu m'as manqué petit con. Rien ne vaut ce moment, dans tes bras, à ne rien te dire. Et tout t'avouer, au même temps. __Tes doigts enflammés se glissent dans ma chevelure et jouent avec quelques mèches. Et ton menton vient se reposer sur ma tête. Tu tournes doucement, et c'est ta joue qui vient se poser sur mon cuir chevelu. Je t'entends encore sourire, comme un con. Comme tu aimes faire pour te foutre de moi. Dans le genre "J'ai gagné Nadia. Je suis irrésistible". Et je te hais pour ça. Mais qu'est-ce que j'aime te haïr. Je hume longuement ton odeur. Enivrée. Exaltée. Ce même parfum que je reconnais à chaque fois, qui m'électrise, me laissant étourdie. Et ce sourire perpétuel, qui provoque ce séisme à l'intérieur de moi. Cette perte de contrôle totale. Unique. Le temps semble s'être arrêté pour nous. Pour ces retrouvailles. Pour ce moment bras dans les bras. Pour toi, et pour moi. Pour nous. Oui, pour nous ...

- Salut Bill. Je vois que tu es de retour ; dit la voix joueuse de Marco derrière moi.

Honteuse que Marco m'ait vu enfouie dans les bras de Bill; je me détache de son étreinte à contre coeur, d'un mouvement crispé.

- Je n'allais pas passer Noel avec les baleines.

Je souris, sentant mes joues se colorer intensément. Je tourne le dos à Bill, pour qu'il ne voit pas mes joues s'enflammer, et m'apprête à rentrer. Marco nous lance un sourire et s'éclipse. Mais la main de Bill capture la mienne et m'oblige à lui faire face. Je baisse le regard, toujours dans une vaine tentative de lui cacher mon malaise. Son doigt vient relever mon menton. Et mes yeux avides plongent dans ce regard doré, une nouvelle fois.

- Tu m'as beaucoup manqué.

J'entrouvre lentement les lèvres pour lui dire, lui crier que lui aussi, il m'a terriblement manqué. Mais sous son regard pénétrant, intimidant, je referme la bouche. Ses yeux se posent confus sur mes lèvres, et je tourne la tête pour chasser l'image de notre baiser. Son regard insistant, ses yeux sondeurs me me quittent pas et attendent une réponse. Qui ne viendra pas. Je soupire, nerveuse, puis lui fais signe d'entrer. Mais il me retient de nouveau.

- Tu comptes me dire ou quelque chose ou..
- Je .. Il me faut du temps Bill.
- Du temps pourquoi ?
- Pour ... tout ça.

Il arque son sourcil, comme il sait si bien le faire.

- Quoi, tout ça ? Je ne vois pas . Ca te tuerait d'être un peu expressive de temps en temps? _Je t'ai sauté dans les bras y'a même pas cinq minutes. Ce n'est pas être expressive, ça? __Moi aussi, j'ai besoin d'entendre certaines choses. Moi aussi, j'ai peur. Et moi aussi, j'ai besoin d'être rassuré.

Son regard me trouble. Je me détache de ses yeux caramel, et fixe le vide. Bill. Tu devrais apprendre à écouter mon silence. Il dira toujours plus que ce que mes lèvres pourront un jour prononcer. Ecoute mon silence, Bill. Je suis expressive. Tu as besoin de mots ; des phrases qui ne veulent rien dire au final. Tu veux être rassuré, mais tu ne regardes pas dans la bonne direction.

- Qu'est-ce que tu veux entendre ?
- Non Nadia. C'est trop facile. Je ne te forcerai plus à concrétiser tes pensées. J'aimerais que ça vienne de toi pour une putain de fois. Ca fait trois semaines que je rêve de ce moment, de venir chez toi, de te revoir, et de t'entendre me dire ... plein de choses. J'en ai marre de courir derrière un fantôme. Je ne peux pas me battre éternellement contre ton silence. J'ai besoin de savoir.

Ses doigts se posent sous mon menton et d'un mouvement brusqué, ils m'obligent à le regarder. Dis-le Nadia. Dis lui. Ce n'est pas difficile. Toi aussi, tu m'as manqué. Toi aussi. Fais-lui comprendre qu'il compte pour toi. Dis lui combien tu es attachée à sa bouille dorée, à ses sourires espiègles, à son obstination, à son attitude malicieuse, à ses prunelles innocentes, au son de sa voix, à son odeur qui te rend si ivre, à ses yeux ensorcelants, à son côté enfantin, à ses regards envoûtants, à ses blagues pas drôles. Combien tu es attachée à lui . Dis-lui. Dis-lui que tous ses efforts ne sont pas en vains. Qu'il a réussi. A s'immiscer en toi, à se forger une place dans ton coeur. Dis-lui. Dis-lui. Je t'en supplie Nadia. Dis-lui. Je me perds dans son regard, essayant de concrétiser mes pensées. Ses yeux me fixent, inlassablement, interrogateurs. J'entrouvre mes lèvres à plusieurs reprises. En vain. Je n'arrive pas, Bill. Pourquoi n'écoutes-tu pas mon silence? Je suis désolée. Tellement désolée de ne pas te dire avec des mots ce que je ressens. Des mots. J'en ai pas. J'en veux pas. __Je suis désolée . Il semble lire cette dernière phrase dans mes yeux décapités, car il laisse tomber sa main, et serre les mâchoires. Je suis désolée ...

- Appelle-moi quand tu seras prête. Bonne soirée.

Laisse-t-il échapper. Puis , sans se retourner, il commence à marcher en arrière. J'ouvre la bouche, encore une fois pour le retenir, mais je ... Rien ne sort. Je le vois partir, sans rien pouvoir y faire. Je sens ma gorge se nouer. Dis quelque chose NADIA putain. Ne le laisse pas partir ... S'il te plaît.__Il remet ses lunettes de soleil, et se retourne enfin se dirigeant vers sa voiture. Je pince mes lèvres, ne sachant que faire. Je m'en veux. Et mon misérable coeur se triture dans tous les sens le voyant monter dans sa BMW, démarrer, et partir._ J'avale avec difficulté. Des fortes nausées s'emparent de mon crâne. Ma main se pose sur mon front fébril. Finalement, c'était vraiment un rêve. Court. Beaucoup trop court. Pourquoi fallait-il qu'il gâche tout? J'étais tellement heureuse de le revoir. Et ... il a fallu des mots pour tout gâcher. Des mots, rien que des mots.

*

- Et là. Il attendait que je lui dise quelque chose. Je ne sais pas quoi exactement, mais voilà. Il a pété un cable dix minutes après être débarqué. Franchement, il n'y a pas que moi qui déraille. Quelque chose ne tourne pas rond dans sa tête, non plus. Je suis bizarre. Je le sais . Mais lui, LUI. Qu'est-ce qu'il voulait entendre? Hein ?
- Qu'il t'a manqué, peut-être?
- Il le sait très bien, putain.
- Parfois on a besoin d'entendre ces choses là, Nad. Puis aussi, dis-toi que Bill ça fait un moment qu'il te tourne autour ; il est trop chou et tout ; et toi, tu ne manques pas une occasion pour l'envoyer bouler. C'est compréhensible. En plus, il a débarqué comme ça ... Après le message. Je trouve ça trop beau. C'est pas le poulpe qui ferait ça.
- Il a tout gâché. On avait pas besoin de ça. On avait pas besoin de mettre des mots dessus. Les mots, ça gâche TOUT. Il m'énerve.
- S'il t'a reproché ton silence ; c'est que ça le blesse, non?
- Non.
- Fais pas ta tête de mule, sale crotte. Réfléchis plutôt pourquoi il a autant besoin d'entendre ce qu'il se passe dans ta caboche de schizophrène. Tu sais, lui aussi est un humain qui a besoin de se sentir rassuré. Il t'a toujours rassuré, toi, avec tes peurs; tes transformations, non? Alors, faut le comprendre le chouchou.
- Arrête de le défendre.
- Nadia, tu as tort et tu le sais. C'est dur encaisser le silence d'une personne à laquelle on tient. Je t'assure. Je le comprends ...
- Tu dis ça par rapport à Tin's? Il ne t'a toujours pas appelé? Qu'est-ce qu'il nous fait le blond, là.
- Il fait comme toi, il préfère tout garder pour lui. Et je peux te dire que ça fait mal. Oui, ça me fait mal, son silence. Ca me blesse. Ca me détruit Nadia. Alors ne fais pas comme Quentin ; et parle une fois pour toutes à Bill.
- Mais il y a d'autres façons de démontrer qu'on tient à quelqu'un, non? Quand je l'ai vu, je n'ai pas pu m'empêcher de me jeter dans ses bras. Bon, ce n'était pas volontaire, c'était plus une pulsion refoulée qu'autre chose. Mais justement! Pourquoi ça, il ne le prend pas en compte?
- Nadia d'amour, tu ne viens pas avec un mode d'emploi, tu sais? Alors, tu vas le voir, tu le planques contre le mur, tu l'embrasses, et tu lui dis "Et là, je suis PAS expressive, SALE CON? " Explique-lui, simplement, que tu ... es tellement un extraterrestre, que tu fais passer tes émotions par les gestes, les regards, l'attitude. Et pas forcément les mots, que tu juges inutiles et encombrants.
- C'est exactement ça !
- Ouais, mais moi ça fait vingt ans que je te connais ma vieille. Billou n'a pas eu cette chance, alors s'il te plaît, tu es indulgente.
- Mouais. Tu as raison. Tu as toujours raison.
- Je sais.
- Enfin. Presque. Je vais aller le voir. Bon, je ne sais pas si je le planquerai au mur, et toute la suite de ton scénario; mais je ferai de mon mieux.
- Tu veux dire, le fixer intensément espérant qu'il lise tes pensées? Ca ne va pas arriver, hein ! Faudra parler . Emettre des sons ! Regarde, tu le fais très bien avec moi.
- Idiote.

Elle s'apprêtait à riposter, quand son portable se fait entendre. Je hausse les épaules et me laisse tomber en arrière. Je dois aller le voir.

- Allo? Oh Georg (...) Non, tu ne me déranges pas du tout, voyons (...) Ce soir? Ca marche ma poule.

Je sursaute du lit, assimilant qu'elle parle à Georg. Je lui fais signe, et elle me regarde affolée.

- Demande lui l'adresse de l'appartement de Bill à Berlin!
- Nadia aimerait connaître l'adresse de l'appart de Billoune, elle a une déclaration à lui faire, vois-tu.
- Tais-toi.
- Tu l'as? Parfait ! Attends, je note (...) Très bien. Alors ce soir, on se voit chez moi? (...) Tu sais où j'habite. Tu te rappelles? (...) Tu es sûr? (...) Très bien. Nadia sera occupée à rouler des pelles à Bill, Q...
- N'importe quoi!
- Quentin ne me parle toujours pas (...) Aha, vive l'amitié, ouaip. Tom, plus de nouvelles depuis ... longtemps, alors on l'invite pas. Marco sera sûrement d'accord pour venir ! Et Niko aussi! Gustav sera là? (...) Cool ! Pas d' Emma s'il te plaît, je peux pas la blairer. Andréas? (...) Ah ouais? ... (...) Mais il est en froid avec les jumeaux, pas avec toi, si? (...) PFFF. Vraiment, ils puent grave les gens. Allez, soirée à cinq. Nadia et Bill nous rejoignent si tout se passe bien, n'est-ce pas Nad?
- Je ne sais pas.
- Super ma poule! A ce soir. Je t'embrasse.

Elle raccroche euphorique, et tape de ses mains, satisfaite d'avoir planifié sa soirée.

- Tu vas voir Georg ce soir, encore? Vous voyez souvent dernièrement, tu ne trouves pas?
- Hein ? C'est quoi cette insinuation débile? Oui, je le vois souvent, j'ai trouvé d'autres amis puisque tous mes potes me lâchent.
- Quentin c'est "tous tes potes" ou tu inclus le poulpe dans la liste?ET je ne t'ai pas lâché moi, qu'est-ce que tu racontes ...
- Nan, mais tu es toute dans ton monde Billien ... BREF.
- Qui que quoi ? Alors là, tu délires.
- Complètement! Allez, je te laisse l'adresse ici ; va voir ton prince charmant. Pas la peine de faire cette tête. Appelle-moi si jamais vous venez ce soir, on va sûrement regarder des films ... Je ne sais pas! Bonne chance Nadichou ! Courage, on croit tous en toi !
- "On" ?
- Me, Myself and I Baby ! A tout à l'heure. Et n'oublie pas : PARLE-LUI. Laisse la télépathie pour quand votre relation sera plus ... avancée. Je t'aime.

Je lève les yeux au ciel après qu'elle soit partie claquant la porte. Je me lève, décidée à aller parler à Bill. Je jette un coup d'oeil à l'adresse gribouillée rapidement sur un post-it. Ce n'est pas très loin. Je soupire. Je n'ai absolument aucune idée de ce que je vais lui dire, mais bon. Je verrai le moment venu. Faut que j'arrange mon énorme boulette d'hier.

*

( __Partie II,
juste en BAS__)

# Posté le jeudi 28 mai 2009 19:06

Modifié le dimanche 12 juillet 2009 17:14

***__Chαpitre 45__ *** «- Tu étais venue me dire quoi, ...? Que j'étais folle de toi. »

PARTIE II
*

_____POV Tom


- Tom. Tom, arrête-toi un peu, tu veux? Explique-moi quelque chose, s'il te plaît. Qu'est-ce qu'on fait là?
- On est arrivés.
- Mais de quoi tu parles? Ca fait une éternité qu'on ne s'est pas vus. Tu sonnes à ma porte et me prends en otage sans rien me dire. J'aimerais que tu m'expliques au moins. Ca ne va pas? Quelque chose est arrivé à Bill? J'angoisse, Tom. Parle-moi s'il te plaît!

Je me tourne vers elle, afin de la rassurer.

- Il n'est rien arrivé à Bill. Il a besoin de te parler, c'est tout.
- Qu ... Quoi? Il veut simplement me parler? Tu rigoles. Je me casse. Tom. Arrête ta voiture tout de suite.
- Attends Sascha. C'est sérieux et très important.
- Pourquoi ? Pourquoi après trois ans de silence? Hein? Oh . Je vois. Je vois ... C'est Gustav qui vous a dit.

Je fronce les sourcils et lui lance un regard interrogateur. Elle sait, donc?

- Il m'a vu le soir de votre concert privé. Il l'a dit à Bill et tout le tralala. C'est ça? Bill est énervé que j'aie mis les pieds dans la même salle que vous, c'est ça?
- Quoi ? Tu étais au concert?; demandé-je déconcerté; stationnant la voiture. C'est quoi ce bordel.
- Quoi, ce n'est pas ça dont il veut me parler?
- Non, Sascha. Non. Tu verras, d'accord? Sois patiente. Tu étais au concert privé, sérieux? Comment ça se fait? On ne t'a pas vu.
- Je n'ai fait que passer. Rien d'important. Je voulais parler à Emma.
- D'accord ...
- Tom. Donne-moi un indice, s'il te plaît ! Ca m'angoisse tout ça. Pourquoi dois-je voir Bill? Pourquoi maintenant ? Je ne suis pas prête .. Je ...
- Faut être prête pour le voir ?
- Bien sûr, Tom. Ca fait trois ans qu'il m'ignore complètement. Je ne vois pas pourquoi maintenant. Tu sais, il n'a plus voulu me revoir sur un coup de tête, je me suis fait une raison. Basta. Il est vraiment nécessaire de remuer tout ça? Je n'en ai pas envie. Je n'ai pas envie de le revoir, Tom. Laisse-moi partir, s'il te plaît.

Je me retourne vers elle et arrête le moteur de la voiture.

- Ecoute. Bill ne sait pas que je t'ai fait venir. _Elle commence à s'agiter, et ouvrir la porte de la voiture pour partir._ Mais, attends. Ecoute-moi d'abord! Dernièrement il s'est passé ... Enfin, il a appris quelque chose. On est partis trois semaines dans une île au cul du monde pour qu'il "oublie" mais je vois bien qu'il y pense encore. Je fais ça pour lui. Il a besoin de te parler, pour tourner la page. Il en a besoin. Et, il ne viendra pas te chercher lui même. Tu comprends?
- PAS DU TOUT. Je veux partir !
- Sascha. Je t'en supplie ... Bill a besoin de te parler.

Elle détourne le regard, fixant la vitre, perdue. Confuse.

- Je ... Est-ce vraiment vital ? En a-t-il vraiment besoin ?
- Oui ...

Elle soupire. Ses yeux s'embrument et je m'approche d'elle pour la serrer dans mes bras. Elle recule.

- Non Tom. Je t'en veux, toi aussi. Quand je me suis engueulée avec Bill, tu m'as laissé tomber. Ce qu'il se passait entre lui et moi, ça ne te concernait pas. Pourquoi, pourquoi ai-je cessé d'exister à tes yeux, aussi? Aucun signe de vie. Rien. On était tellement proches et pouf. D'un jour à l'autre ...
- Comprends-moi. Tu venais de t'embrouiller méchamment avec mon jumeau ... Je le voyais souffrir. Je ne savais pas vers quel camp aller ...
- Il ne s'agissait pas de ça, TOM ! Je ne t'ai jamais demandé de choisir ... non. Je n'ai pas compris pourquoi as tu oublié notre amitié comme ça ... Les problèmes entre Bill et moi ne te concernaient pas ... Je n'ai jamais compris, Tom, ton attitude.
- J'ai voulu protéger Bill ... Si je continuais à te fréquenter, Bill et toi vous seriez forcément croisés. Ca lui faisait vraiment trop de mal, Sascha. Il faut que vous parliez de tout ça. Il a quelque chose à te dire ... Enfin. A t'expliquer.
- Mais pourquoi ?
- Parce qu'il vient de l'apprendre .. Il y a quelques semaines. Il a besoin de savoir si c'est vrai ... Même s'il est pratiquement sûr.
- Après ... Je pourrai partir ?
- Oui ...
- Et tu me promets que tu ne viens plus jamais me mêler dans vos histoires ?
- Cette histoire te concerne. C'est pour ça que je me suis permis de...
- C'est très difficile ce que tu me demandes Tom. C'est très dur pour moi revoir Bill, tu comprends? Non. Tu ne comprends rien. Tu ne sais pas comment j'étais ... Tu ne sais rien.

Je m'approche d'elle dans une nouvelle tentative de la prendre dans mes bras. Cette fois elle se laisse faire. Et laisse échapper quelques gouttes salées sur mon épaule. On reste quelques instants silencieux; son corps fragile enfoui dans mes bras, remémorant ce passé douloureux. Puis, dans un élan décidé, elle se redresse. Elle murmure un "Allons-y" dans un soupir accablé, puis descend de la voiture. Je l'imite et la guide vers l'appartement. On avance silencieux vers le somptueux immeuble qui se trouve devant nous. On ne dit rien, perdus dans nos pensées. _Abîmés. _Je commence à appréhender la réaction de Bill. J'ai peur qu'il le prenne mal. J'ai peur de ne pas avoir fait le bon choix. On pénètre dans l'édifice et on monte les escaliers. Je suis devant elle. Je réfléchis à ce que je vais dire à Bill. J'imagine sa tête lorsqu'il la reverra. Mon coeur s'accélère rien qu'en imaginant la douleur se dessiner sur ses traits. Je fronce les sourcils apercevant une silhouette devant la porte de l'appartement. Je ne la reconnais que lorsqu'elle se tourne vers moi.

- Oh, Tom ! Salut ... Georg m'a donné ... Désolée, __s'excuse-t-elle immédiatement lorsqu'elle aperçoit une silhouette derrière moi. Je n'avais pas vu que tu étais accompagné !

Mon sang se glace devant Nadia qui attend patiemment que Bill vienne lui ouvrir. On arrive au niveau de la porte. Sascha sort de derrière moi. Je regarde les filles ahuri. Nadia pose ses yeux sur Sascha. Rien qu'à son expression, je devine qu'elles se connaissent déjà. Je tourne la tête vers Sascha, qui elle aussi, affiche une panique complète sur ses traits fins. Oh putain.

- Nadia.
- Sascha.

Je baisse les yeux. Elles se connaissent vraiment ? Putain. Faut que l'une des deux parte vite, avant que Bill n'ouvre la porte.

- Tu as ... toqué?

Demandé-je d'une voix incertaine à Nadia, qui semble ensorcelée par Sascha à mes côtés. Je me tourne vers la blonde, qui aussi semble hypnotisée par le regard perturbant de Nadia. Putain les filles, youhou ?

- Oui. J'ai toqué. Je ... Je vais y aller. Je ne devrais pas être ici.

Je laisse sortir l'air accumulé dans mes poumons à cause de la tension qui flotte dans l'air, soulagé, quand Sascha intervient, retenant Nadia.

- Non. C'est moi qui vais partir; dit-elle, forçant un sourire. Je n'ai rien à faire ici.

Putain les filles dépêchez vous à décider. Sinon il va ...
La porte s'ouvre en trombe, un Bill au téléphone, insouciant.

- Je viens chez toi TOUT DE SUITE .... Jusqu'à ce que ses yeux se posent sur le trio qu'on forme. Je .... Je retire ce que j'ai dit ... Je te rappelle.

Il laisse doucement tomber sa main qui agrippe le portable. Ses yeux se balancent de Nadia à Sascha. Puis, il prend enfin conscience que je suis là. A ce moment même, lorsque ses yeux croisent furtivement les miens, je ressens son angoisse à la vue de Sascha. Le pincement de coeur qui lui lacère le coeur. Les souvenirs qui lui montent à la gorge. L'envie de vomir ses tripes. De vomir son coeur. Je ressens tout. Ses yeux se baladent une nouvelle fois de la brune à la blonde. _Incertains. Douleureux. _Bill. Dis quelque chose ... Reprends-toi. Il me fixe et je lui lance un regard rassurant, qu'il ne comprend pas. Fais-un effort, Bill. Dis quelque chose où elles vont partir en courant toutes les deux. Il scrute Nadia, puis Sascha. Il ouvre la bouche, puis la referme aussitôt. Je sens sa gorge défoncée par toutes ces émotions. Paniquée. Sa frayeur. Les démons du passé refont surface et défilent sous ses yeux hypnotisés. Torturés.

- Bien. Je vais vous laisser. Contente de t'avoir revu Sascha.
- Nadia, tu restes ici.
- Oui. Voilà. c'est moi qui vais partir, je ..
- Sascha, tu restes ici.
- EH bien ! C'est moi qui vous laisse. Bill, appelle-moi plus tard. Salut les filles.

Elles ne répondent pas, toutes les deux subjuguées par la moquette qui tapisse le sol de l'immeuble. Putain. Faut que je parte d'ici et vite. Heureusement, Bill ne me retient pas, moi.

*

- Comment as-tu eu l'adresse, Nad?; demande-t-il enfin.

Il nous a fait rentrer, toutes les deux. Il nous a fait signe de nous asseoir. Mais n'a rien dit. Après dix minutes d'un silence oppressif, il le brise enfin. Sa question me prend par surprise. Mon coeur bat à mille à l'heure. J'inhale une grande gorgée d'air et essaye de choisir mes mots dans mon esprit brumeux.

- Je ... Je.. Georg me l'a donné. Je préfère partir Bill, vraiment.

Il arrête de faire les cent pas et pose son regard sur moi. Il essaye de me faire comprendre quelque chose, mais je suis hors service. Cette situation me glace le sang, le cerveau, tout. Qu'est-ce qui m'a pris de venir ici, mon Dieu.

- Non, Nad. Tu étais venue pour quelque chose, non?
- Je ... _ Mes yeux croisent ceux de Sascha, qui semble désorientée. Je ... Oui. J'étais venue parler par rapport .. à hier ... Ca n'a plus d'importance. Tu sais. Tu dois parler avec Sascha et je comprends.

Il s'approche lentement, s'agenouille devant moi et me fixe avec insistance sous ses longs cils. Oui. Je sais, Bill. Tu m'avais demandé d'être avec toi le jour où tu l'affronterais, mais c'est trop dur. Je n'y arrive pas. Peux-tu comprendre ça?

- Je ...
- S'il te plaît ; me supplie-t-il.

Je laisse échapper un soupire saccadé puis hoche lentement la tête. Il me susurre un " Merci " et se tourne vers Sascha, décidé. Remplis d'un courage soudain.

- Sascha ... Comment ça se fait que tu ...
- Tom m'a obligé à venir ici. Je ne voulais pas. Il m'a dit que tu avais besoin de me parler. Qu'est-ce qu'il se passe ici, bordel? Qu'est-ce que tu me veux ...?
- Je ... Il marque un temps d'arrêt, ne sachant comment aborder le sujet. Après des longues minutes de silence, il reprend. J'avais besoin de te revoir Sascha. J'ai quelque chose à te demander. J'ai besoin d'entendre ta version. Parce que ça me tue.
- De quoi tu parles, Bill? Sois clair; je ne comprends rien!
- J'ai une question ... Après ce soir là. Tu te rappelles, quand on s'est..
- Je me rappelle.
- Tu ... On s'est quitté sur une engueulade de plus. Mais ce fut la dernière.
- Je connais l' Histoire Bill.
- Es-tu ... As-tu essayé de me revoir? As-tu essayé d'arranger les choses?

Sascha fronce les sourcils, déconcertée. Elle se lève d'un bond; ses yeux remplis d'une colère que je ne comprends pas.

- Pourquoi tu me demandes ça, HEIN ? T'as encore envie de savourer le fait que tu avais raison? Tu as besoin de m'humilier comme ça, après trois ans? Tu es un putain de connard, tu n'as pas changé!

Elle commence à se précipiter sur Bill; mais il nie de la tête et retient ses mains qui s'apprêtent à l'agresser. Putain. Je veux partir.

- Non. Non Sascha. Je ne cherche pas à t'humilier, qu'est-ce que tu dis. Calme-toi. Toi, non plus tu n'as pas changé avec ton caractère à la con. Tu peux m'écouter et répondre calmement à mes questions?
- Et puis quoi encore, Monsieur?
- Sascha, j'ai besoin de savoir si tu es revenue ... Je...

Les yeux de Sascha s'embuent cruellement, elle se détache brusquement des mains de Bill, puis s'approche de la fenêtre, toujours hors d'elle.

- POURQUOI. Pourquoi me fais-tu ça? Pourquoi tu as besoin d'entendre ça, hein ? Oui, tu avais raison. Oui, j'étais amoureuse de toi. Content ? Oui, j'étais amoureuse de toi, ET J'ETAIS UNE PAUVRE CONNE. OUI. Oui ... Je t'ai rejeté parce que je ne comprenais pas notre relation. Parce que j'avais peur de souffrir démesurément avec toi, parce que notre relation était tout sauf stable, parce qu'on s'aimait un jour et on se détestait le lendemain ! Et tu m'as condamné pour ça. Parce que je ne croyais pas en NOUS. Parce que je refusais de t'avouer mes sentiments. Mais oui, OUI J ETAIS AMOUREUSE DE TOI ; sanglote-t-elle. Son corps se trouve rapidement secoué des spasmes furieux ... T'aurais dû t'en rendre compte, Bill. Au fond de toi, tu devais le savoir. Tu devais savoir que tu étais ma vie. Mais tu as préféré m'éloigner. Oui, c'est vrai, notre relation était maladive, nocive, nous détruisait un peu plus chaque jour. Oui, elle était tout sauf saine. Mais on aurait pu faire autrement. On aurait pu y mettre fin d'une autre façon! Pas comme tu as fait. Tu m'as tué Bill. Oui, je suis revenue vers toi. OUI. Pendant longtemps, j'ai cherché à comprendre pourquoi tu m'avais jerté de ta vie comme ça. Tu es content ? Ca y est, tu es content?

Bill se couvre son visage de ses mains, sûrement ne sachant pas comment encaisser toutes ces vérités crachées à la figure avec tant de rancune. Il me lance un regard, furtif. Désespéré. Déboussolé. Puis ses yeux reviennent sur elle.

- Ca répond à tes questions ? Je peux partir maintenant? ; murmure-t-elle, après s'être laissée emporter, laissant sortir toute sa colère contre Bill.

Bill s'avance d'un pas lourd vers elle. Sa voix tremble légèrement.

- Je ne savais pas, Sascha.
- Si. Bill. Tu savais, au fond de toi que je t'aimais comme une folle. Tu le savais. Tu as préféré ne rien voir, tu as préféré jouer la carte de l'incompréhension. C'était plus facile. Ca t'arrangeait.
- Non. Je ne parle pas de ça. Je ne savais pas que tu avais essayé de me revoir.
- Qu ... Arrête Bill. Laisse-moi partir. Je ne te suis plus. Ce n'est pas ça que tu voulais entendre?
- Non. Et arrête de croire que je cherche à te faire souffrir.
- Eh bein c'est ce que tu fais. Alors, arrête tes questions à la con, et laisse-moi partir.

Le brun tente quelques pas vers elle, mais elle recule, méfiante; le fusillant du regard.

- J'ai essayé de te parler après ce soir là. J'ai essayé de m'excuser... J'ai regretté mes mots. J'ai tout regretté. J'ai essayé de te parler, de te faire entendre raison. Mais, dans ma version, c'est toi qui n'a jamais voulu entendre parler de moi.

Sascha lance un rire hystérique, fixant Bill comme s'il était fou. Mes yeux valsent de l'un à l'autre, sentant une boule se former au fond de ma gorge. Désirant que toute cette scène dégoulinante de reproches touche à sa fin.

- Tu es grave, Bill. Crois-moi. Tu es grave. J'en ai assez de cette conversation. Je me casse.

Bill la retient d'un mouvement habile, attrapant son poignet, et elle lève la vue vers lui. La proximité de leurs corps me lancine le coeur déjà bien malmené. Je ferme les yeux, chassant cette image.

- Emma me disait que tu me haïssais. Que tu ne voulais plus de moi. Que tu en avais marre. Que tu avais tiré un trait sur nous ... Que tu ne voulais plus revenir en arrière. Que tout ça te soûlait. Que tu ne voulais plus entendre parler de moi. Que c'était du passé. Que je t'avais trop fait souffrir. Emma me disait ça à chaque fois que je lui parlais de toi, à chaque fois que j'essayais de te joindre. A chaque fois que je faisais un pas vers toi; Emma me dissuadait du contraire. J'ai fini par accepter le fait que tu ne me voulais plus dans ta vie.

Je rouvre les yeux, paniquée, et appréhendant la réaction de la blonde aux visage trempée et furieux. Elle balade ses yeux frénétiquement sur le visage de Bill, cherchant le signe qui lui indiquerait qu'il était en train de mentir.

- Qu .. Qu'est ... Bill. Laisse-moi.
- Elle nous a empêché de nous revoir. Elle et Gustav ont ...
- Tu es fou , Bill ! Tu es devenu dingue. Le succès ne te réussi pas mon vieux! Pourquoi ils auraient fait ça, hein ?
- Je ne sais pas ... Je ne sais pas Sascha. Je cherche l'explication, moi aussi dans ma tête, depuis quatre semaines. Je cherche à les justifier, mais je n'y arrive pas. J'avais besoin de savoir si c'était vrai ... J'avais besoin d'entendre ta version.
- D'entendre ma version ? D'entendre quoi, au juste? Que le fait que tu m'aies quitté m'a anéanti jusqu'à un point de non retour envisageable? Que j'ai mis du temps à me relever? Que je t'ai hais, comme je n'ai jamais hais personne? Que j'ai passé des nuits entières à chialer à cause de toi et de notre relation. Et que pour couronner le tout, MONSIEUR devenait célèbre, alors on n'entendait parler que de vous, partout? N'importe où j'allais, ta sale gueule sur tous les magazines était là pour me rappeler comment tu m'avais oublié? Comment tu m'avais jerté comme une vieille merde? Comment tout ça c'était fini avant même que ce ne soit commencé? N'importe où j'allais il y avait toujours une de tes chansons d'amour à la noix pour me déchirer un peu plus l'âme déjà bien trop déchiquetée? J'étais assez stupide pour croire que tes chansons parlaient de moi. J'ai acheté tous tes CD's. A chaque fois que je le voyais quelque part, je me sentais obligée de l'acheter. Oui, je dois avoir ton CD Schrei en cent exemplaires. Oui, j'étais naive. Je croyais que tu pensais encore à moi. Tes chansons m'achevaient mais, paradoxalement, me permettaient de survivre. Il n'y a pas de mots pour décrire ce qui s'est ensuit à notre engueulade. Le monde a arrêté de tourner. C'était l'enfer qui a repris la place vacante. Je survivais, en enfer. Tu as encore besoin de détails quant à ma version des faits ou c'est assez complet? Oh. Toutes les rumeurs sur tes pseudos copines, que je ne pouvais pas m'empêcher de suivre, de m'informer par tous les moyens pour savoir si c'était vrai. Si vraiment, tu étais passé à autre chose. Et même avec tout ça, tu n'as pas idée de ce que j'ai vécu. Tu n'as pas idée dans l'abîme dans lequel tu m'as fait sombrer, Bill. Mais je ne te reproche rien, aujourd'hui. Ca devait se terminer, d'une façon ou d'une autre. Ma version des faits n'est pas du tout joyeuse, Bill. Reste avec la tienne, et laisse-moi t'enterrer en paix.

Elle tire son bras, afin de le libérer de la main de Bill, puis se dirige d'un pas décidé vers la porte. Bill reste cloué sur place, foudroyé par tout ce que Sascha vient de lui vomir à la gueule. Elle passe à côté de moi et me sourit tristement.

- J'espère que ça se passera mieux pour toi.

Elle arrive au niveau de la porte, hésite quelques instants sans se retourner; puis sort, décidée. Je pose mes yeux sur Bill, qui vient s'effondrer sur le canapé où je suis assise. Il passe ses mains sur son visage, abattu. Je ne sais que dire, ni que faire pour apaiser sa douleur. Après ce qui me paraît être une éternirté, il pose enfin ses mains sur ses cuisses, et tourne la tête vers moi. Il a les yeux extrêmement rugis. J'ouvre la bouche pour sortir un mot, n'importe, qui pourrait le consoler, ou lui changer les idées; mais je ne trouve pas. Je me sens impuissante face à sa bouille déboussolée. Face à toutes ces paroles encore flottantes autour de nous.

- Merci d'être restée. Je n'aurais pas pu l'affronter sans ... ta présence.

Je hausse un sourcil, perplexe.

- Je ne comprends pas pourquoi je devais assister à cette scène mais ...
- Tu me rappelles mon présent, Nadia. A chaque fois que ses mots fouettaient mon coeur, que ses propos étaient trop accusateurs pour que je les supporte; ou quand mon passé embrumait ma tête, je te regardais ... Savoir que tu étais là m'a donné du courage. Parce que en reparlant à Sascha, j'ai revécu cette sale période en seulement trente minutes et mon présent semblait s'évanouir. Chacun de ses mots évoquait un souvenir qui reprenait vie. Chaque sentiment évoqué reprenait vie, Nadia. Si tu n'avais pas été là, je n'aurais pas eu de repère. Je ne sais pas comment t'expliquer.
- Je ne comprends pas, Bill... Chaque sentiment évoqué reprenait vie ?
- J'ai tourné la page sur ce que je croyais être vrai. Pas sur ce qu'il s'est passé vraiment.
- Qu'est-ce que tu ... es en train de me dire ? Que tu ..
- Que je ne sais plus. Mais que je serai encore plus perdu si tu n'avais pas été là. Tu étais venue me parler. Pour hier ... Oh. Je... Je suis désolé. Je n'aurais pas dû partir comme ça. J'étais déçu car ... Je... J'ai tellement imaginé nos retrouvailles après ces trois semaines. Je t'ai tellement rêvée. J'ai tellement attendu ce moment. Et tu... Enfin. Je m'attendais naïvement à ce que tu me dises que tu étais folle de moi; confesse-t-il accablé, fixant la petite table basse devant nous et laissant échapper un sourire attristé.

Je le regarde minutieusement, mais il semble ailleurs. Distrait. Peut-être revivant encore la conversation avec Sascha. Ses lèvres débitent des phrases qu'il ne suit pas lui même. Je déglutis avec difficulté, prenant conscience de ses mots. De sa confusion. Que son passé, que Sascha le hante à nouveau.

- Tu étais venue me dire quoi, Nad ?

Que j'étais folle de toi.

- Que... Que ... Qu'il y a une soirée chez Leila ce soir. Mais je comprends que tu ne sois pas en état, et que tu préfères sûrement rester ici ...
- Ouais, je préfère rester tout seul ... Je ... J'ai besoin de réfléchir à tout ça. J'aimerais aussi parler à Gustav ... ; ses mains viennent se poser nerveusement sur ses cheveux. Putain. Je n'en peux plus de tout ça ...
- J'imagine ... Et aussi, je tenais à m'excuser pour hier. Je ... Je sais que tu as cru que ça ne me faisais pas plaisir te revoir, mais tu te trompes.
- Je me trompe? Pardon? Je ne t'ai pas entendu. Je pensais à autre chose.

Mon coeur oublie de continuer à battre, me rendant compte que Bill ne m'écoute même pas. Qu'il est encore dans sa bulle avec Sascha.

- Tu te trompes sur ... tout ça, Bill. Tu ne dois plus réfléchir à ça. C'est arrivé il y a trois ans. Pense plutôt à comment tu ...
- C'est toi qui me dit ça? Tu n'es pas bien placée pour me dire de ne pas penser au passé.
- Très bien. Je sens l'engueulade venir à trois cent kilomètres. Allez, je m'en vais. C'est mieux pour tous les deux.
- Je suis déso ...
- J'en ai marre que tu sois désolé. Moi aussi, je suis désolée; et tu ne sais même pas pourquoi. Tu es trop préoccupé à te regarder le nombril.
- De quoi tu ...

Je me lève ne supportant plus cette ambiance imprégnée de Sascha. Cette odeur de souvenirs s'immisçant entre nous. J'ai l'impression qu'il n'est plus celui qui est venu me voir hier . Que toute cette conversation avec elle lui bouffe le cerveau. Que Sascha reprend progressivement son importance.

- Les choses n'ont l'importance qu'on leur donne, Bill; dis-je, me forgeant un chemin vers la porte.
- Tu vas où? ; me demande-t-il, se levant abruptement, et sortant de sa torpeur.

Je souris, attristée à mon tour. "Tu vas où?" ... Tu m'as déjà posé cette question Bill. Tu te rappelles? C'est drôle, mais à chaque fois que tu me la poses, il n'y a qu'une réponse qui me vient en tête.

- Loin de toi.

Je marche vers la porte d'entrée. Il me suit de près.

- Nadia ? Je comprends pas.
- Parce que tu n'essayes pas de comprendre! Tu es occupé à chercher à comprendre quelque chose qui s'est passé il y a trois ans. Normal que ton petit cerveau sature et n'arrive pas à tout gérer. Entre tout ce que tu as à comprendre entre ton passé et ton présent, tu n'es pas couché mon pauvre. A bientôt.

Il fronce les sourcils et me regarde confus.

- Mais tu n'as rien compris?
- C'est toi qui n'as rien compris.

*

____________________________________________________

Saluuuuuut :)

J'imagine que vous avez toutes des envies meurtrières là ? (a)
Uh. Dites moi tout .

Alors ce chapitre ?
Réplique préférée ? / Moment préféré ?

&

Leila / Niko ? (& oui, leur histoire est belle et bien finie ... Pour le moment ;) )
Quentin ? Qu'est-ce qui vous laisse penser sa courte partie ?
Les sms échangés entre B & N durant les trois semaines ?

( J'espère que vous avez compris qu'il y a eu une ellipse, Bill n'est pas rentré plus tôt que prévu.
J'ai des événements en tête que je veux écrire, et je dois accélérer un peu les choses x)
A savoir un anniversaire, et le nouvel an :)
Continuons )

Retour de Bill ?
Comment trouvez vous la réaction de B ? La comprenez vous ? (Il arrive, & il se casse ... )
Leila / Nadia ?
Tom / Sascha ?
Sascha / Bill / Nadia ?
Bill & Nadia ?

Voilà !! JC'est bon pour les questions pour un Champion !!

Prenez vraiment le temps de me dire ce que vous en avez pensé, si vous avez apprécié ou pas;
cela compte énormément pour moi.
Et puis, c'est mon anniversaire Dimanche, alors j'ai le droit (a)


Sinon, Chapitre un peu plus court que le précédent car Skyblog ne me laisse pas faire plus long .
Alors, vous irez porter plainte, hein :)

Je vous remercie ,
encore & toujours,
pour vos commentaires qui me laissent vraiment tous sur le cuculin .
Je ne sais pas comment vous remercier .
Comme dirait Quentin, les mots sont très faibles . Alors imaginez, imaginez à quel point je vous suis reconnaissante pour tout ce que vous me dites. Pour tout ce que vos mots m'apportent.
Merci pour tout .
D'être là . D'être vous .

Je vous embrasse .

Nouvelle COULEUR pour Emma /!/
Nouvelle COULEUR pour Emma /!/
Nouvelle COULEUR pour Emma /!/

# Posté le vendredi 05 juin 2009 19:51

Modifié le mardi 09 juin 2009 06:29

***__Chαpitre 46__ *** « Qu'est-ce que je ne ferais pas pour vous décoincer un peu les gens ... »

***__Chαpitre 46__ ***  « Qu'est-ce que je ne ferais pas pour vous décoincer un peu les gens ... »
*

_____POV Bill


Un coup de massue en pleine tronche. Un souvenir déchirant. Un mot transperçant. Un échec décisif. Rien ne m'étourdirait plus que cette situation qui me broie les entrailles, qui me glace les veines, qui me retourne l'estomac. Sascha qui me hait, qui m'affaiblit par tant d'amertume. Nadia qui ne comprend jamais rien. Tom qui est un boulet, et ignore mes appels désespérés. Gustav, qui, malgré que ce soit lui le fautif, n'a pas bougé un doigt pour venir me parler sur ce qu'il s'est passé. Andréas qui ne donne aucun signe de vie depuis trois semaines; blessé que j'aie osé crier sur sa soeur ce soir là. Georg qui reste à l'écart, ne voulant pas se mêler de nos Histoires. Ces trois semaines étaient censées m'aider à avancer, à oublier, accepter, et bla bla bla . Rien. Que dalle. Les choses n'ont pas bougé, rien ne s'est arrangé ; le décor est resté intacte, seul le contexte s'est dissolu.

Des pas pénètrent dans le grand salon, et je tourne la tête dans un élan abrupte.

- TOM ! Mec, putain, ton portable c'est de la décoration ou quoi ?

Il fronce les sourcils, puis ses longues mains parcourent les poches de son baggy , pour le sortir quelques instants plus tard et regarder distraitement l'écran minuscule.

- Désolé, je ne l'ai pas senti vibrer; annonce-t-il haussant les épaules et se dirigeant vers le bar.
- Putain, c'est toujours pareil ! Tu ne l'entends jamais vibrer dans tes robes! C'est trop dur enlever le mode silencieux putain ?
- Hum. On est un peu sur les nerfs petit frère? ; me demande-t-il d'une voix morne. YOUHOU? Je suis limite en train de m'arracher les cheveux et lui est en mode deux de tension.
- Putain TOM, ça m'énerve quand tu réponds pas sur ton téléphone! Je te jure, c'est frustrant.
- Ca s'est mal passé ; affirme-t-il, buvant à la bouteille un jus d'orange.
- Complètement ; je lâche dans un soupire.
- Laquelle des deux a pété une durite?
- Les deux ! Elles sont tarées, putain .

Il continue à boire, me regardant sous ses paupières mi-clauses depuis le bar, la tête penchée en arrière et toujours sa bouteille de jus agrippée à sa main. Il prend une dernière gorgée, laisse le liquide s'accumuler dans sa bouche, gonflant ses joues. Il s'approche doucement, puis s'affale sur le canapé en face du mien.

- C'est pas nouveau.
- De?
- Que les filles sont tarées.
- Ouais! Mais merde quoi. Sascha est toujours aussi ... impulsive. Nadia est toujours aussi ... lunatique. Elles me prennent toujours autant ... LA TETE!

Je le vois faire une grimace, puis se frotter les yeux, fatigué.

- J'ai mal choisi le moment, pour ramener Sascha ... Je ... Je suis désolé.
- Non. C'est bon. Je voulais que Nadia soit là, de toute façon.
- Ah. Heu ... Original. Raconte-moi alors?

Sa question me rappelle la scène d'il y a quelques heures. Un soupire de lassitude traverser mes lèvres.

- Sascha a gueulé comme une malade. A l'ancienne quoi. Elle ne m'a pas cru lorsque je lui ai dit ...
- Normal. C'est un peu gros ...
- Ouais mais bon. Elle aurait pu faire un effort, putain. Elle croit quoi, que moi je sautais de joie de revoir sa vieille gueule? De replonger dans ce regard troublant? Voir comment le passé reprenait forme en seulement quelques minutes? Comment nos engueulades remontaient à la surface? Comment le scénario se répétait, encore et encore? Tu n'imagines pas, Tom, tout ce qu'elle m'a hurlé. J'étais le pire des connard d'avoir disparu de la circulation. A l'entendre vociférer elle a souffert plus que quiconque sur la Planète. Mais putain quoi. Moi aussi j'ai vécu la même sale période. Ca m'énerve quand elle fait ça, ça me ...
- Ouais. Je sais. Mais donc, elle n'a rien voulu entendre?
- Mais NON ! Rien! Elle criait comme une aliénée, je te jure. On dirait que j'étais le Diable et ...
- Ok. Au moins, c'est fait. Tu connais la vérité, maintenant. Tu connais sa version ... Ca devrait t'aider quand même, non?
- Aider à quoi ? Ca ne fait qu'augmenter ma haine et mon dégoût envers Emma et Gustav. Et je ... Je ... Je me pose des questions sur ...
- Comment ça se passerait passé entre vous s'il n'y avait pas eu Emma et Gustav pour foutre la merde?
- Ouais; finis-je dans un soupire.
- Bill, pas la peine de te torturer comme ça, sérieux. C'est fait. Tu as parlé avec Sascha. Tu lui as dit la vérité. A elle d'en faire ce qu'elle voudra. Tu n'as plus à penser à tout cela, vraiment. Même si entre Sascha et toi, il aurait pu se passer encore mille choses, c'est trop tard. On ne peut rien changer. Et avec Nadia, alors?
- Pfff . Alors elle, j'ai rien compris .
- Mais encore?
- Je ne sais pas trop. J'étais encore trop embrumé quand Sascha est partie ... La conversation qui s'est ensuit avec Nadia résonnait en deuxième plan dans ma tête. C'était bizarre. Tout d'un coup, elle s'est énervée, m'a envoyé chier, et est partie. Dix minutes après Sascha.

Tom fait un non de la tête, se mordant la lèvre inférieure.

- Les nanas, mec, c'est une prise de tête perpétuelle! Elles savent jamais ce qu'elles veulent. ET si par miracle elles le savent, elles ne te le diront pas : faut deviner , cela va de soi ; m'explique-t-il ironique.
- Je sais. Tom, comment tu fais?; l'interroge-je déconcerté. Je n'ai pas de souvenirs d'un Tom anéanti par l'effet d'une fille. Non. Jamais.
- Je m'impose des limites, Bill. Dès que je sens qu'une telle va me péter les couilles, je m'éloigne. Je cours, je fuis. C'est tout bête. Mais toi nooon. Noooon. Toi, tu sens qu'elle va te prendre la tête, alors tu fonces droit dans le mur, tête baissée. Ca t'éclate.

Je laisse échapper un soupire, grognant quelques insultes.

- C'était bien avec Nina?
- Ouais; répond-il s'étirant le long du canapé. Elle ne pose pas de questions, pas de limites, pas de règles. Parfaite.

Je souris visualisant Nina; une superbe mannequin, mais avec qui il est impossible maintenir une conversation sérieuse.

- Tu crois que je dois faire quoi? Je dois parler à N...
- Bill. Ca c'est ton gros point faible. Tu te poses des questions tout le temps. Tu réfléchis à quoi faire, dire, penser. Non quoi. C'est pas comme ça se passe chez un mec NORMAL.
- Heu.
- Arrête de réfléchir, putain. Laisse le temps faire les choses. Elle reviendra toute seule.
- Nadia c'est pas Nina, Tom ... Nadia n'oubliera pas une prise de tête comme ça; elle ne reviendra pas ...
- Trouve toi une Nina alors. Tu veux que je te présente sa soeur?

Je soupire face à Tom enfermé dans sa vision hermétique des choses.

- Bref. Au fait, il y a une soirée chez Leila ce soir.

Je l'entends s'agiter sur son canapé, puis me lance un regard interrogateur. Tu comptes y aller ?

- Je ne sais pas.
- Moi, je viens! Alors, tu viens avec moi!
- Ouais . Mais y' aura Gustav ... Et Nadia.
- Justement! Le moment idéal pour arranger les choses.
- Je ne sais pas, Tom . Je préfère rester ici.

*

_____POV Nadia


Plantée devant la porte de Leila, je remets en place mes cheveux bouclés, insultant toujours Bill dans ma tête. Quatre heures se sont écoulées depuis que je suis partie de chez lui, et pourtant, ma colère envers lui ne fait que s'accroître de plus en plus. Je repasse en boucle les derniers mots échangés, l'altercation avec Sascha. Son regard posé sur elle. Ses gestes. Ses mains revenant sans cesse sur son corps crispé. La crinière rousse qui se penche derrière la porte me rappelle où je suis. Et pourquoi je suis venue : pour arrêter d'y penser.

- Tu n'étais pas censée venir avec ...
- Ne me parle pas de ce CON s'il te plaît. C'est la dernière personne sur Terre dont j'ai envie de parler, d'accord?

A ce moment là, la tête de la personne que j'insulte depuis quelques heures se penche sur la porte, mi-entrouverte, derrière Leila. Sourcils froncés.

- Content de te voir aussi.

J'écarquille les yeux, surprise et honteuse qu'il m'ait entendu. Mais rapidement la colère qui me ronge depuis des heures reprend possession de mon esprit, et le fusille du regard. Il se mord la lèvre et rentre à l'intérieur. Je rentre à mon tour, m'assure qu'il n'est plus là et me retourne vers Leila.

- Qu'est-ce ...
- Ils viennent d'arriver. Même le poulpe est là. Il s'est invité tout seul celui-là, on aura tout vu je te jure. Et toi? C'était quoi cette scène? Tu étais censée aller lui dire tout ce que tu avais dans le coeu...
- Ca s'est pas passé comme prévu.
- Vraiment? Je n'aurais pas trouvé toute seule; dit-elle ironiquement. Tu as encore fait ta crotte, Nadia? Je t'avais dit qu'il fallait émettre des sons!
- Je ... Laisse tomber.
- Non. Explique-moi! Vous étiez censés débarquer ensemble, sans son jumeau l'incruste d'ailleurs; et tu étais censée passer la soirée à lui rouler des pe...
- N'importe quoi. J'allais juste arranger le malentendu d'hier , mais quand je suis arrivée ... Il y avait ... Sascha; finis-je d'une voix entrecoupée .

Les yeux verts océan de la rousse s'agrandissent au même temps que ses lèvres s'étirent dans un grand cercle.

- Tu rigo ...
- TOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOM, putain ; nous interrompt la voix de Georg depuis le salon.

Je regarde horrifiée vers la porte fermée du fond, celle qui mène au salon. Nom de Dieu, que se passe-t-il pour que Georg pousse un tel cri?

Leila semble lire mon incompréhension et s'empresse de dire.

- Ne fais pas attention, ils jouent à la Wii. Viens, on va manger les Pizzas avant qu'il ne reste plus rien. Tu finis de me raconter là bas.

Je hoche lentement la tête, fronçant les sourcils; toujours assommée par le cri assourdissant de Georg. Je me contente de suivre Leila rejoindre les autres. Elle pousse la porte et toutes les paires d'yeux se posent sur nous, sauf celles de Tom et Georg qui ont les yeux rivés sur l'écran, se défiant au Mario Kart. Je ne tarde pas à rencontrer les yeux de Bill, qui se trouve assis sur le rebord du canapé, jambes croisées, scrutant la course qui se déroule entre Tom et Gerog. Nikola se trouve assis sur le canapé, à côté de Bill, submergé dans une conversation avec Gustav. Je cherche des yeux mon frère mais ..

- Il m'a appelé tout à l'heure. Il ne viendra pas. Il passe la soirée avec Kiara.
- Oh. D'accord ...

Je m'assois sur les coussins installés par terre, alors que Leila passe devant la télévision pour attraper deux portions de pizza ainsi que deux Red Bull. Les joueurs grognent pendant ces microsecondes d'aveuglement; elle débite un faible désolée puis me rejoint rapidement. Bill me lance un regard furtif, mais mes yeux enflammés lui font clairement comprendre que je ne veux pas lui parler. Leila s'installe à mes côtés et pose une portion de pizza entre mes mains.

- He merde. Niko tu peux aller me chercher des serviette de papier dans la cuisine?

A ce moment là, Tom se retourne brusquement, sa voiture tombant dans le précipice, et basculant légèrement Georg au passage.

- MEC. Tu peux arrêter de bouger?

Pendant ce temps, Niko se lève et s'éclipse vers la cuisine. Tom lève un sourcil et pose ses yeux sur Leila.

- C'est lui, le fameux Niko?
- Oui; répond elle froidement.

Ses lèvres s'étirent dans un sourire en coin machiavélique.

- Intéressant.

Souffle-t-il, puis revient sur l'écran. Leila se mord la lèvre inférieure et s'empresse d'imiter le poulpe de façon dérisoire, bougeant des lèvres et faisant des gestes grotesques. Puis, elle laisse échapper un soupire à la fin de l'imitation. J'esquisse un sourire, mais il se fane aussitôt, lorsque mes yeux croisent ceux de Gustav. Lui aussi semble soudainement gêné et s'agite sur le canapé. Je lance un regard vers Bill et me demande si ces deux là se sont parlés depuis le retour des jumeaux.

Les chuchotements de Leila à mes côtés m'arrachent de mes pensées et je quitte Gustav des yeux.

- Je crois que Nikola me fait la gueule, aussi.
- Pourquoi?
- Parce que Tom s'est tapé l'incruste. Mais je lui ai dit que je ne l'avais pas invité! Il ne veut pas me croire.
- Putain, la bonne ambiance.
- Tu parles. Gustav et Bill se fusillent du regard depuis le début. Toi et Bill, pareil. Moi et Tom ... Nikola s'y met aussi. Le seul normal est Georg je te jure.
- Tu parles de moi poupée ? ; débite l'intéressé, sans détacher les yeux de son véhicule.
- Mais non, lui répond elle, puis baisse la voix. Il manquerait plus que Quentin et ça serait vraiment la Fiesta ; me dit-elle ironique.
- Haha, Tom, si tu continues comme ça, tu vas encore perdre mon chou.
- Ta gueule.
- Oh oh oh . Ce qu'il est susceptible! Non mais cette fois, faut bien que je gagne quelque chose.
- Faut surtout que vous faisiez tourner les manettes les gars.
- Je sais ! Je vais faire des paires de participants.

Ou Georg et ses idées.

- Deux à deux. Celui qui perd a un gage à faire.

Les yeux scotchés à l'écran, Tom elève la voix.

- Quoooi ? Non, non, pas de gage.
- Tu sais déjà que tu vas perdre mon amour?
- Non.
- Bien. Bill et Nadia, préparez vous, vous êtes les prochains.

Je manque de cracher mon Red Bull sur la moquette italienne de Leila. Mais cette dernière me tape dans le dos gentiment, sûrement consciente de mon état critique. Les yeux exorbités, je hurle silencieusement à l'aide. Je tourne la tête vers Leila qui sourit malicieusement.

- Non merci, je n'ai pas envie de jouer moi; lâche-je finalement, sachant que personne ne me viendra en au secours.
- Mais si, Nadia, mais si.

Leila tape de ses mains et crie à Georg.

- Putain, ce que tu as des bonnes idées mon lapin.
- Je sais ma petite Koala.

Je fronce les sourcils entendant leurs surnoms débiles, puis mes yeux tombent sur Bill qui hausse les épaules. Idiot. Je ne te demande pas ton avis.

Nikola revient dans le salon, et ayant entendu les surnoms débiles, lui aussi, il nous balance les serviettes à la tronche. Super. Non mais merde quoi. Je n'ai pas envie de jouer contre lui. Il n'était pas censé venir en plus et rester passer la soirée tout seul dans son coin, à penser à Sascha, et se morfondre et ...

- Celui qui gagne la partie choisi le gage du perdant.
- Putain. Tu inventes tes règles quand tu as deux tours de plus que moi. Tu triches!
- Non, poupée, depuis le début j'ai deux tours de plus. Franchement Tom, faudrait que tu te trouves une autre vocation, tu n'es pas très fort à ...
- Ta gueule.
- Après Nadia - Bill ; préparez vous Nikola et ...
- MOI . Moi ... Nikola - moi ça me paraît bien. Mais pas les courses, c'est nul. On change de jeu.

Je tourne la tête vers Leila qui regarde affolée Tom.

- Ouais, moi aussi je veux jouer contre Tom.

Tom se retourne rapidement, et lui lance un regard furtif. Mes yeux valsent de l'un à l'autre. Tom arque son sourcil, et Niko le défie du regard. Bon, la guerre semble être déclarée. Pendant ce moment, Georg est sur la dernière ligne droite. Tom revient sur son écran, et pousse un cri lorsqu'il se rend compte qu'il va bientôt perdre.

- PUTAIN, tricheur !
- C'est toi, qui es nul bébé. Allez, viens avec moi.
- Où ça? ; demande Tom fronçant les sourcils.
- Dans la pièce d'à côté. Pour que je réfléchisse à ce que tu vas faire. Nadia et Bill, mettez vous en place.

Tom laisse échapper un soupire, puis suit Georg dans la pièce à côté. Je me nettoie les mains, et boit une dernière gorgée de Red Bull. Putain, je n'ai pas intérêt à perdre. Je refuse me plier aux exigences de Bill. Je lève mes fesses, m'approche de la console, prend la manette puis me retourne vers Bill.

- Tu attends quoi?

Il me fixe quelques instants, puis, sans dire un mot, il se lève à son tour et vient à mes côtés.

*

_____POV Georg


On pénètre dans une petite pièce sombre, et j'entends Tom se heurter à un meuble derrière moi. Lorsque mes yeux s'habituent au noir accablant, j'arrive à distinguer l'interrupteur. J'allume et me retourne vers Tom, qui détaille la pièce avec grand intérêt. Il n'y a que des appareils électroménagers, et des grands placards.

- Bon. Quelle connerie tu vas me faire faire ? Dit-il insoucieux de ce qui l'attend. Pauvre poupée. Allez, sors là. Tu n'as pas inventé cette règle à la con sans intentions derrière la tête.
- En effet.

Tom se mord la lèvre, attendant la sentence, et s'adosse au mur. Je souris retraçant dans ma tête le plan machiavélique, savourant à l'avance la tête qu'il fera. Ses yeux avides dévorent nonchalamment la pièce, sans porter grand intérêt à ce que j'ai préparé pour lui. Sa posture détachée, ses muscles détendus, ignorant, il attend. Il croise les bras, et joue avec sa casquette.

- Tu devras embrasser Leila. Devant tout le monde. Pendant exactement trois minutes. Je serai votre chronométreur officiel. Elle est pas belle la vie ?

Ma phrase semble capturer toute l'attention du blond, puisque ses yeux écarquillés me fixent comme un abruti. Ses sourcils froncés accentuent cette expression d'incrédulité qui naît sur son visage et j'explose de rire. Sa tête fait des légers mouvements de droite à gauche, les lèvres crispées. Et oui, coco, tu as bien entendu!

- C'est mort.
- TOM ! Ne sois pas un mauvais perdant ! T'as qu'à être fort au Mario Kart mec.
- Non mais non. C'est pas possible, mec.
- Ecoute, tu n'as pas le choix.
- Bien sûr que si. Pourquoi je ferais ça?
- Premièrement, parce que tu as perdu. Mais si tu veux vraiment une deuxième raison : parce que tu en as envie.

Ses dents viennent triturer sa lèvre inférieure encore une fois, et ses sourcils se froncent encore plus.

- T'as rêvé.
- Ca crève les yeux!
- Je ne l'ai pas regardé UNE seule fois depuis que je suis arrivé, qu'est-ce que tu chies.
- Justement ; répondis-je souriant.

Ses bras se démêlent et ses mains tordent ce large tissus qui lui sert de t-shirt.

- Tu ... Non. Je ne le ferai pas!
- Troisième raison : C'est une bonne excuse pour l'embrasser. Ton image de «J'en-ai-rien-à-foutre-de-toi» reste intacte.
- J'ai dit non.
- Quatrième raison : Si tu ne le fais pas, je donnerai le gage à Nikola.

Ses poings se ferment et ses pupilles lancent des flemmes.

- NON !
- Cinquième raison ...
- Non pour le donner à Nikola. Pas besoin de cinquième raison. Je le ferai. Mais tu lui DIS bien que c'est TON idée. Je ne veux pas être mêlé à ...
- Ne t'inquiète pas mon chou ! Qu'est-ce que je ne ferais pas pour vous décoincer un peu les gens ... Aller, prends ton pied ! Moi je prends mon portable pour chronométrer ...

Il s'apprête à protester mais je le pousse déjà pour sortir de cette pièce minuscule.

*

J'annonce le gage au groupe qui git au petit salon. Lorsque je finis d'expliquer le déroulement, je pose mon regard sur Leila qui me fixe pétrifiée. Je lui fais un clin d'oeil et elle ouvre la bouche, mais aucun mot ne ressort. Ce n'est qu'au deuxième essai qu'on entend sa voix débiter:

- Non, mais t'es sérieux ? Non mais c'est mort.
- Ne me fais pas énumérer les raisons, toi aussi, hein.
- Non mais ...
- Tais-toi. C'est la vie. Dure, dure.
- Ce n'est pas moi qui ai perdu ! Pourquoi je dois embrasser cette tâche?
- Comme si ça te gênait ...
- TOI TAIS-TOI!
- C'est plutôt moi qui devrait me plaindre.
- Toi, t'as perdu! Moi je n'ai rien à voir avec tout ç...
- Arrêtez votre cinéma tout de suite. Il s'est bien passé des choses entre vous, n'est-ce pas? Allez, faites pas cette tête, c'est du domaine publique. Alors ne venez pas me faire une crise pour un petit bisou de rien du tout! Et surtout, ne faites pas style ça vous répugne, vous avez bien fait plus ... gros. Les soit disantes victimes se défient du regard, mais je lis dans leurs yeux qu'ils n'opposeront plus de résistance. Vous êtes prêts les cocos? Je chronomètre ... Trois ... Deux ...
- Attends! Attends ... Ca.. doit être là, devant tout le monde?
- Exact!

Leila fait un tour des yeux et ses joues se colorent d'un rose vif. Je n'avais jamais vu la rousse intimidée et cela rajoute encore plus de piment. Bill regarde la scène amusé; Nadia pétrifiée pour son amie, compatissant, mais se laisse vite prendre au jeu et lui sourit. Gus suit la scène attentivement, un faible sourire en coin. Heu ... Celui qui n'a pas l'air de trouver cela drôle est ... Nikola. Il se limite à scruter la scène avec une apparente indifférence, mais sa mâchoire serrée le trahit.

- Trois ...

Tom s'approche lentement de Leila, le pas lourd, comme si cela lui demandait un effort surhumain ; comme si cela était un sacrifice trop grand. La rousse l'assassine du regard, et se lève de son coussin, manquant de se péter la gueule au passage. Toutes les paires d'yeux sont posés sur eux. Tous en haleine. Savourant ce moment de pseudo supplice pour nos acteurs préférés. Tous les spectateurs souriants, sauf les principaux concernés, qui ne laissent rien échapper: pas un soupire de plus, ni une respiration trop forte , encore moins l'ombre d'un sourire. Aucune émotion au fond de leurs pupilles qui les trahirait. Rien. Ils semblent de marbre, pourtant ils brûlent d'envie. Les corps assez près l'un de l'autre, Leila lève son visage vers lui.

- Deux ...

Les yeux de Leila se closent doucement, alors que la tête du blond se baisse lentement. On a l'impression de voir un film, où il n'y a que deux personnages sur scène, plantés au milieu d'un décor inexistant.

Je n'ai pas le temps d'annoncer la fin de mon compte à rebours que leurs lèvres se sont scellées avidement. Sauvagement. Délibérément. Anxieusement. Je souris, heureux d'avoir accompli ma bonne action de la journée. Je mets le chronomètre, même si je ne me fais pas de soucis; ils tiendront sans problème.

Leurs corps se rapprochent, et le bras de Tom entoure le corps frêle de la rousse, la serrant contre lui de façon déterminée et possessive. La main de Tom remonte le long du dos de Leila, se filtre dans la crinière rousse, et vient se loger derrière sa nuque afin d'approfondir le baiser. Leurs corps se serrent encore plus, leur baiser hollywoodien se prolonge sans notion du contexte apparente. Je ne crois pas qu'ils se rappellent qu'on est encore là, en train de les regarder comme des cons. Bill et moi échangeons un sourire complice. Puis nos yeux reviennent sur le spectacle. Les mains de Leila entourent le cou de Tom sous sa cascade de dreads. Sa main descend ensuite doucement vers son torse. Geste qui semble perturber notre petit Tomi puisqu'il mord la rousse, pose une main au bas du dos de Lei et la serre contre lui. Leurs lèvres semblent se dévorer sans pudeur. Sans scrupules. Lorsque je vois la langue de Leila manier habilement piercing de Tom, je regarde mon chronomètre afficher trois minutes dix secondes. Ca suffit les enfants. Le film Hollywoodien va se transformer en film porno, alors on va éviter, quand même.

- Temps mort les gosses.

Leurs lèvres se détachent avec difficulté et leurs respirations devenues haletantes traduisent l'état de transe dans lequel ils se trouvent. Ils ouvrent leurs paupières au même temps et leurs yeux se confondent abasourdis. Assommés. Ce n'est que lorsque Bill éclate de rire qu'ils semblent reprendre la notion du temps et du contexte. Il nous regardent éberlués, mais leurs regards perdus montrent qu'ils sont encore troublés. J'éclate de rire à mon tour, et Tom se baisse afin de capturer un coussin et le balancer à la tronche de son jumeau. Bill se prend la coussin en pleine gueule, ce qui le fait moins rire et attaque aussitôt. Sauf que Tom a plus de réflexes que son double, et esquive habilement le coussin. Manque de bol, ce dernier atterrit sur la tête de la pauvre Leila, qui semble encore profondément assommée par le baiser qui vient d'avoir lieu. Le coussin a pour effet de la sortir de sa stupeur, et vient s'asseoir à mes côtés; afin d'éviter la guerre de coussins qui vient de commencer entre les Kaulitz.

- Ca suffit! Bill et Nadia, aux postes!

Ma phrase fait que Bill me lance un regard d'incompréhension; inattention dont Tom s'empresse d'en tirer profit. Il lui lance un dernier coussin qui atterrit encore une fois en pleine tronche de Billoune. Il souffle bruyamment, balançant le foutu coussin au loin.

- On est déjà aux postes, Georg.
- Oh, oui, très bien! Que le round commence!

*

_____POV Nadia


Bill, face à une console, c'est vraiment un personnage. Je n'avais jamais vu quelqu'un autant bouger, gesticuler, crier, trébucher, se heurter, pendant une partie. J'essaye de rester de marbre et ne pas exploser de rire lorsque ce con s'enfonce dans les arbres; lorsqu'il s'excite tellement sur la manette, qu'on dirait qu'il danse sur place; lorsque je le vois du coin de l'oeil tellement concentré, sa langue hyperactive dansant sur ses lèvres; ou encore lorsqu'il perd et que ses mouvements grotesques font buger la Wii. Aucun mot a traversé la barrière de nos lèvres, scellées par la dispute d'il y a quelques heures. On se limite à jouer. Se défier. Mais on se donne à fond, aucun des deux ne voulant subir le "gage" débile. La rage encore présente dans mes veines le concernant m'aide à garder le sang froid et focaliser toutes mes énergies dans cette partie ridicule. Mais contrairement à Georg et Tom, notre partie est plus serrée. Beaucoup plus. L'enjeu est plus important. Plus ... Plus. C'est comme si la victoire de cette course débile montrerait lequel de nous a raison. Lequel a tort. Lequel se pliera à l'autre. Bill continue sa danse bizarre; et nous entamons le dernier tour.

*

- YES! ; s'exclame Bill lorsque sa voiture dépasse la ligne d'arrivée.

J'écarquille les yeux et étouffe un cri de désespoir. J'arrive dix PUTAINS de secondes après lui. Putain ... Dix minuscules secondes qui ont le pouvoir de me pourrir la soirée.

- Je ... J'avais une voiture moins rapide.
- Oh, oh, oh Nadia, ne fais pas ta Tom, hein.
- Quoi Tom?
- Tais-toi.
- Je t'emmerde.
- Nadichou ! Désolé ma belle, faudra suivre le gage du Kaulitz. Allez dans la pièce d'à côté pour décider! Tom et Nikola, en place!

*

Bill ferme la porte derrière lui et se retourne vers moi. Nos regards se rencontrent vraiment pour la première fois de la soirée. Je me noie dans le caramel de ses yeux, alors qu'il humidifie ses lèvres cherchant les mots. Il n'a pas ce sourire triomphant imprégné sur ses traits, comme j'imaginais qu'il aurait s'il gagnait. Non. Son expression est sérieuse. Je croise les bras, et imite son air grave.

- Bien. Je sais ce que tu devras faire; annonce-t-il d'une voix sûre.
- Finissons-en vite, s'il te plaît.

Nos yeux ne se quittent pas, pourtant une distance s'immisce entre nous, remémorant les événements de cette après-midi.

- Tu vas répondre à une question.

Dit-il sous un ton décisif, qui ne semble pas laisser de choix possible. Je continue à le dévisager, afin qu'il précise sa pensée.

- Tu étais venue me dire quoi cette après-midi?

Son regard transperçant me résulte désormais insoutenable et je baisse les yeux vers ses lèvres. Mauvaise idée. Je scrute alors le sol, ne sachant pas quoi inventer comme excuse. Sa question me prend au dépourvu, et aucune idée ne vient à mon secours.

- Pas d'excuses. Pas de mensonge. Pas de mauvaise foi, Nadia.
- Je ...

Ses doigts sous mon menton rehaussent mon visage, et mes yeux se confondent aux siens une nouvelle fois.

- Tu es obligée de me répondre. Je ne te demande pas la lune, Nadia, fais pas cette tête, putain.
- Si, pour moi cela équivaut la lune.
- Eh bein putain! C'est du lourd la réponse alors. Tu ne sortiras pas d'ici tant que tu ne m'auras pas répondu.
- C'est ça.

Dis-je, m'avançant vers la porte. Il se décale rapidement et bloque le passage. La proximité de nos corps me fait reculer. Je lève la vue vers lui, agacée. J'entrouvre les lèvres pour l'insulter de tous les noms, mais il m'interrompt avant même que je n'émette un son.

- P o u r q u o i , articule-t-il lentement, étais tu venue ?
- Pour te dire !; éclate-je accompagné d'un soupire d'exaspération.
- Me dire quoi? ; m'interroge-t-il levant son sourcil.

Putain. Ce mec me donne la nausée. Il remue mon estomac de cette façon dont lui seul a le secret. Mes entrailles se retournent violemment rien qu'en un regard; et mes tripes se tortillent au son de sa voix. Oui, j'ai envie de vomir. Surtout quand il me pose ce genre de questions. Surtout quand il me fixe de cette façon.

Je fais l'effort inhumain de soutenir encore son regard; ce regard si perçant sous sa masse de longs cils. J'essaye, mais je n'y arrive pas. Lorsque mes yeux s'abaissent une nouvelle fois, il s'empresse de remonter mon visage encore. Rien que ce simple contact entre ses longs doigts et mon menton me produit cette décharge électrique qui parcoure mon corps à chaque fois qu'il me touche.

- J'étais venue m'excuser pour hier ... Laisse-je échapper dans un murmure. Te dire que ... Que ... Tu m'avais manqué.

Je prononce cette dernière phrase dans un chuchotement presque inaudible, qui fait que Bill se rapproche pour bien m'entendre. Ses yeux me déstabilisent, mais ses doigts toujours agrippés à mon menton ne me laissent pas détourner le regard. J'entends les battements aliénés de mon coeur, qui semble s'accaparer de ma gorge peu à peu et la nouer irreversiblement.

- Que tu t'étais trompé. Que je ... moi aussi j'avais rêvé de te revoir. Que te voir débarquer comme ça a failli me provoquer une syncope. Ne commence pas, s'il te plaît. Tu commences déjà un sourire comme un con. Que ... Plein de choses.
- Je veux entendre ces plein de choses.
- Non mais ça va là.
- Non.
- Tu m'as horriblement manqué. C'est tout ce que tu dois retenir.
- Pourquoi tu ne me l'as pas dit?
- Mais ; commencé-je incrédule. La réponse me paraît évidente. Hélas, elle le semble moins pour le brun. Il y avait Sascha qui venait de partir et tu étais trop dans ta bulle ... Et tu ressassais ta dispute avec elle. Alors j'ai ..
- C'est normal! Ca faisait trois ans que je ne la voyais pas! C'est normal que j'étais sur le cul, que j'étais encore putain de troublé quand elle est partie. C'est n o r m a l ! Je n'arrive pas à croire que tu sois venue me dire cela et que tu te sois barrée énervée. Il n'y a pas un truc qui cloche sérieux? Non, ne me réponds pas, je n'ai pas fini. Oui, je sais je pose des questions mais ce n'est pas pour autant que je veux que tu répondes. Faudra que tu m'expliques, parce que franchement, même avec des sous-titres je te suivrais pas je crois. Ok, il y avait Sascha, oui je venais de me prendre la tête avec elle et alors? Pourquoi est ce que tu ...

Son moulin de paroles me brouille l'esprit comme à chaque fois qu'il se met sur «On» et que rien ne semble pouvoir l'arrêter. Il se met alors à m'expliquer pourquoi il était aussi troublé par Sascha, et pourquoi j'aurais dû rester, et ne pas "faire ma tête de mule". Pourquoi ci, pourquoi ça. Le son de sa voix s'évanouit dans ma tête, et seule son image captive mon attention. Je le vois gesticuler de cette façon si particulière qu'il a, les lèvres tordues, ses mains dansantes. Se lécher les lèvres et continuer à débiter un nombre incalculable de mots à la seconde. Quand prend-il la respiration ce mec? Ma pensée me fait sourire, ce qui fait Bill arquer un sourcil.

- Tu te fous de ma gueule en plus?

Hein ? De quoi ? Mes yeux retrouvent les siens. Désolée Bill, je ne te suis plus. Je suis perdue dans la contemplation enivrante de tes faits et gestes. Je papillonne des cils cherchant en vain ce que tu viens de dire. C'est alors que tu sembles comprendre que je ne t'écoute plus, et tu accentues ton levage de sourcil. Ce qui , à mon tour, me fait élargir mon sourire. Sans que je prémédite quoique ce soit, sans que j'aie une réelle conscience de ce que je m'apprête à faire, une fois de plus ma raison déconnecte et mon corps reprend le contrôle. Sur un élan de folie, je me mets sur la pointe des pieds et pose mes lèvres sur les tiennes, alors que tu t'apprêtais à m'engueuler pour mon manque d'attention envers ton discours passionnant.

Mes paupières se referment instinctivement, et mon corps se rapproche du tien pour mélanger les tourments de nos coeurs emballés. Mes mains se posent sur tes hanches graciles afin de ne pas perdre l'équilibre. Ta respiration brûlante et aliénée frappant mon visage me fait comprendre que mon geste te prend par surprise, mais tes mains viennent rapidement se poser sur mon visage. Le contact de tes longs doigts me fait trembler et un frisson parcourt ma colonne vertebrale. Je m'imprègne rapidement de la saveur de tes lèvres, retrouvées. De tes baisers sucrés. De ton odeur électrisante. De toi. Je me perds entièrement et me laisse aller avec frénésie lorsque nos langues se retrouvent et s'entremêlent avidement. Se mêlent et démêlent avec ferveur. Lorsque tu commences à jouer habilement avec ta langue et ton piercing effleure la mienne avec insistance, je perds tout contrôle et te pousse doucement contre la porte. Nos langues joueuses ne se détachent pas pour autant. Le contact froid du métal contraste avec nos lèvres brûlantes ce qui m'embrume encore plus l'esprit. Complètement hors de moi, à des années lumières de la réalité, ma main se détache de ta hanche pour jouer avec ton t shirt, et se faufiler en dessous. Je te sens frissonner au contact de ma main glacée avec la peau chaude de ton ventre. Je parcours des doigts ton ventre plat, et je sens ta respiration coupée pendant quelques secondes, ainsi que tes abdominales contractées. Après ces secondes d'un souffle retenu, nos langues s'accordent quelques secondes de répit, épuisées, mais nos lèvres ne semblent pas prêtes à se détacher encore. Tes lèvres s'ébattent et hasardent les miennes déposant des baisers attendris. La diminution du rythme, la lenteur avec laquelle tu m'embrasses désormais, la façon dont tes lèvres narguent sans pitié les miennes, ta langue espiègle frôlant ma peau, martyrisent mon esprit troublé. Je sens la température de mon corps augmenter doucement. Mon corps se colle au tien. Ton jeu dément continue et finit par me faire disjoncter complètement. Mes doigts sous ton t-shirt se cramponnent à ta peau et je sens tes lèvres sous les miennes s'étirer dans un sourire. C'est ce geste qui me ramène brutalement à la réalité. Que je prends conscience que je perds tout contrôle de moi même. Que je t'ai sauté dessus. Que je dévore tes lèvres sans retenue. Que j'étais à deux doigts de te déshabiller sur place. Mes doigts se desserrent abruptement et je pousse légèrement pour séparer nos corps affamés. J'enlève rapidement ma main de sous ton t-shirt, alors que mes pieds reviennent sur terre ferme, mes yeux se rouvrent honteux. Les battements altérés de mon coeur ont du mal à reprendre leur rythme normal. Je me concentre sur ma respiration, et te vois ouvrir tes paupières à ton tour. Tes yeux me détaillent terriblement troublés pendant des longues minutes. C'est sous ce regard persistant que mes joues se colorent intensivement. Tu bats des cils, toujours sous le choc que j'aie osé. J'humidifie mes lèvres encore imprégnées d'une saveur irréelle, encore palpitantes. Je sens encore tes doigts imprimés sur mes joues. Je sens encore le goût sucré de tes baisers. Encore ta langue torturant la mienne. Encore. Je pince mes lèvres afin d'effacer ces sensations qui brouillent mon esprit. J'essaye d'effacer complètement ton baiser, tes doigts sur ma peau, ton souffle caressant mon visage, mon corps cimenté au tien, s'agençant au tien, dessinant tes courbes. La chaleur émané de ton ventre imprégné sur les bout de mes doigts. La forme de tes hanches encore dessinées sous mes mains. Mes dents viennent triturer mes lèvres les forçant à gommer cette sensation encore présente malgré moi.

- Désolée, je ... Pardon. Ce ... C'était une pulsion; me justifie-je maladroitement.

Bill arque son sourcil, et ses lèvres s'étirent pour laisser apparaître un sourire en coin. Mes joues brûlantes me rappellent combien je dois avoir l'air ridicule. Ouais, fous toi de ma gueule, je m'en fous. Je pose mes mains sur son torse afin de le pousser et me forger un passage vers la porte ; mais il reste planté là et ses doigts viennent remonter mon visage vers lui. Ses yeux caramels me fixent espiègles. Je reconnais cette expression joueuse. Oh oui. Cette lueur au fond de tes pupilles quand tu cherches à me faire rougir, à jouer avec mes nerfs. Vas-y, sors ta blague , Bill.

- Tu pourrais pas avoir ce genre de pulsions plus souvent ?

Je détourne le regard et laisse échapper un soupire sous un faux air détendu pour ne pas trahir mon coeur qui bat avec frénésie. Pour ne pas lui montrer l'effet de ses mots.

- Figure-toi que non. Laisse-moi passer Bill Kaulitz.
- J'adore quand tu m'appelles comme ça.

Je me mords la lèvre inférieure. Il est con ou quoi ?

- Au même temps tu t'appelles comme ça; alors je n'ai pas trente mil choix non plus.
- Tu as très bien compris. La nuit où tu m'as supplié de rester chez toi tu m'as appelé comme ça pour la pr...
- Je ne t'ai pas supplié! Tu ne vas pas recommencer avec ça !
- Tu fuis quoi, Nadia?

Sa question m'interloque, j'arrête de me débattre avec lui pour plonger dans ses yeux ensorcelants.

- Toi ... Tu vois quelqu'un d'autre ici ? ; l'interroge-je sous un ton ironique.

Les rires fortement indiscrets derrière la porte fermée nous font comprendre que les autres abrutis sont collés derrière celle-ci. Bill lève les yeux au ciel, pose son index sur mes lèvres puis se retourne et ouvre la porte dans un élan brusque. Ce qui fait tomber Leila et Georg qui étaient agrippés à la porte. Quelle bande de boulets, mon dieu.

- Vous voulez pas aller voir ailleurs si j'y suis?
- Non, puisque tu es là ; s'exclame Georg, assis par terre.
- Vous voyez pas que je suis occupé là?
- Carrément !

Georg et Leila partent dans un fou rire et claquent leurs mains triomphants.

- Non mais heu ... Ca fait un petit moment que vous êtes en train de choisir votre gage mes lapins ... Enfin, Tom et Nikola ont fini leur partie, ils auraient besoin de la pièce pour négocier.
- Ils peuvent pas choisir ailleurs?
- Qui a gagné? Demande-je curieuse.
- Tom. Il a trouvé plus nul que lui ! Je pensais pas que cela était possible.
- AU REVOIR.
- A tout de suite mon coeur.

Bill referme la porte, les laissant mort de rire sur le pallier . Il se retourne vers moi, qui essaye de réprimer mon sourire.

- On est en conversation sérieuse, Nadia.
- Ouais, enfin ... L'effet sérieux est un peu parti en freestyle.

A ma phrase, des nouveaux rires éclatent de l'autre côté de la porte. Bill ferme les yeux, se triture la lèvre et soupire. Il s'apprête à riposter quand la voix grave de Gustav derrière la porte nous interpelle .

- Ca part en couilles au salon! Ca chauffe entre Nikola et Tom.

Je fronce les sourcils, pose à mon tour mon index sur mes lèvres pour que Bill reste silencieux et je reste immobile quelques instants essayant de comprendre ce qu'il se passe dehors. Dans le couloir les rires se sont éteints également et le silence règne. Seules les voix des garçons depuis le salon nous parviennent.

- Tu perds et c'est toi qui me dit quoi faire? Non mais laisse-moi rire.
- Je te dis juste ça mon pote.
- Je suis pas ton pote. T'es qui toi pour me dire ça hein?
- Putain fais pas le con.

Bill me fixe pétrifié. Nos yeux s'agrandissent au même temps que les phrases des mecs arrivent à nos oreilles. Ni une ni deux, on a le même réflexe: on se jette sur la porte, et on voit Georg, Leila et Gustav dans le couloir, suspendus eux aussi aux voix provenant du salon. On se regarde tous un bref instant puis on déboule vers la pièce d'à côté.

Nikola et Tom se font face et sont très près l'un de l'autre. L'air semble contaminé par la tension qui se dégage de leurs regards. Ils se fixent et se tiennent tête, sans même s'apercevoir qu'on est tous en train de les regarder.

- Mais t'es qui toi?
- Et toi t'es qui? Tu crois que tu me fais peur parce que t'es le batteur de Tokio bidule?
- Guitariste, corrige Tom s'approchant encore de lui, l'annihilant du regard.

Nikola ne semble pas du tout intimidé par les yeux enragés du blond puisqu'il s'approche à son tour et sont désormais à quelques centimètres l'un de l'autre. Etant de la même taille les deux, leurs regards sont au même niveau et aucun des deux ne baisse les yeux. Je sens Leila s'agiter à mes côtés. C'est Georg qui intervient en s'avançant vers eux.

- Il y a un problème?
- C'est lui le problème.
- Putain mais je t'ai juste donné un conseil, pour ton bien.
- Ta gueule.
- Bon, les enfants, venez avec Tonton Georg on va extérioriser tou...
- C'est toi qui semble avoir réellement un problème avec moi, réglons ça dehors.
- Wo,wo,wo . Réglons ça ici avec Tonton G...
- Très bien ; accepte Tom.
- Non,non. Vous restez ici!

Nikola et Tom restent congelés se défiant du regard quand la sonnette nous fait tous sursauter, trop suspendus à la scène qui se déroule sous nos yeux incrédules. Les seuls qui ne bougent pas d'un poil sont Niko et Tom qui semblent communiquer -s'insulter- par la pensée. Leila se précipite sur la porte, jurant tout bas.

_____POV Leila


Alors qu'ils continuent à faire leurs warriors plantés au milieu du salon, je me précipite sur la porte. Je regarde l'heure surprise. Qui peut bien venir si tard? J'ouvre distraite, alors que je garde une oreille attentive aux moindres gestes et voix provenants du salon. Je rate un battement de coeur lorsque mes yeux rencontrent ce bleu océan si familier.

- Qu'est-ce que tu ...
- J'ai quelque chose à te dire.

J'ouvre la bouche mais aucun son ne parvient à sortir. Je bégaye quelques mots incompréhensibles, alors que sa bouille dorée me fixe intensément. Je sens mes jambes flancher sous ce regard bleu. J'esquisse un sourire nerveux.

- C... C'est.... C'est pas le moment. Nikola et Tom sont en train de s'engueuler et ...
- Ils sont là?
- Oui. Il y a Nadia, Bill, Georg ... Tout le monde.
- Sauf moi.

J'avale ma salive avec difficulté, alors que les voix des garçons s'élèvent encore derrière moi. Sauf toi ..

- Ecoute, je ...
- Ce n'est pas grave. Je ne savais pas que vous faisiez une soirée ... Je repasserai.

Ses yeux me quittent pour fixer le carrelage du sol. Ses cheveux en bataille, son look décontracté mais que je sais si bien travaillé derrière , sa frange rebelle, son sourire absent me rappelle combien sa présence me manque. Combien sa personne m'est indispensable. Nos conneries, nos délires. Trois semaines de silence. Trois semaines que j'ai attendu qu'il frappe à cette maudite porte. Il me dédie un sourire forcé puis se retourne pour partir.

- Quentin. Rentre ... Dès qu'ils se seront calmés, on pourra parler.

Il me dévisage songeur. Une envie irrépressible s'empare de moi : celle de lui sauter au cou et lui crier que c'est un petit con de m'avoir fait tant souffrir. Qu'on oublie tout. Que je ne lui en veux pas. Que je l'aime. Pourtant, je reste stoïque, soutenant son regard. Après quelques secondes qui me paraissent éternels, il semble hésiter.

- Je ...
- Allez, rentre. L'interromps-je .

Il est venu me parler. Je ne raterai pas cette occasion de me réconcilier avec lui. Et tant pis pour les deux autres cons de service. Il doute quelques secondes puis hoche lentement la tête et s'approche de moi. Je reste figée, ne sachant pas s'il compte me faire la bise, me prendre dans les bras ou ... Rien. Il se limite à pénétrer dans la maison et je ferme la porte derrière nous. Je le prends par le bras et l'oblige à me faire face.

- Quentin... Je sais que dernièrement entre nous c'est ...
- On en parlera après. Je vais calmer Nikola ; me dit-il sous un sourire attristé.
- Oh . D'accord ... Vous vous êtes re...
- Non. Il est temps que je parle avec lui aussi.

Sur ces derniers mots, il se dégage de mon étreinte et se dirige vers le salon. Bill est intervenu désormais et essaye de séparer Tom avec l'aide de Georg. Gustav retient Nikola. Nadia suit la scène paniquée.

- Niko, viens. Laisse tomber.

La voix de Quentin attire l'attention du brun, et ses yeux le cherchent dans la pièce. Lorsque Quentin arrive dans le champs de vision de Niko, celui ci le regarde confus.

- Qu'est-ce que ...
- Je veux te parler.

Mes yeux se posent furtivement sur Tom et j'étouffe un cri lorsque je vois sa lèvre fissurée et saignante. Le coeur retourné, une main vient se poser sur mes lèvres, incrédule. Mais qu'est-ce qu'il se passe ici bordel de ...

- Allez Niko; insiste Quentin.

Je m'approche des garçons pour demander des explications à tout ce coup de théâtre. Ce n'est que lorsque je suis assez proche de Nikola que j'aperçois qu'il a un gros hématome violet au niveau de la mâchoire.

- Oh putain, mais c'est quoi votre problème?

M'écrie-je désorientée. Nadia me prend par la main et tire vers elle, afin que mon incompréhension ne soit pas utilisée comme excuse pour relancer les duels, alors que la tempête semble s'être calmée grâce à l'arrivée de Quentin.

Nikola lance un dernier regard à Tom, puis se défait de l'étreinte de Gustav et part dans la direction de Quentin. Bill et Georg lâchent alors Tom, qui instinctivement lève ses doigts vers la blessure ouverte. Lorsqu'il retire ses doigts, ils sont couverts du sang qui commence à couler fluidement de la plaie. Je m'approche machinalement de lui, et pose mon index sur sa blessure, cherchant à comprendre qu'est-ce qu'ils ont dans la tête ces deux gogoles. Tom répond immédiatement à mon geste par un mouvement de tête assez brusque, me faisant comprendre qu'il a mal. Il prend ma main et l'éloigne sous mon regard interrogateur. Ses traits sont tendus par la douleur que sa lèvre lui procure. Lorsque je lève mes yeux vers les siens, j'y vois une cascade de reproches défiler à toute vitesse. Comme si c'était moi qui venait de lui foutre un coup de poing en pleine tronche. Ses sourcils froncés et ses yeux m'accusent délibérément. Si la situation était moins dramatique, et que sa lèvre n'était pas complètement niquée, je lui foutrais une bonne claque pour le réveiller, et qu'il arrête de m'accuser. Je laisse échapper un soupire qui en dit long et le prends par la main, même si Monsieur se montre réticent. Je lui lance un regard meurtrier : Suis moi et tais toi, sinon je t'amoche la lèvre de l'autre côté, histoire que ce soit symétrique. Heureusement le message semble passer puisqu'il se montre coopératif à me suivre. Je le guide vers la salle de bain afin que je puisse m'occuper de la blessure et lui demander des explications. Je m'occuperai du brun plus tard. Puis du blond. Pfff, la soirée ne pouvait pas être plus gaie. Je lui fais signe de s'asseoir sur le rebord de la baignoire et il s'exécute sans protester. Je fouilles dans les tiroirs afin de trouver quelque chose pour désinfecter la plaie et stopper le sang. Je m'empare d'un petit coton et l'imbibe d'un produit spéciale. Je me retourne vers lui et constate qu'il me regarde effrayé.

- Non, non, non.
- Tais-toi.

Il se débat des mains et éloigne sa tête de ma main.

- Putain Tom, fais pas ton gamin. Ca va te faire mal deux secondes, tu vas pas te faire pipi dessus quand même!

Il soupire bruyamment, et continue à me lancer ce regard bourré de reproches. Je me mords la lèvre inférieure, me rappelant à quel point il peut être odieux ce mec. Un sourire amer se dessine sur mes lèvres, prenant conscience que c'est les premiers mots qu'on échange depuis le début de la soirée. Depuis plus de trois semaines même. Je lève ma main vers sa plaie et il ferme les yeux fortement, comme si cela réduirait la douleur. Je nettoie la plaie perdue dans mes pensées, alors qu'il lance des gémissements de douleur comme si c'était la fin du monde.

- Ca me brûle.

Lance-t-il dans un murmure, les yeux fermés. Alors je baisse ma tête vers lui et souffle pour adoucir l'effet du produit. Ca semble l'apaiser et ses traits se décontractent doucement. Je continue alors de soigner sa plaie concentrée.

- Pourquoi tu l'as frappé?

Il ouvre les yeux subitement et les plante dans les miens.

- Parce qu'il m'a frappé!; proteste-il.
- Pourquoi il t'a frappé alors?

Il détourne le regard mais ne dit rien.

- Dis-moi, putain. Qu'est-ce qu'il s'est passé?
- Rien.
- Tu lui as dit quoi pour qu'il te frappe? Tom, dis-le moi, je le saurai de toute façon!
- Je lui ai dit qu'il pouvait garder ses réflexions à la con car de toute façon je t'avais déjà baisé.

Ses mots lacèrent mon coeur cruellement. Je déglutis avec difficulté et sans que je m'en rende vraiment compte, j'appuie sur la plaie plus que prévu.

- AIE, putain! Fais attention !
- Et toi tu pourrais pas faire attention à comment tu parles de moi, s'il te plaît ?

Ses yeux s'agrandissent et il me fixe incrédule.

- C'est toi qui voulais savoir!

Il m'exaspère nom d'une crotte grillée. Pourquoi me retiens-je de lui refaire le portrait là tout de suite? J'appuie une nouvelle fois un peu trop fort, et il se lève d'un bond, immobilisant ma main.

- Tu me fais mal!
- Toi aussi , laisse-je échapper.

Débout, il me paraît énorme ... Et je me rends compte que j'aurais du mal à lui refaire le portrait même si je le voulais. Je lève la tête vers lui et mes yeux se posent sur sa plaie. Il lâche ma main et baisse les yeux.

- C'était quoi sa réflexion à la con?
- Mais rien Leila, laisse tomber. C'était des conneries.
- Pourquoi tu voulais jouer contre lui? Qu'est-ce que tu voulais lui faire faire?
- Arrête de poser des questions.
- Pourquoi?
- Parce que tu n'as pas envie d'entendre les réponses, crois-moi.

Sur ces derniers mots, il sort de la salle de bain, me laissant plantée là, le côton dans les mains.

*

_____POV Quentin


Nikola prend place sur un des bancs qui ornent le jardin de Leila, sort une clope de son paquet et l'allume. Je remarque que ses gestes sont dubitatifs et sa main tremble légèrement. Je m'adosse au mur et l'observe quelques instants.

- Pourquoi tu l'as frappé? Ca va pas?
- Il a parlé de Leila comme si c'était ... Bref. Il m'a énervé avec ses airs arrogants et son regard supérieur. Intouchable. Non mais quel con.
- Il a dit quoi sur Leila?
- Je ne sais même plus. Tout est parti en couilles parce que je lui ai dit de ne pas lui faire du mal. Là, Mister est monté sur ses grands chevaux et a commencé à se sentir attaqué. Je ne sais pas pourquoi, mec. Il est venu faire son beau gosse, et me tenir tête. Genre qui j'étais pour lui donner des conseils et je sais pas quoi. Il est parti dans un gros délire tout seul. Puis après, quand il a sorti "De toute façon je l'ai déjà baisé", j'ai pas pu me contrôler, je lui ai fermé sa gueule. Sauf qu'il me l'a rendu ; explique-t-il riant nerveusement. Il se prend vraiment pas pou de la merde, ça m'a mis hors de moi.
- Oui mais bon, sous les yeux de Nadia, c'est pas bon Nikola. Et même, pour Leila ce n'est pas ...
- Je l'ai défendue!
- Je sais. Mais ne t'en mêle pas. Leila est une grande fille.
- Non Quentin. Je ne laisserai pas ce connard la traiter comme ça!
- Je comprends mec, mais imagine dans quel état doit être Leila là.

Nikola pousse un soupire et tire longuement sur sa cigarette. Puis ses yeux se posent sur moi, interrogateurs.

- Tu fais quoi ici? Je pensais que toi et ...
- Je suis venu lui parler. Et j'en profite pour parler avec toi aussi. Cette situation me dépasse. Je me suis pris la tête avec mes deux meilleurs amis, ça me tue. Niko, je ne sais même plus pourquoi on s'était engueulés mais...
- Pour Leila.

Je fronce les sourcils, et essaye de me remémorer la dispute. Et cela me vient. Lorsqu'il était venu lui parler et je l'avais dégagé. Je hoche lentement la tête.

- Cette sale rousse est vraaaaiment une grande source de conflit, ça c'est sûr ; dis-je sous un ton blagueur pour détendre l'atmosphère. Nikola sourit tristement et fume sa cigarette. Enfin, nous sommes tous très susceptibles à elle on dirait ...
- Ouais.

Quelques secondes s'écoulent tous deux perdus dans ces réflexions.

- Ecoute ... Je suis désolé de m'être mêlé entre vous deux ce soir là. Je suis désolé de n'avoir rien fait pour arranger les choses. J'ai un peu de mal. Avec Leila c'est pareil, ça fait quatre semaines qu'on s'est pris la tête et ... Je n'ai rien fait. Je ne me comprends pas. Pourquoi est-ce que je laisse partir tous ceux à qui je tiens?
- Ca va s'arranger avec elle, Tin's. L' entendre m'appeler comme me réchauffe le coeur. Même si cela fait quelques semaines qu'on ne s'était plus parlé, la complicité reste intacte. Elle m'a énormément parlé de toi ces temps-ci. Elle est vraiment préoccupée pour toi.
- J'imagine. Je le suis aussi. Mais c'est dur ... Enfin. Et vous? Vous vous êtes réconciliés à ce que je vois aussi ... J'ai ai raté des choses à mon avis.
- Oh non, ce n'est pas ce que tu crois. Juste après votre engueulade justement, on s'est vu. On a mis un terme à notre relation. C'est vraiment fini.
- Mouais. J'y crois moyen, perso' ..
- Non. Cette fois c'est pour de bon. On est juste amis. Et c'est mieux comme ça.
- Tu es sûr?
- Oui. Leila et moi c'est fini. Pour de bon. On arrive à se parler maintenant; il n'y a pas cette perpétuelle tension qui existait entre nous lorsqu'on était ensemble. Etre amis c'est la meilleure chose qui pouvait nous arriver.
- Oh ...
- Oui. Leila est source de conflit, comme tu l'as dit. Je préfère être en dehors de tout ça, mais être là pour elle, quand même.

Ses aveux me produisent un effet bizarre. J'ai du mal à croire ses mots. Peut être parce que je ne suis pas encore habitué à l'entendre parler d'elle comme ça : juste une amie. Parce que leur relation a toujours été passionnée à mes yeux et là, il ne semble rester plus rien.

- Et je suis désolé moi aussi, de m'être pris à toi ce soir là.
- Bouh. On arrête de s'excuser, ça craint.

Nikola sourit et malgré la noirceur de la nuit, j'arrive à distinguer ses yeux pétillants.

- Tu m'as manqué asshole.
- Fais pas ta tapette.
- C'est toi qui fait tapette avec ta frange so élaborée.

J'éclate de rire. Il s'est toujours foutu de ma gueule à cause de ma coupe. Il se met alors à imiter mes mouvements de tête lorsque je remets ma frange en place. Il éclate de rire aussi et on se perd dans un fou rire ensemble.

- Connard.

A ce moment là, la porte qui mène à l'intérieur s'ouvre et laisse apparaître Leila. Elle referme la porte doucement derrière elle et vient s'installer avec nous. Elle s'approche de Nikola, lui relève le visage et examine son hématome.

- Vous êtes vraiment des gogoles les mecs.

Nikola éloigne la main de Leila et se lève.

- Je vous laisse, vous avez des choses à parler il me semble. Quant à moi, j'ai d'autres chats à fouetter . Enfin, un poulpe à fouetter plus précisément.

Je ris mais Leila ne semble pas trouver cela drôle.

- Nikola!
- Je rigole, rolala. Je vais rien faire, ne t'inquiète pas. Je vais draguer la belle Nadia à l'intérieur histoire d'attirer les foudres de l'autre jumeau, tant qu'on y est.
- T'es con.

Le brun rigole et s'éclipse par la porte nous laissant Leila et moi seuls. Je vois la rousse se mordre la lèvre désapprouvant l'humour de Niko. Puis elle se rapproche de moi, qui suis toujours adossé au mur. Elle s'arrête à quelques centimètres et plonge ses yeux dans les miens.

- Je ...
- Non, c'est moi qui vais parler, Leila. J'ai longuement réfléchi à tout ce que j'avais à te dire. A tout ce que j'ai envie que tu saches ... A ... Tout ce qu'il s'est passé. J'ai beaucoup réfléchi et j'ai préparé des discours et des phrases toutes faites à te sortir, mais ça ne sert à rien. Me connaissant, je vais me tromper dans le discours et oublier des mots qui vont donner un résultat merdique, alors je vais te dire tout ce que j'ai sur le coeur comme ça vient, et tant pis si cela est incompréhensible à tes yeux ; active tes neurones au niveau maximum. Je .. Je suis désolé. Tu sais que je ne suis pas bon pour parler de ces ... choses là qu'on appelle sentiments. C'est un monde complètement inconnu et incertain pour moi, alors je préfère rester à l'écart de ces conneries. Hélas, ça nous est tombé sur la tête, tout ça. Et tous ces sentiments de ... culpabilité, pour ma part. Je suis désolé de t'avoir blessé, je .. Voilà.
- Tu ... voilà?
- Ouais.
- Non mais Quentin, c'est toi qui dois activer tes neurones au maximum là.
- Je ... J'aurais dû venir te parler plus tôt, mais j'étais blessé moi aussi par ... des choses que tu ne vois pas forcément. Mais ce n'est pas grave, je ne suis pas là pour te dire en quoi tu me fais souffrir.
- Je veux savoir moi.
- Non, on s'en fout de ça. L'important c'est que j'aurais voulu être plus fort et avoir eu le courage de t'affronter plus tôt, dès que l'engueulade a eu lieu en fait. Car avec le temps tout ça s'est ... accumulé et c'est pire. Mais je n'ai pas pu, Leila. Je te jure. J'ai fait une sorte de blocage te concernant et j'ai voulu t'éloigner pour un moment afin de remettre mes idées en place, de prendre du recul par rapport à toi. Oublier ce qui me fait mal dans notre relation et me concentrer sur comment arranger les choses. M'excuser par tous les mots blessants qui ont pu traverser mes lèvres, alors que je n'en pensais un seul. C'est peut-être pour te faire réagir que j'ai été si blessant, je ne sais pas.
- Réagir par rapport à quoi?
- Je pense qu'inconsciemment que je voulais te faire le mal que tu me faisais. C'est débile, je sais.
- Non, j'ai fait exactement la même chose le jour où je suis venue chez toi, quand il y avait la pétasse là. Quand je t'ai dit que je ne te voulais plus dans ma vie. C'était faux. Je voulais te vexer au plus profond de toi car tu me tuais. Ton silence me tuait.
- Ouais. c'est un cercle vicieux en fait ... ; dis-je songeur, passant une main dans mes cheveux.
- Mais, Tin's. Je veux savoir en quoi je te fais du mal. J'ai besoin de savoir. Tu crois que ça ne me fait rien ce que tu me dis? Tu crois que je vais rester indifférente au fait que tu souffres sans me le dire? Que tout ça a commencé justement à cause de cette douleur ? Dis-moi, Quentin, dis-moi.

Ses yeux verts m'implorent de lui ouvrir mon coeur sous les ailes de la nuit. Je dévie le regard, nerveux.

- Je veux que tu saches encore une chose, Leila. Tu vas finir par l'apprendre un jour ou l'autre alors je préfère te le dire moi même. Je sors "officiellement" avec Emma. Ce... C'est une histoire de cul officielle, on va dire. On est plus ou moins ensemble. Réellement. On s'est beaucoup rapprochés pendant ce temps car elle allait mal aussi, vis-à-vis de Bill et moi ... Leila?

La suite de ma phrase reste en suspense voyant les yeux de la rousse s'embuer à une vitesse folle. Elle cligne des yeux afin de retenir les larmes, mais une réussit à s'échapper. Elle baisse le regard et je m'empresse de le lui relever, confus.

- Lei? Mais pourquoi tu pleures? C'est mon discours archi émouvant qui te fait cet effet? Ok. Ce n'est pas drôle. Je .. J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas?

Elle nie de la tête, et sèche sa larme du revers de sa main. Sa langue vient humidifier ses lèvres et elle remplit longuement ses poumons avant de parler.

- Je m'attendais à ce que tu me dises autre chose, Quentin.

Je fronce les sourcils, cherchant vainement le sens de sa phrase.

- Que je te dise quoi?
- Autre chose, putain!

Elle cache son visage dans ses mains, murmurant quelque chose d'incompréhensible et s'éloigne de moi. J'essaye de la retenir, mais elle se dégage habilement et rentre dans la maison. Je reste figé, cherchant l'erreur dans ma tête. Cherchant ce que j'aurais dû dire ... Ce qu'elle voulait entendre.

*

____________________________________________________

Salut mes lapiiiiiiiins
( Georg sort de mon corps è_é )

So . Tout d'abord je m'excuse pour cet IMMENSE retard =$
Je n'ai pas vraiment d'excuse, si ce n'est que c'est l'été alors ...
Je suis plus en train de bronzetter que devant l'ordinateur xD Soit .
Je ne vous ferai pas autant attendre pour le Chapitre 47.

J'aurais encore voulu écrire la partie Bill contre Gus + Leila contre Tom .
Mais le chapitre est déjà vraiment trop long u_u
Alors, j'écrirai ces duos dans le prochain Chapitre.

Passons à notre petit rituel préféré :
Réplique préférée ? / Moment préféré ?

Bill / Tom (Au tout début du Chapitre)
Soirée ?
Gage Tom / Leila ? (Made by le diabolique Georg qu'on aime toutes xD)
Bill / Nadia ? (Hu)
Nikola / Tom ?
Leila / Tom ? (Comportement de Tom ... )
Quentin / Nikola ?
Quentin / Leila ?

Si vous avez quelque chose à rajouter, je suis OPÉÉÉÉ xD

Merci à TOUTES de me lire . D'être toujours là *_*
C'est incroyable. Merci, merci, merci mille fois pour tous vos commentaires. Tous vos compliments. Votre enthousiasme qui m'embaume toujours le coeur de joie .
Toute la TEAM vous remercie du fond du coeur ;)

Oh, & ... Merci à toutes celles qui ont participé au projet surprise,
ainsi qu'à celles qui ont participé par la pensée également =') Cela m'a énormément touché.
J'ai pleuré comme une tarée toute la soirée. Merci xD
MERCI !
( au cas où vous avez toujours pas pigé )

Hum. Vous êtes toujours là, j'espère ? u_u
ALORS. Ce BAC ? ( Brevet ? ) ... Racontez moi tout !
Pour ma part, j'ai réussi tous mes examens x) Merci à celles qui m'ont demandé des nouvelles :)

Profitez de l'été . De la plage. Des mecs (BAH QUOI). De la vie.
Sortez la Leila qui sommeille en vous :D

Je vous aime mes lapinous (Georg, SORT ! )
A très vite .

# Posté le samedi 27 juin 2009 22:36

***__Chαpitre 47__ *** «Bonne année ... »

*

_____POV Bill


L'ambiance plombée par la petite altercation entre Nikola et Tom, la tension toujours à son apogée, on reste silencieux. Les regards fusent mais personne ne dit un mot. Je vois Tom du coin de l'oeil lever sa main plusieurs fois vers sa blessure. Dans cette ambiance lourde, Nikola refait son apparition et je lance un regard inquiet à Georg. Il ne faut pas que ça reparte en cacahouète. Georg me fait signe de ne pas m'inquiéter. Il se déplace à côté de Tom où il entame une conversation quelconque, afin de dévier l'attention de Tom qui commençait à fusiller le brun du regard. Ce dernier lui rend la pareille, les yeux haineux.

- Et si toi et Gustav repreniez la partie ? ; propose Georg dans une vaine tentative d'effacer la dispute encore imprégnée dans l'air.

Je lance un rapide regard à Gustav et je fais non de la tête. Je n'ai pas envie de jouer contre lui. Je n'ai pas envie que la tension avec Gustav soit réduite à un jeu débile. Ce n'est pas un gage stupide qui résoudra les problèmes entre lui et moi. Je sens pourtant le regard insistant de Gustav posé sur moi. Mais je ne céderai pas. Je fixe la petite table basse, résolu à ne pas tourner la tête vers lui. A l'ignorer complètement. Mais la brune à mes côtés ne semble pas être du même avis. Alors que je suis en train de concentrer toutes mes forces pour ne pas lui accorder ne serait ce qu'un regard ; pour ne pas lui sauter dessus en lui hurlant qu'il m'a déçu, qu'il m'a fait du mal, qu'il m'a trahi, que je ne lui pardonnerai jamais, Nadia me met un coup de coude pas très discret. Je fronce les sourcils et la dévisage contrarié. Ses prunelles grises me fixent avec rigidité. J'arque un sourcil ne baissant pas les yeux, la défiant; amusé et consterné à la fois par l'autorité qui se dégage de son visage angélique. Mais c'est mort. Je ne lui parlerai pas. Son regard entêté me fait clairement comprendre qu'elle désapprouve mon comportement hermétique sur la situation. Ses yeux ne me quittent pas et brillent de cette façon fascinante bien à elle. Ses lèvres bougent sans émettre aucun bruit. Ne fais pas ton chieur.

Quelqu'un se plante devant nous et interrompt le duel visuel qui se déroulait avec la tête de mule. Je distingue sa silhouette du coin de l'oeil et baisse le regard.

- Je peux te parler, Bill?

Au son de sa voix grave, je relève le visage et croise une nouvelle fois les yeux de Nadia. J'hésite encore quelques instants puis lève la vue vers lui. Rien que de mêler mon regard au sien me broie les entrailles. Je referme les poings afin de garder le contrôle. Je pince mes lèvres formant une fine ligne et soupire longuement avec difficulté. La main de Nadia vient se poser sur mon avant bras m'incitant à accepter de lui parler. Je déglutis appréhendant ce que l'on va se dire. Ce qu'il m'avouera ou pas. Appréhendant mes gestes, ma perte de contrôle. Je me lève d'un bond sans dire un mot et cherche une pièce au calme. Je passe devant la petite pièce où Nadia a eu une pulsion plutôt agréable il y a quelques minutes. Je me vois mal entrer dans ce petit espace avec Gustav en voyant la scène avec Nad. Cette pensée me fait sourire mais l'avancée de mes pas me rappellent rapidement où je vais et pourquoi. Je pénètre dans une autre pièce faiblement éclairée qui s'avère être une salle à manger. Je distingue au fond un escalier. J'avance décidé, sans prendre la peine de voir si Gustav me suit, ou pas. Mes pas me semblent lourds. Arrivé à l'étage je choisis une porte au hasard et rentre. C'est un bureau où d'énormes bibliothèques décorent les murs. Je me retourne et m'adosse au bureau, sentant mon pouls augmenter progressivement, respirant avec amertume.

- Alors?; lancé-je rudement.
- Bill, je ...
- Putain, Gustav, tu n'as pas idée à quel point je t'en veux.

Je referme les lèvres, me maudissant de ne pas avoir su me contenir. De ne pas lui laisser le temps de parler, de dire ce qu'il a à dire.

- Je sais, Bill. Je le sais, crois-moi.
- Alors pourquoi? POURQUOI t'as fait tout ça? Putain, Je sens ma gorge se nouer. J'essaye de reprendre mon souffle, pour ne pas m'effondrer. Pour garder le calme aussi difficile soit-il.

Gustav s'adosse à la porte fermée et triture ses mains d'un mouvement nerveux.

- Je suis désolé, Bill. Si je n'ai rien fait pour t'en parler avant, depuis que tu es au courant, c'est parce que je ne sais pas comment m'y prendre. Je ne sais toujours pas, d'ailleurs. Mais je ne supporte plus tes regards haineux. Ton silence me... Je ne supporte plus cette situation. Que l'on s'ignore. Que tu me haïsses ... Je ... Ton indifférence m'achève.

Je ris nerveusement.

- Je ... Je n'ai pas d'excuses.
- Je veux savoir pourquoi.
- Je ... Je suis juste amoureux d'elle.

A ses mots, je me précipite sur lui. J'agrippe son t-shirt au niveau du cou d'un mouvement brusque, le poussant contre la porte.

- Ca ne te donne pas le droit!

Gustav déglutit avec difficulté, mais relève ses yeux vers moi.

- Je sais, Bill. Je sais que tu ne me le pardonneras jamais. Et je ne cherche pas à ce que tu me pardonnes, non. Je sais que rien ne sera comme avant entre nous. Que je t'ai trahi. Mais je veux juste que tu saches pourquoi je l'ai fait: Je suis fou d'elle, tu comprends? Fou. Et je ... Je ne sais pas. Je croyais qu'en étant comme elle, elle m'aimerait.

Je lâche son t-shirt avec dédain et m'éloigne de lui. Je me retourne et le regarde dépité.

- Gustav, tu ... , Un poing fermé vient frapper rudement la paume de mon autre main. Cherchant les mots. Le courage de reparler de tout ça. Tu m'as fait trop de mal. Tu m'as tué. Pendant très longtemps j'ai été un pauvre cadavre sur pattes, dérobé de toute émotion, grâce à toi. Dis-je ironiquement. Putain, Gustav, tu étais mon ami. Plus que ça, tu étais ..., Je heurte une chaise dans mon élan nerveux. La douleur se fait rapidement sentir. Putain. Tu... Je te hais, Gustav. Sache-le.

Les yeux du blond rougissent et il détourne le regard.

- Je sais que mon amour envers Emma ne justifie pas ce que je t'ai fait, Bill. Mais sache que j'ai vécu un enfer pendant ces trois années.
- TU TE FOUS DE MA GUEULE? ; vocifère-je.
- Non. C'est vrai. Dit-il la voix entrecoupée. La culpabilité me rongeait. Et me ronge toujours. Je fais des cauchemars tous les soirs. Pourquoi je n'ai rien dit? Je me le demande aussi, Bill. Moi aussi. J'ai été lâche. J'avais peur de ta réaction, du sort de notre amitié ... Et je ne voulais pas te faire encore plus souffrir. Je ne me justifie pas Bill. Je veux que tu saches que je ne l'ai pas fait avec ... des mauvaises intentions. Pour moi aussi tu es plus qu'un pote.
- TA GUEULE. Je ne crois rien. Je ne crois plus un seul mot. Dis-je, sentant la totalité de mes muscles crispés.
- Je comprends. Je comprends que tu ne veuilles plus me parler. Je ... J'essayerai d'expliquer tout ça à ... David. Je suis sincèrement désolé Bill. Sincèrement.

Sincèrement. Ce mot sonne faux sur ses lèvres. Tellement faux. Les larmes envahissent mes yeux exténués et je lui tourne le dos pour qu'il ne voit pas mon état piteux. Je n'avais pas pensé à David. Ni au groupe. A rien d'autre que ce ne soit à la haine que je ressens envers lui, et Emma. Je ne pensais qu'à leur comportement, au pourquoi. Mais pas au groupe. Mon coeur se serre cruellement. Il faut que je parte. Que je l'éloigne de moi sinon je vais lui faire mal. Sinon je vais exploser. Je me dirige vers la porte d'un pas brusque, le pousse légèrement et descends l'escalier à toute vitesse. Je ne supporte plus sa présence. Gustav, je ne veux plus rien à faire avec toi.

*

_____POV Leila


Tom joue du bout des doigts, l'air ailleurs. On est entré dans la fameuse pièce minuscule pour trouver un foutu gage. Monsieur a gagné. Monsieur prend son pied. Je croise les bras, attendant patiemment qu'il savoure sa victoire et qu'il brise le silence. Alors qu'il est enfoncé dans son mutisme, je repense aux mots de Quentin tout à l'heure. Quel con. Quel con ... Comment peut-il sortir avec cette sorcière? Je ne comprendrai jamais les mecs. C'est décidé. La partie contre Tom m'a légèrement fait oublier mon malaise soudain dû à la conversation avec Tinou. Ma haine contre le dreadeux, et mon fougueux désir de le battre ont rapidement séché mes larmes. Mais je lui en veux. Comment peut-il être aussi aveugle? Aussi ... Aussi MEC? Je revois sa bouille dorée m'annoncer le plus tranquillement du Monde « Je sors officiellement avec Emma ». Connard. Connasse. Bande de connards. Vous êtes tous des ...

- Bien. Après mûre réflexion ..
- Oh arrête, hein . Ne fais pas style tu sais réfléchir. Sors ton gage pourri et laisse-moi partir. J'ai des comptes à régler.
- Ouaip. Mais le mien en priorité. Je veux que tu ailles voir Nikola, et que tu me défendes. Que tu lui dises de ne pas se mêler entre nous. Que tu es grande et que tu n'as pas besoin de ses conseils à la con. Que tu es bien avec moi; mieux qu'avec lui d'ailleurs. Que ...

J'écarquille les yeux, stupéfaite qu'il ose me demander ça.

- Quoi ? Non mais ça ne va pas? Ca va encore créer des embrouilles! Je n'ai pas envie de me prendre la tête avec lui et ...
- C'est les règles du jeu.
- Non mais il ne s'agit plus d'un jeu là, Tom ! On ne peut pas jouer avec les gens, avec les sentiments. Ca va lui faire du mal et ...
- Ce n'est pas toi qui disait Que le meilleur gagne? Un bon joueur ne fait pas preuve de pitié, compassion, ni d'amitié. Tous les coups sont permis. Je te rappelle que l'on a imposé une seule limite. Et à mon souvenir, pas celle de ne pas faire du mal aux autres.
- Mais tu t'entends parler ? T'es une ordure sale poulpe.
- Je suis un bon joueur. C'est tout.
- Je ne me prendrai pas la tête avec Nik ...
- Très bien. Alors tu perds. Tu avoues ta défaite. Je suis plus fort.
- Non !
- Alors fais-le !
- Mais ...
- T'inquiète pas, il s'en remettra. Tu n'es pas le centre du monde tu sais?
- Tu fais ça par orgueil. Parce que tu n'as pas aimé qu'il te tienne tête. Parce que tu n'as pas aimé qu'il ait osé.
- Pense ce que tu veux. Mais fais.
- Tu vas regretter de m'avoir demandé ça, Tom. Crois-moi.
- Je n'attends que ça.
- Je vais te faire bouffer toute ta méchanceté gratuite.

Il laisse apparaître un sourire en coin et s'approche de moi. Je panique l'espace de quelques milli secondes, mais je me rends rapidement compte qu'il a d'autres intentions. Sa tête se baisse et se rapproche de mon oreille.

- Quand tu veux.

Il s'éloigne et remet sa casquette en place. Je reste bouche bée face à son sarcasme. Il a le don de me sortir de mes gonds ce mec, putain. Il plante son regard dans le mien, me fait un clin d'oeil et sort de la petite pièce. Je reste figée ne sachant pas quoi faire. J'ai envie de crier, de le taper, de hurler. Mes yeux s'embuent pour la deuxième fois de la soirée. Mais je me ressaisis rapidement. Mes doigts viennent sécher l'eau salée accumulée dans mes yeux. La vengeance est un plat qui se mange froid Kaulitz.

*

Sous le regard faussement indifférent de Tom, j'ai parlé à Nikola. Je lui ai dit ce que le poulpe voulait que je lui dise. Pas avec les mêmes mots. J'ai essayé d'être le plus diplomate possible. Alors que je parlais, je fixais mes pieds, honteuse de contribuer au plaisir sadique de Tom. Honteuse de me plier à ses exigences coûte que coûte. Pour montrer qui est le plus fort. Pour ne pas craquer. J'ai menti. J'ai dit des tas de choses que je ne pensais pas. Nikola n'a pas tout compris. Il ne s'est pas énervé comme je croyais. Il m'a juste dit « On n'a plus rien à se dire si tu penses comme ça. » Et il est parti. Sous mon regard noyé de larmes. Je l'avais retrouvé. Et voilà que je le laisse partir, une deuxième fois. Je me suis effondrée sur le canapé et Georg est venu faire le clown pour me redonner le sourire. J'ai souri. Mais j'ai eu Nikola dans la tête le reste de la soirée. Ses yeux incompréhensifs me hantèrent pendant un long moment. Je me suis haï d'être aussi égoïste. De faire passer ce jeu dangereux avec Tom avant ma relation avec Nikola. Avant tout. Je me maudissais d'être aussi débile. J'ai alors été voir Quentin pour remettre les comptes à zéro avec lui. Pour ne pas être en guerre avec tout le monde. Mais surtout parce que j'avais horriblement besoin de lui. Et parce que je savais, au fond de moi, que c'était ma dispute avec lui qui m'atteignait le plus. Je m'étais énervée quand il m'a annoncé qu'il sortait avec Emma. Je lui ai demandé pardon et je me suis enfui dans ses bras. Il m'a serré fort contre lui. Et Dieu, ce que je me sentais bien. Je me sentais loin de tout ça. Loin de tous ces problèmes. Il m'a bercé et je suis restée des longues minutes enlacée à lui. Rien ne semblait m'atteindre dans ses bras. Il a parlé. Il a dit des conneries pour me changer les idées. Et ça a marché. J'ai rigolé dans son étreinte. J'ai pleuré entre deux rires. Et j'ai mouillé son polo Ralph Loren. Normalement, il m'aurait défoncé. Mais là il a souri et m'a embrassé sur le front. On n'a plus reparlé de notre dispute. Ni d'Emma. Ni du pourquoi je le faisais souffrir. On était dans les bras l'un de l'autre. Juste ça. A rire. Et laisser échapper quelques larmes rebelles.

Les garçons sont partis peu après la fin du tournois Wii. J'ai souri en voyant Bill et Nadia se tourner autour puis se fuir l'instant suivant. Après qu'ils se soient embrassés "secrètement", ils ont échangés quelques mots timides, mais en bonne Nadia, elle l'a évité le reste de la soirée. Elle lui a souri lorsqu'il est parti. Bill a arqué son sourcil ne comprenant rien à son comportement. J'ai rigolé lorsqu'elle s'est mise sur la pointe des pieds pour embrasser sa joue. Et lorsque Bill l'a dévisagé surpris. Il s'est mordu la lèvre et a bougé la tête de gauche à droite, incrédule. Il lui a rendu son sourire et est parti. Les autres ont suivi. Tom m'a fixé longuement avant de partir, mais ne m'a rien dit. Quentin est resté dormir. Et on a parlé toute la nuit, prenant soin de ne pas aborder le sujet tabou.

*

_____POV Bill


J'ai reçu un appel inconnu l'autre soir. J'ai répondu sceptique. C'était Sascha. J'ai été étonné. Elle m'a dit qu'elle avait beaucoup réfléchi et qu'elle avait besoin de me voir. J'ai accepté. On s'est donné rendez-vous au café qu'on avait l'habitude de fréquenter ensemble. A ma grande surprise, elle est arrivée à l'heure. Ce qui était très bizarre chez elle. Tout du moins, il y a trois ans en arrière. On s'est assis à une table et on a commandé distraitement. On s'est regardés pendant longtemps avant d'énoncer les premiers mots. Les premières phrases de cette rencontre inattendue. J'ai du mal à définir exactement ce que je ressentais à ce moment là. En sa présence. J'avais affreusement mal mais la douleur se dissipait doucement au rythme des minutes qui s'écoulaient. Oui. J'ai eu un abrupt pincement au coeur lorsque nos regards se sont croisés devant le café. Mais plus le temps passait, en sa compagnie silencieuse, moins j'avais mal. Le silence entre nous se prolongeait. Elle avait du mal à se lancer. Je ne la basculais pas. Je buvais ma limonade la dévisageant. Observant ses gestes incertains. Indécis. Elle a pleuré avant même de parler. Je me suis agité sur ma chaise, mais elle m'a fait signe de la main de rester où j'étais. J'ai eu mal de la voir ainsi.

- Je ne sais pas quoi dire. J'ai pourtant tellement de choses à te dire, Bill. Je ne sais pas par quoi commencer.

M'a-t-elle dit. Je l'ai regardé. Et j'ai assimilé combien sa phrase était vraie. Combien elle était remplie de sens. Moi aussi j'avais tellement de choses à lui dire. Et pourtant, on était là, à se fixer dans un silence étrange. Elle a commencé par parler d'Emma. Elle m'a raconté qu'elle l'avait téléphoné le même jour qu'on s'est retrouvés. Elle lui a exigé en pleurs la vérité. Et Emma lui aurait tout dit. A sa façon, évidemment. Elle a alors dit qu'elle s'est revue sombrer dans le même calvaire qu'il y a deux ans. Qu'elle en avait marre de souffrir autant pour cette Histoire qui n'avait plus lieu d'être aujourd'hui. Elle s'est tu pendant des longues minutes. Elle a repris sereinement. Elle m'a dit qu'on ne pouvait pas changer la méchanceté des gens, ni le passé. Qu'il y a des choses indépendantes de notre volonté. Qu'on avait été victimes de personnes malhonnêtes, oui. Mais qu'il était temps qu'on renaisse de nos cendres. Qu'on ne les laisse pas nous abattre. Qu'on reprenne les contrôle de nos sentiments et qu'il était temps de mettre une fin à cette souffrance. Elle a souri, tremblant légèrement. J'ai retrouvé ce sourire d'autrefois. Celui qui m'envoûtait autant à chaque fois qu'il faisait son apparition. A ce moment là, sous ce sourire illuminant son triste visage, j'ai été soulagé. Allégé d'un poids énorme que j'ai longtemps cru enfui dans mon inconscient. J'ai longtemps cru que ce sourire me perdrait. Extrêmement apaisé. C'était si intense que je ressentais le soulagement vibrer dans chaque parcelle de mon corps. Soulagé. Car j'ai constaté que je n'avais pas mal en la fixant. Que ses yeux ne poignardaient plus mon coeur. Et que son sourire n'avait plus le même effet auquel j'étais devenu accro il y a trois ans. Que pendant très longtemps j'avais souffert en gardant cette image que j'avais d'elle à un temps t. J'ai cru que les sentiments à son égard avaient été congelés et gardés au fond de moi. Alors j'ai souffert, croyant qu'ils étaient toujours présents. Mais non. Je ne me suis pas rendue compte que les sentiments s'étaient enfuis. Qu'ils n'étaient pas congelés dans mon coeur comme je croyais. Que je n'étais plus amoureux d'elle comme j'ai cru pendant tout ce temps. Elle m'a alors dit que ça ne valait pas la peine se raconter comment on avait vécu notre séparation. Qu'on avait énormément souffert. Chacun de notre côté. Ni plus ni moins que l'autre : Juste différemment. Que cela ne servait à rien, si ce n'était que remuer la plaie. Elle a allumé une cigarette, puis a continué dans sa lancée. Elle a dit qu'il était mieux de ne pas se raconter ce qu'il s'est passé pendant ces trois années d'absence. Qu'on devait regarder vers l'avant. Et enterrer la douleur. Je l'ai écouté parler pendant deux heures. Elle aussi semblait se rendre compte que la douleur n'existait plus aujourd'hui. Que si l'on souffrait autant c'était que par rapport à notre passé. Etant donné comment les choses se sont finies d'un jour à l'autre, abruptement, on est restés sur ces sentiments là. Qui nous ont hanté pendant trois ans. Des sentiments fantômes qui erraient dans nos corps tourmentés. Elle a souri une nouvelle fois.

- Tu as changé, Bill. Tu es grand, tellement grand.

Elle a alors commencé à me parler de ma carrière. Pour la première fois depuis deux heures trente, j'ai parlé à mon tour. Elle m'a posé des questions et on a discuté comme des vieux amis. On a ri timidement. Elle m'a avoué être venue à la quasi totalité des concerts donnés en Allemagne. Puis, elle a parlé de Nadia. Elle m'a raconté l'avoir croisé lors du dernier concert privé. Mais elle n'a pas voulu s'étaler davantage. Elle ne m'a pas demandé qui elle était pour moi, ni ce qu'elle représentait. Elle s'est limitée à prononcer son existence. Elle a juste dit qu'elle était très jolie. Je n'ai pas répondu. Elle m'a demandé des nouvelles de Tom. J'ai parlé longtemps de Tom. Elle m'écoutait souriante. Il commençait à se faire tard. Mon téléphone nous sorti de la conversation. C'était Tom. Il voulait que je revienne à l'appartement pour qu'on puisse rentrer à Hambourg le soir même. Noel approchait. Je finis alors le troisième verre de limonade et m'excusai. Elle balaya mes excuses d'un signe de la main. Le silence se réinstalla entre nous. C'était si bizarre. Elle était là, en face de moi. On venait de passer trois heures ensemble. A parler, parler ... parler. Et on n'avait pas ressenti ce mal qui nous rongeait l'existence. C'était nouveau, et étrange. On se sentait renaître. On se fixa quelques minutes. Je lui proposai alors de passer le nouvel an avec nous. Elle écarquilla les yeux, puis versa quelques larmes de joie. Je me levai alors de ma chaise, fis le tour de la table et la pris dans mes bras. Je me détachai d'elle et pris ma veste.

- Je suis si fière de toi, Bill.

Furent ses derniers mots.

*

__31 Décembre , 23h02__

_____POV Leila


- NADIA UBACH . Il est onze heures, on va louper le NOUVEL AN putain. On va le passer dans la voiture, on parie ?
- Mais tais-toooi. On arrive dans dix minutes chez ... C'est chez qui déjà?
- Une amie des jumeaux. Une telle ... Lyah il me semble! Allez, speed!
- Je mets les talons argentés ou les noirs?
- Les argentés. Marco et Tinou sont déjà en bas.
- Et s'il ne me trouve pas belle? ; me demande-t-elle croyant réellement que Bill pourra un jour la trouver moche.
- Mais oui tu es belle; même avec un sac de poubelle sur la tête Bill te trouverait canon. Dépêche toi !!

*

_23h20_

On arrive enfin à la demeure de Lyah. Les grandes portes s'ouvrent et Quentin accélère pénétrant dans la grande allée. Des jardins immenses gisent aux côtés de l'allée. Des fontaines décorent la pelouse intensément verte. Quentin stationne la voiture où d'autres sont également garées. On descend et je tourne la tête, regardant la maison éblouie. On dirait un palais. J'aperçoit Nadia du coin de l'oeil dans le même état que moi à mes côtés. Puis on se regarde, stupéfaites. Mais qui est cette Lyah? Marco et Tinou se dirigent vers l'immense porte d'entrée sans se soucier de nous, plantées immobiles devant cette Maison immense.

- Allez les filles, bavez à l'intérieur.

Nadia me met un coup de coude et on rentre les quatre ensemble. Je fais un appel en absence à Georg pour qu'il vienne nous chercher au hall dans lequel nous venons d'entrer et qu'il nous présente à l'hôtesse de la maison. Deux hommes se tiennent droits à chaque côté de la porte. Nadia et moi admirons la luxure du long hall. Quentin s'approche de nous et murmure.

- Les filles, dissimulez un peu. Ils vont vite se rendre compte qu'on n'est pas des riches.

J'allais répliquer lorsque Georg apparaît par une porte accompagnée d'une fille ravissante. Je la détaille minutieusement. Je reste figée devant sa beauté surnaturelle. Elle est petite mais ses talons dissimulent parfaitement sa taille. Des cheveux bruns qui lui arrivent jusqu'aux épaules et des yeux verts très foncés. Elle est très élégante et marche vers nous avec grâce. Je suis en admiration totale devant cette jeune fille qui a ensorcelé mon regard.

- Bonsoir. Lyah ; se présente-t-elle.
- Quentin, enchanté.
- Marco.
- Nadia.
- Leila , lui dis-je souriante.
- Eh bien mes poules. On arrive juste à temps pour faire péter le champagne !
- Entrez je vous en prie. Je suis ravie de vous rencontrer. Georg et Bill m'ont beaucoup parlé de vous.

L'envie irrépressible d'interroger Georg sur l'identité de Lyah me brûle les entrailles, mais ça ne le fait pas. Pas devant elle. J'aimerais lui retourner son compliment, lui dire que nous aussi on a beaucoup entendu parler d'elle mais ce n'est pas le cas. Je ne me souviens pas d'avoir entendu l'un des garçons parler de Lyah. Elle nous guide et on pénètre dans un grand salon. Les stroboscopes scintillent et la musique résonne très fort dans la grande salle. Elle s'empresse de faire signe à un barman qui nous offre à boire. Nous prennons une coupe de je ne sais quoi puis elle s'excuse et se perd dans la foule. Nous suivons Georg vers un coin de la salle où il y a un petit groupe installé sur des somptueux canapés en cuir. Emma se jette dans les bras de Quentin dès qu'elle l'aperçoit. Salope. Marco, Nadia et moi saluons le reste du groupe.

*

_____POV Nadia


Bill m'avait dit qu'elle serait là. Mais je ne m'attendais à arriver et les voir rire ensemble. Je bois ma coupe d'un trait et avale avec difficulté. Je fais la bise à tout le monde en faisant le tour de la petite table. Y compris eux. Bill et Sascha. Bill m'interroge du regard mais je l'évite rapidement. Je ne m'étais pas préparée psychologiquement à le voir comme ça avec elle. Si proches. Je m'assois à côté de Georg et de Marco. Georg parle assidûment avec Leila à sa gauche. Marco avec Quentin et Emma. Je fais semblant de m'intéresser à la conversation qui se déroule entre le dernier groupe mais je n'écoute rien. Je suis attentive au moindre rire provenant de ma gauche. De leur duo. Le moindre geste que j'arriverai à déceler du coin de l'oeil. Je joue l'indifférence, mais rien n'est plus dur. J'ai juste envie de tourner la tête vers eux, voir et entendre tout ce qu'ils font et disent. J'essaye de m'intéresser vraiment à ce qu'ils disent à ma droite mais je n'arrive pas. Il ne vient même pas me parler. Je commence à avoir chaud. Je viens d'arriver que j'ai déjà envie de partir. Je ..

- Nadia ! Tu as entendu? M'interloque Leila à ma gauche.

A mon grand désespoir, je me vois obligée de tourner la tête vers elle. J'entrecroise furtivement le regard de Bill qui est toujours submergé dans la conversation avec Sascha. Je pose mes yeux sur Leila et m'oblige à les clouer sur place. Bill et Sascha sont maintenant dans mon champ de vision. En second plan, certes. Mais je les vois. Je concentre toutes mes forces pour ne pas dévier le regard vers eux. Pour fixer Leila coûte que coûte. Je fais non de la tête et elle poursuit.

- Lyah est la fille de Jost ; m'explique-t-elle à toute vitesse.

Je la regarde sans la voir. Mes yeux sont cloués sur elle et pourtant toute mon attention est focalisée sur le deuxième plan. Ils rient. Putain. Reprends-toi, Nadia. Je m'efforce de continuer la conversation avec Leila.

- Oh. Qui est Jost?, demande-je machinalement.
- Le manager du groupe. Nadia ! Tu sais, le mec à qui j'ai fait croire que je sortais avec Tom. Le mec qui ne m'aime pas trop quoi, me répond elle joviale.
- Ah.
- Je comprends maintenant. Cette maison, Georg. Je n'avais jamais rien vue de tel. Enfin si. A la télévision. Jamais j'avais été dans un endroit comme celui-ci. Tu imagines?

La voix de Leila résonne dans ma tête, mais leurs rires encore plus. Toujours en fond. Je manque un battement lorsqu'elle lui prend une main et lui désigne sa manucure. Je vois Bill lui expliquer comment il fait patiemment. Mon Dieu. Par chance, un barman passe à notre table, et je m'empresse d'empoigner une autre coupe. Espérons que c'est fort, parce que je ne vais tenir longtemps. Je fixe Leila qui sourit et parle toujours avec Georg. C'est à leur conversation que je fais semblant de m'intéresser maintenant. C'est plus pratique pour les espionner, en fait. Ma coupe se vide rapidement, alors je prends celle de mon frère qui est tellement submergé dans sa conversation avec Tinou et Emma qu'il ne s'en rend même pas compte. Je bois une longue gorgée et fixe à nouveau Leila. De quoi doivent-ils parler à cet instant? Et pourquoi il la regarde comme ça? Et pourquoi elle est aussi belle ce soir? Et pourquoi diable je n'arrive pas à faire autre chose que m'intéresser à ce qu'il fait? Bois Nadia. Bois, oublie. Oublie et bois. J'ai mal à la tête, mon dieu. J'aurais dû rester chez moi, je le savais! En plus il est bientôt minuit. Les gens vont sauter de joie et ... tout ce qui s'ensuit.

- Je t'avais raconté non Nad?
- Han ? De quoi?
- Tu m'écoutes là?
- Oui, pardon. Je pensais à autre chose ; mens-je centrant mon attention sur elle.
- De ce que Tom avait fait avec Nikola. Au tout début.
- Oh oui. Il a répondu sur ton téléphone et lui a dit que vous aviez ...
- Exact. C'est comme ça que la guerre avec Tom a commencé. Il s'est ensuit une cascade diableries de sa part et de la mienne. Mais tu sais ce qu'il m'a fait faire comme gage l'autre soir, Georg?

Elle part alors dans l'explication du gage. Elle raconte qu'elle a accepté et qu'elle a dit des choses horribles à Nikola. Et ... La conversation s'éteint une nouvelle fois dans ma tête. Je vois Sascha dans l'arrière plan montrer je ne sais quoi à Bill sur son portable. J'en ai marre ... J'ai envie d'aller prendre de l'air. Soudain, le groupe s'agite à l'autre bout de la table, ce qui attire mon attention. Il s'agit d'un brun qui se lève et se forge un passage pour faire le tour. Il se dirige vers le groupe que formons Georg, Leila et moi. Je le regarde surprise, certaine de ne pas le connaître. Je ne lui accorde plus d'attention me disant que c'est sûrement un ami de Georg qui vient le saluer. Mais à ma grande surprise il se plante devant moi, se baisse et se présente.

- Alexander.

Il attend que je me présente à mon tour mais je mets du temps à assimiler. Qu'est-ce qu'il me veut lui?

- Nadia.
- Tu viens danser?

Il me tend sa main, souriant. Je fronce les sourcils. J'ouvre la bouche pour refuser mais je rencontre fugacement, pour la deuxième fois, les yeux de Bill. Alors je me rappelle combien j'ai envie de fuir leur duo. A quel point j'ai du mal à supporter leurs rires. Je profite de l'occasion et accepte souriante la main du tel Alexander. Je pars danser avec le parfait inconnu. Et on s'en fout.

*

Les verres s'enchaînent sur la piste de danse. L'inconnu, aussi connu sous le nom d' Alexander danse superbement bien. L'alcool monte doucement à la tête mais je suis dans la phase heureuse, euphorique, joviale. Je me déchaîne sur la piste oubliant enfin leurs gueules à la con. Leurs sourires et leurs regards. Je ne sais pas d'où il sort ce brun mais il m'a sauvé la vie. Il se rapproche de moi et crie.

- Tu es vraiment très très très ... belle.

Je souris en réponse à son compliment puis continue ma danse, sans le quitter des yeux. Un barman passe encore dans le coin et j'agrippe un verre. Alexander m'imite hypnotisé. La danse semble s'éterniser, mais je suis bien là. Loin de lui. Je n'ai pas envie de retourner à la table avec le groupe. La musique s'arrête soudainement. Une voix féminine annonce au micro que le compte à rebours va être lancé. Que 2009 arrive à grand pas. Alexander me prend par la taille et me guide vers la table où l'on était. Leila n'est plus là. Intuitivement je cherche Tom des yeux, qui lui aussi se porte disparu. Eh bien.

*

Dix
Sascha

Le coeur comprimé sous cette avalanche de révélations, confessions et rires; je me force de ne pas continuer à le fixer. En vain. Je le scrute donc discrètement, un verre humectant mes lèvres, dissimulant mon regard insistant. Je ne peux m'empêcher de retracer ses courbes, ses traits, ses couleurs. Trois ans que je ne l'avais pas vu. Trois ans. Et on a tellement changé. Il a tellement changé. Grandi. Il n'a plus cette bouille de souris qui m'enchantait autant. Non. Ses traits sont plus murs. Toujours aussi fins. Aussu parfaits. Mais quelque chose a changé. Son regard, peut être. Oui. Voilà. Il ne me regarde plus avec cette ardeur qui habitait ses yeux lorsqu'il me fixait. Ce défi permanent au fond de ses yeux n'y est plus, non plus. Cette fascination qui enveloppait son regard posé sur moi. Tant de choses ont changé.

Neuf
Nadia

Ce que je peux détester les derniers secondes de l'année. Comme je peux haïr tous ces gens naïfs, qui espèrent secrètement -encore- que la nouvelle année sera meilleure que la précédente. Tous ces gens qui se gonflent naïvement de nouveaux espoirs. Ca me donne envie de vomir. La terre tourne, le cycle est toujours le même. Pourquoi cette année serait moins pire? Ce n'est pas 2009 qui va me rendre mes espoirs, mes croyances, ma confiance. Ou encore, mes parents. Je laisse échapper un petit rire nerveux puis m'éloigne du groupe. J'ai horreur de les voir dans cet état piteux : celui d'y croire. J'ai horreur de savoir qu'ils tombent dans le même piège toutes les années. Une fois ça va. Deux, ça va. Trois, ça ne va plus. J'y croyais, moi aussi. Je ressentais moi aussi cette joie qui t'embaume le coeur le sor du nouvel an. A quoi bon? Toutes les années sont pareilles. La vie ne fait que continuer son rythme minable. Un barman passe à mes côtés et me tend un verre. Malgré la lumière qui scintille, je plisse les yeux afin d'identifier le liquide, sans succès. Tant pis. Je saisis le verre d'un geste sûr. Je visualise au bar ce garçon brun avec lequel j'ai dansé tout à l'heure. Il est seul. Il semble détester ces instants autant que je les déteste moi même. Je me dirige vers lui. Il est temps d'oublier. Le temps. Et lui.

Huit
Georg

J'observe minutieusement Gustav qui a l'air songeur; Bill qui a le regard perdu dans l'air; Sascha qui dévisage Bill discrètement. Emma sautille sur place enlacée à Quentin. Je fais un tour rapide des yeux. Tom et Leila ne sont pas avec nous. Normal. Marco regarde sa soeur s'éloigner, fronçant les sourcils. Je m'approche de lui, et lui tape gentiment l'épaule. Elle ne se perdra pas. Les derniers instants 2008 s'écoulent. Et tout le monde semble penser à autre chose. Je souris en contemplant les autres. En observant leurs gestes, expressions, mouvements. En écoutant leur mutisme. Je vois toujours ce qu'ils ne voient pas, ou qu'ils ne veulent pas voir. Je vois la souffrance de Gustav, son amour maladif envers Emma. Je vois cette dernière amoureuse de Bill, malheureuse d'être transparente. Bill chercher des réponses perpétuelles. Tom s'interdisant de vivre autre chose que ce qu'il connaît, craignant fermement l'inconnu. Nadia fascinée par Bill. Marco s'inquiéter en silence au moindre geste de sa soeur. Quentin ... Quentin. Le seul que j'ai du mal à cerner. Un sourire béat étire mes lèvres. Je ris sachant où se trouve Tom à cet instant même; je ris pensant à son rituel de minuit. Le Rituel Nouvel An. Je ris en pensant à Tom, oui. Ce petit frimeur qui croit avoir tout compris à la vie du haut de ses 19 ans. Qui se croit plus fort que les autres, et qu'il n'a pas besoin de ça. Et pourtant, Pourtant. Il est déjà trop tard. Mais il ne verra pas que la situation lui a glissé des doigts. Pas d'aussitôt. Non, pas encore. La vie a encore beaucoup de tours à lui apprendre, des pièges sous la main pour le faire sombrer, et des réalités à lui faire accepter.


Sept
Gustav

Ce nouvel an est particulier. Il diffère des trois précédents. Ce soir je me sens différent. Ce soir je peux regarder Bill sans sentir cette boule venir se loger au fond de ma gorge. Sans sentir mes entrailles brûler vives sous ses yeux innocents. Sans me sentir défaillir sous son étreinte comme il m'arrivait lorsqu'il me sautait au cou pour me souhaiter la nouvelle année. Mais cette désintégration de mon âme n'avait pas lieu seulement lors du Nouvel An. Non. Chaque jour depuis sa dispute avec Sascha. Mille trois cent vingt cinq jours. Ce soir, je respire. Sans brûler de l'intérieur à chaque fois que son sourire se posait sur moi. Ou lorsqu'il venait frapper à ma porte se plaindre sur le mauvais travail d'un tel, sur un concert foiré, sur les bêtes qui ne laissaient pas dormir pour finir écroulé de rire par terre. Ou encore lorsqu'il prenait en compte mes conseils et m'écoutait attentivement comme s'il n'y avait pas une autre parole Vraie. Tous. Absolument tous les moments passés à ses côtés contribuaient à ma perte. Je me détruisais petit à petit, à feu lent, sous son regard fervent. Ce soir, le compte à rebours ne semble pas me détruire au rythme des secondes qui s'engrènent inexorablement. Non, ce soir, les secondes écoulées suivent le chemin du temps, sans m'obstruer l'existence. Ce soir, mon coeur respire une nouvelle sensation longtemps étrange: l'apaisement. Il ne se triture plus dans tous les sens sous son regard joviale. Mille trois cent vingt cinq jours. C'est long. Je remplis longuement mes poumons soulagés, et malgré la dense fumée qui flotte dans l'air, qu'est-ce que ça me fait du bien. Mes yeux s'embrument. Je regarde autour avide de tous les sourires, rires, gestes, de toute la joie qui m'entoure. Je la savoure sous cette nouvelle fraîcheur. Ce sentiment de culpabilité qui me collait à la peau et m'asphyxiait n'y est plus. Il ne me pardonnera jamais. Mais il me voit tel que je suis. Il me déteste car je le mérite. Il m'aimait pour ce que je n'étais pas. Il me hait pour ce que je suis. Mille trois cent vingt cinq jours. Il est temps d'arrêter de compter.

Six
Emma

Tes yeux ne seront jamais aussi beaux que les siens, Quentin. Ton nez ne sera jamais aussi parfait. Tes lèvres ne seront jamais aussi séduisantes. Ni ta peau aussi imberbe. Ni tes cheveux aussi bruns. Ni ta hauteur aussi idéale. Ni tes gestes aussi particuliers. Ni ton regard aussi intense. Ni tes mains aussi soignées. Non, tu ne seras jamais lui, Quentin. Pourtant, qu'est-ce que je peux aimer les moments passés à tes côtés. Qu'est-ce que je peux adorer ce bleu océan qui m'enveloppe lorsque tu me regardes. Qu'est-ce que je peux aimer ton humour pourri. Et tes grimaces perpétuelles. Parfois, seulement parfois, tu arrives à me le sortir de la tête. Et je te remercie pour ça. Oui, je te remercie. Mon Dieu, les dernières secondes 2008 ne me vont pas du tout.

Cinq
Bill

Je m'excuse auprès de Sascha. Je lui dédie un dernier sourire et pars à la recherche de cette longue tignasse châtaine. De ces boucles parfaites. De cette robe blanche. Mon coeur accélère au rythme du compte à rebours. Les battements deviennent des spasmes frénétiques. Notre rencontre m'apparaît tel un souvenir lointain, inaliénable. Insaisissable. J'essaye de me rappeler de ce que c'était ma vie avant de te rencontrer, Nadia. De ma façon de sentir, de rire, de pleurer. Mais le souvenir est nébuleux. Le présent, ta rencontre, ta présence, ton existence semble avoir tout effacé. Non, je n'arrive pas à me souvenir de comment était ma vie avant toi. Comme si je n'avais pas vraiment vécu avant de te rencontrer, avant de sentir ton parfum narguer mes narines. Avant de glisser mes doigts le long des tiens. Avant de t'embrasser. Et pourtant, atteindre le soleil me semble plus aisé que t'atteindre toi. Les premières vingt minutes. Ton incompréhension. Demain tu m'auras oublié. Comment aurais-je pu? Seule toi sus me sortir de la routine qui peignait mon Monde. Seuls tes yeux gris ont attiré mon attention. Seul ton caractère à la con a su me captiver. Ton indifférence. Toujours présente. Que cachais-tu? La soirée en boîte. Frère jumeaux tu as dit ? Ca veut dire qu'il n'y a pas UN Bill sur Terre mais DEUX? Je revois encore tes grands yeux s'écarquiller, ébahie. Surtout effrayée. Comme si cette idée te retournait l'estomac. Tes transformations. Bill ... Heu ... C'est quoi ton nom déjà? Bill Kaulitz, enchanté. Tu étais complètement bourrée, mais c'était drôle. La méfiance avait quitté tes yeux, pour laisser place à une curiosité débordante. Ton mur s'était effondré. Tu étais toi. Je me rappelle, je t'ai raccompagné chez toi. Tu ne tenais pas débout. Je t'ai monté dans ta chambre. Tu as enfouie ta tête dans mon cou. Ta fragilité. Reste. Et tu l'as demandé. Là, j'ai compris beaucoup de choses. Je suis resté. Je t'ai regardé dormir paisiblement. Ta haine. Tu es encombrant Bill, tu le sais? Tu m'avais sorti une longue liste de défauts et reproches à n'en pas finir. Moi aussi. Sauf que moi je m'en foutais. Tu pouvais posséder tous les défauts du Monde, j'aurais continué à te faire chier. Encombrant. Tu ne savais pas si bien dire. Ta folie. Ne fait pas ta chochotte. On est déjà trempés. Une goutte de plus, une de moins. Tu m'avais encore étonné ce soir là. Tu étais différente lorsque tu as traversé la porte d'entrée. On a échangé quelques regards timides. Quelques mots. Il a plut. Tu as voulu marcher lentement sous la pluie, mais tu as fini par courir. Tu choisis toujours de courir. Ton manque de confiance. Tu mijotais quelque chose. Rien de bon. Je l'ai lu dans tes yeux. J'ai décidé de courir, au cas où. Tu as bien fait. Tu me parlais différement. La peur t'avait quitté sous la pluie. Tu jouais. Comment était-ce possible? Ton obstination. Juste amis. Tu m'as dit qu'on ne pouvait pas se cotoyer. Que les personnes célèbres ne traînent pas avec les gens d'un autre Monde. Ca m'a fait rire. C'était si innocent. Ta peur. Ouvrez la porte ou je tue Bill Kaulitz et vous n'avez plus de chanteur. Ils nous avaient enfermé dans ma chambre. Tu étais hystérique au début. Tu étais horrifiée d'être enfermée avec moi dans vingt mètres carrés. Tu étais adorable. Ta faiblesse. Laisse-moi pleurer. Ne t'approche pas. Je t'en supplie, ne t'approche pas. Et de façon inattendue tu m'as ouvert ton coeur, pour la première fois. Pour la première fois, tes yeux ne me fulminaient pas du regard. Et tu as parlé longuement. Je t'ai écouté. J'ai eu mal. Ton innocence. Serais-je vaccinée contre le temps? J'entends encore cette amertume imprégnée dans ta voix lorsque tu me posas cette question. Je t'entends t'effondrer, silencieusement. A l'aube, on a vu le soleil pointer ses premiers rayons sur la ville endormie. Ta philosophie. Aimer c'est risquer de perdre. C'est risquer de ne pas être aimé en retour. Tes convictions sont ancrées au plus profond de toi. Personne pourra te faire changer d'avis. A moins qu'on te démontre le contraire. Je suis là pour te contrarier, de toute façon. Ta timidité. Tu peux arrêter de sourire comme un con? Tu me demandes souvent ça. Et je continue toujours à sourire comme un con. Je n'y peux rien. J'aime voir ton allure déstabilisée lorsque je te fixe intensément ou te souris malicieusement. J'aime te voir péter un câble car tu n'aimes pas ça. Tes aveux. Je veux dormir avec toi. Mais on n'a pas dormi ensemble. Ce soir là, tu m'as dévoilé la vérité. Je t'ai haï injustement. Je t'ai maltraité. Je suis désolé. Tu m'en as voulu. Mais tu as fini par répondre à mes appels. Tes lèvres. Viens . J'ai fermé les yeux au bout du fil. Allégé. J'ai descendu les escaliers en trombe et ai pris les clefs de la voiture. Tom m'a suvi. Mais je suis venu. C'était un mot. Un seul. Un mot qui changea beaucoup de choses. Imperceptibles, certes. Mais elles changèrent. Je suis venu et je me suis effondré dans tes bras. Ton air faussement blasé. Tu es impossible. Pire qu'un gosse.Tu essayais de me faire dormir, sans succès. Je n'arrêtais pas de parler, et ça t'énervait. J'aime assister à tes transformations. Tu peux être souriante ou calciner vif n'importe qui qui s'interpose dans ton chemin d'un moment à l'autre. Ton humour douteux mais qui me fait pourtant rire comme un con. Attention aux baleines affamées de chanteurs. Ce furent des longues semaines loin de tes yeux gris. Tes messages me faisaient sourire. Loin, je me sentais étrangement plus proche de toi. C'était bizarre. Mais c'était agréable comme sentiment. Suis-je tombé amoureux à ce moment là? Je ne sais pas. Peut être c'est à ce moment là que je m'en suis rendu compte. Peut-être. Ta mauvaise foi. Je suis entièrement vaccinée contre l'effet Kaulitz. J'étais débarqué chez toi par surprise. Et tu es restée congelée sur le pas de la porte. Tu m'as sauté dans les bras des longues minutes après. J'ai attendu que tu me dises quelques chose. Quelque chose qui me prouvait que tu tenais à moi comme je tenais à toi. Mais tu n'as rien dit. Une dispute de plus. Un silence de plus. Ton caractère exécrable. Moi aussi je suis désolée et tu ne sais même pas pourquoi. C'était le jour où j'ai revu Sascha. Tu étais venue me dire tout ce dont j'avais besoin d'entendre. Mais tu n'as pas osé, encore une fois. Tu es partie en claquant la porte. J'avais envie de t'égorger. Ta sagesse. Les choses n'ont l'importance qu'on leur donne. Avec du recul, ta phrase me fait sourire amèrement. Si tu appliquais ta propre philosophie à ta vie, ça serait moins difficile entre nous. Oui, tu as raison. Oui. Mais et toi alors ? Pourquoi donnes-tu autant d'importance à ton passé? Pourquoi n'essayes-tu pas de te focaliser sur le présent? Le futur? Tu es un paradoxe ambulant, Nadia. Tu sais? Oui, ta phrase est criante de vérité, et pourtant tu es la dernière à y croire. Ta carapace. Loin de toi. Tu as prononcé cette phrase deux fois. Les deux fois elles ont eu le même effet de bombe nucléaire sur moi. Elle est si vraie. Elle te caractérise tellement. Je la crains et la chéris au même temps. Et puis, toi. L'autre Nadia. Tu m'as horriblement manqué. Tu as osé. Certes, je t'ai un peu forcé. Mais cette phrase a traversé tes lèvres. Tu m'as regardé longuement, et tes joues ont légèrement viré au rose. Malgré ta timidité soudaine, tes yeux brillaient, ce qui te donnait un air sûr de toi. Si tu savais la vitesse à la quelle mon coeur palpitait. Tu aurais flippé. Ton impulsivité. C'était une pulsion. Et là. Tu avais changé de personnage. Tu m'as sauté dessus. Je n'ai rien compris. Mais ma torpeur n'a pas duré longtemps. Tu m'as embrassé. Et je me suis noyé en toi.
____Et avant toi ?, rien.

Quatre
Marco

Le compte à rebours touche à sa fin. Je regarde affolé autour de moi. Nadia n'est pas revenue. Je sais combien elle déteste ces instants. Je sais combien elle a mal, à cet instant même. Je sais combien elle en veut au Monde de tromper l'être humain. Je sais combien elle est fragile, surtout les soirs du nouvel an. Je sais à quel point les souvenirs remontent. Surtout ce soir là. Je connais le mal qui la consume et pourtant, je n'y trouve pas le remède. Je n'ai pas les moyens de stopper le venin. De soigner ses plaies béantes. De lui redonner de l'espoir. D'effacer ses souvenirs. De lui redonner confiance. Je m'apprête à partir à sa recherche, angoissé. Une main se pose sur mon épaule. Je tourne la tête vers celle-ci. Il s'agit de Georg. Il lève son verre vers moi, et me dédie un sourire rassurant. Je croise son regard apaisant. Joyeux. Je souris à mon tour, contaminé par l'énergie qu'il dégage. J'ai l'impression qu'il sent mon angoisse, mais qu'il me dit que tout va bien. Je souris, oui. Malgré le fait que cela me semble impossible. Car ... Dans quel monde tout va bien ?

Trois
Leila

Mes ongles s'enfoncent dans sa peau au rythme de ses va et vient. Mon corps se tortille sous lui, et j'arque mon dos afin de m'abandonner complètement à lui. Je n'aurais jamais imaginé, il y a quelques mois de me trouver ici, dans ses bras. En lui. Dans un lit inconnu. Le soir du nouvel an. Je sens mes yeux se perler légèrement. Je n'arrive pas à croire ce qu'il s'est passé ces derniers mois. Tout semble si irréel. Et si naturel à la fois. Et pourquoi diable n'arrive-je à résister à ses avances? Alors que les trois quarts du temps il me déteste et me traite mal? A croire qu'on désire toujours ce qui nous fait mal.

Deux
Quentin

Bien sûr que ce soir ne fait pas exception à la règle. Bien sûr que j'y pense. Comme chaque soir du nouvel an. Comme tous les 31 décembre de chaque année. Depuis ce fameux soir, nouvel an 1997. Mes neuf ans. Tes huit ans. Du haut de ton mètre cinquante. Ce soir là. Le compte à rebours lancé. Toi et moi, sous la grande table. Dix. Nos rires entremêlés. Oui, on venait de faire une connerie de plus. Neuf. Ta crinière rousse dansant sur tes épaules frêles. Ta petite robe de princesse rouge flottant autour de toi. Huit. Tes grands yeux verts et pétillants enfoncés dans les miens . Tes sourcils froncés. Ton nez trop droit légèrement ridé par l'expression espiègle de ton visage. Sept. Ta main prenant la mienne. Six. Me faisant signe de m'approcher de toi. Posant ta main libre sur mon oreille. Prête à m'avouer quelque chose. Cachés aux yeux de nos familles heureuses, accueillant chaleureusement la nouvelle année. Ton murmure. Quentin, je veux faire comme eux. Comme nos parents, tu sais? Cinq. Mon incompréhension. Ton soupire. Ta lassitude à devoir toujours tout m'expliquer. Quatre. Tu sais, ce qu'ils font les grands. Je veux essayer. Je veux me sentir grande ce soir. Trois. Tu lèves légèrement la nappe, tu cherches la scène des yeux. Tu la trouves. Tu me la désignes du doigt. Mes parents en train de s'embrasser le sourire aux lèvres. Tu baisses la nappe. Deux. Je te regarde pétrifié. C'est dégueulasse. Beurk. Je ne veux pas faire ça. Il paraît que c'est comme ça qu'on fait les bébés. On ne peut pas avoir un bébé maintenant, Leila. On est trop petits. On doit attendre quelques ann ... j'ai commencé à répondre. Un. Tes lèvres immaculées écrasant les miennes. Sans que j'aie le temps de finir mon discours. Sans que j'aie le temps de comprendre ce qu'il m'arrive. Ce que tu fais. Les feux d'artifices éclatent dans un ciel lointain. Les voix des grands s'élèvent dans l'air. Les rires. L'instant ne dure que quelques secondes. Je reste figé, congelé, te fixant en parfait novice. Toi, non. En parfaite experte tu fermes les yeux. Nos lèvres ne font que se frôler, mais cet instant restera à jamais dans ma mémoire. Ce souvenir sous la table. Ton jeune visage si près du mien. Tu t'es détachée quelques instants après. Tu as rouvert les yeux. Tu as haussé les épaules. C'est nul en fait. Pourquoi tout le monde le fait? Pourquoi ils s'embrassent tout le temps à la télé? ; Parce que les grands sont nuls, te répondis-je. Tu as raison Tinou. Je n'ai plus envie de grandir. Tu te me prends dans tes bras. Tu me serres fort. Tu me reprends la main et nous sortons. Ensemble. QUENTIN ET LEILA, c'est ENCORE vous qui avez fait ça? Vous allez m'entendre sales gosses. On court. Main dans la main. Rigolant. Fiers de notre coup.

Chaque nouvel an, Leila. J'attends que tu viennes me voir avec tes yeux grands ouverts. Innocente. Comme ce soir de 1997. J'attends que tu me fixes avec ce regard vert intense. Avec cette expression rieuse. J'attends que tu me prennes à part. Pas sous une table, on risquerait d'être très serrés. Quelque part. Où tu voudras. Et que tu me dises que tu veux essayer, à nouveau. Je me demande, comme à chaque nouvelle année, comme ça serait entre nous si les choses se seraient passées différemment.

Mais ce n'est pas ton regard vert foncé qui me dévisage à cet instant, mais un regard beaucoup moins fascinant, beaucoup moins vert, beaucoup moins espiègle. Pas de crinière rousse qui oscille dans sur des épaules blanches. Mais une chevelure blonde. Pas une robe rouge. Mais bleu. Pas toi, mais elle. Ses longs doigts effleurent ma joue, ses lèvres arborent un sourire séduisant. Le compte à rebours est encore une fois lancé. Encore une fois raté. Ses lèvres s'approchent doucement des miennes. Ils murmurent Bonne année. Et je l'embrasse pour effacer 1997.

Un
Tom

Le bruit extérieur est atténué. On entend vaguement les voix qui hurlent à l'étage. Le compte à rebours à l'unisson me semble lointain. Ainsi que les cris. La joie qui explose au salon. L'ambiance endiablée qui anime la maison. Non. Moi je suis à des années lumières de toutes ces voix, ces rires, ce brouhaha en crescendo qui enrage la foule. Dans un dernier coup de rein, et arrivant à l'orgasme, l'extase, le septième ciel, je m'effondre sur elle. Affaibli. Epuisé. Anéanti. Ma respiration est lourde et brusque. Son souffle convulsif me fait prendre conscience qu'elle est dans le même état. Le visage enfui au creux de son cou, j'esquisse un sourire. Je reste quelques instants immobile sentant nos coeurs tourmentés s'acharner encore et cogner furieusement contre nos poitrines. J'inhale une gorgée d'air afin de susurrer quelques mots, et son odeur remplit mes poumons. Je savoure et finis par laisser sortir l'air sans avoir prononcé ma phrase.

- Oui ?

Mon sourire s'élargit. Attends. Je te respire encore, un peu. Nos corps dégoulinants de sueur collent et sont encore imprégnés de nous. J'effleure des lèvres ta peau transpirée. Tu frissonnes sentant le contact métallique sur ton cou. Je sens ton suave parfum mêlé à cette odeur fruitée qui se dégage de tes boucles roux. Je le respire inlassablement alors que ma main gauche vient jouer avec ton sein dénudé. Mon index tourne autour, faisant des petits cercles et frôlant le bônet. Elle penche sa tête en arrière poussant un soupir.

- Bonne Année; murmuré-je.

Je sors mon visage de mon refuge et le lève vers elle. Mes couds prennent appui sur le lit, un bras à chaque côté de sa bouille rousse. Ses yeux me retrouvent, et ses lèvres s'étirent dans un sourire éblouissant.

- Bonne année sale poulpe, dit-elle espiègle.

Mes lèvres s'écrasent une nouvelle fois sur les siennes et ma langue impatiente part à la recherche de la sienne. Je sens ses longues jambes m'entourer la taille et ses bras encerclent mon cou. Quelques dreads viennent frapper son visage ruisselé de sueur. Nos corps sursautent au même temps lorsque mon portable posé sur la table de nuit se met à vibrer. Je marmonne une insulte incompréhensible, maudissant à celui ou celle qui ose m'interrompre à cet instant même. Mes lèvres ne se détachent pas, et suçotent ses lèvres rosés avec ardeur. Mon bras s'étire vers la petite table et je palpe la surface de ma main. Je trouve le téléphone et l'amène à mon oreille sans prendre la peine de voir qui appelle. Au contraire, je continue d'infiltrer ma langue et l'entrêmeler de façon insatiable à la sienne, lorsque la voix à l'autre bout du portable me ramène à la réalité.

- TOM ? TOMI ?? Tom tu m'entends ? Tom ?

Mes sourcils se froncent reconnaissant la voix.

- Maman ... ; arrivé-je à articuler entre deux baisers.
- Oh, tu m'entends ! Je croyais que la ligne allait encore être surchargée! Tomi, BONNE ANNEE !!!
- Bonne .. Leila capture mes lèvres fébrilement et je me laisse aller, oubliant la suite de ma phrase.
- Tom ? TOMI ? CA A COUPE ???

Leila sourit entendant la voix hystérique de ma mère à l'autre bout du fil. Je me détache alors de ses lèvres, pose ma tête sur une de mes mains et reprend la conversation.

- Non. Non, je suis là maman.
- J'entends des bruits bizarre. Ca doit entrecouper, et ...
- Bonne année Maman.
- Oh. Merci, merci Tomi. Où es ton frère?

Je pose mes yeux sur Leila qui essaye d'étouffer son rire sous le coussin.

- Il n'est pas là.
- Comment ça? Vous m'aviez dit que vous alliez à la même fête.
- Ouais. On est à la même fête.
- Où es-tu Tom ?

Je regarde autour, affolé. Putain. Dans une chambre MAMAN. As-tu besoin de détails aussi?

- Dans la cuisine. Et heu ... Bill doit être au salon.

Leila éclate de rire alors que j'essaye de réprimer le mien. Sa tête rousse sort de sous le coussin et ses yeux verts s'enfoncent dans les miens. Ses doigts viennent frôler le contour de mes lèvres ce qui me fait perdre le fil de la conversation une nouvelle fois.

- Pardon? Je n'ai pas entendu.

Elle se relève et pose ses lèvres sur mon piercing. Sa langue vient narguer mes sens et je ferme les yeux pour essayer vainement de garder le sang froid.

- Tom? J'entends de ces bruits ... Es-tu sûr que tout va bien?
- Oui, oui maman. Ne t'inquiète pas. Je passe le mot à Bill ! Bisous !
- Oui et ...
- Tchus.

Je laisse le portable tomber sur le lit et mes mains viennent entourer son visage espiègle. Nos lèvres se retrouvent inlassablement, se mordillant et s'écrasant entre elles sans répit. Ma main droite se détache de sa joue et parcourt lentement ce corps gracile que je connais si bien. La paume de ma main encercle son sein et le masse sensuellement. Je la sens frissonner sous moi. Ses longs doigts descendent le long de mon torse et jouent au niveau de mon nombril quelques instants. Je sens rapidement mon sexe durcir à ce contact et mes muscles se crisper de désir. Je serre la mâchoire pour m'obliger à prendre le temps et ne pas me précipiter. Mais elle ne semble pas partager les mêmes intentions. Elle me pousse légèrement afin de se libérer de mon poids mais je reste figé. J'ouvre les yeux, troublé, et elle arbore un sourire qui pourrait séduire n'importe quel mec sur Terre. Quand je disais qu'elle me rendrait dingue ... Et à tous les niveaux.

- Hop, hop hop. On doit descendre souhaiter Bonne année à tout le monde, quand même.

Je laisse échapper un soupir désapprobateur.

- On s'en fout; me plains-je. Restons ici. Encore un peu.

Son index se pose se ma joue et joue un instant. Ses yeux rieurs, ses lèvres étirées, son regard espiègle me fondent le coeur. Mais elle décide de descendre malgré mes réticences. Elle roule sur le lit et s'empare de la robe gisant sur le sol. Je la regarde faire. Sa robe vient habiller ses courbes parfaites et je me mords la lèvre me rappelant de mes doigts dessinant son corps.

- Tom, espèce de poulpe, on n'a pas toute la nuit ! Enfin, en l'occurrence si, mais ... Bref, habille-toi !

Dit- elle joviale, ignorant mon regard sur elle. Elle se plante devant la glace et remet en place sa longue chevelure rousse. Je me redresse d'un bond, me rendant compte que je la regarde envoûté comme un con. Je prends mes vêtements étalés par terre et les enfile lentement, étrangement heureux. Ce qui n'échappe pas à Leila, qui m'observe dans le reflet du miroir.

- Pourquoi tu souris comme ça?
- Je ne sais pas.
- Bouge alors !

*

_____POV Bill


La lumière scintille, les stroboscopes me renvoient des images saccadées. La lumière s'attise et s'éteint au rythme dément de la musique qui remplit l'énorme pièce. La musique est forte, beaucoup trop forte. Les voix dansantes ont du mal à se faire entendre entre elles. Les corps me basculent de tous les côtés mais je continue à chercher cette crinière châtaine, bouclée, longue. Je continue d'avancer, même lorsque ma vue se noircit pendant quelques millièmes de secondes. Peu importe où je vais, ni vers où je me dirige. Je quête avec frénésie cette tête si familière. Les gens s'embrassent avec l'euphorie caractéristique qu'apporte chaque nouvelle année. Cet enthousiasme, ce bonheur qui te colle à la peau lorsque le compte à rebours est lancé. Quand seulement quelques secondes te séparent du futur, d'un nouveau présent, d'un nouveau départ. Lorsque l'on fait le plein de nouveaux espoirs, désirs, ambitions. Lorsque l'on se dit que cette année sera meilleure que la précédente. Et qu'on y croit. Parce que tous les trente uns décembre, on se voit rempli d'une nouvelle énergie, d'un nouvel optimisme qui nous est étranger le reste de l'année. Parce que tous les trente uns décembre on a envie de croire à tout, à l'impossible, même à ce qui semble insensé. On a envie de tout recommencer, de tout réessayer, de tout risquer. Juste quelques heures. Les heures qui précèdent la nouvelle année. Puis, le premier janvier, tout revient à la normale, et la magie disparaît. Chez certaines personnes cela dure quelques semaines, mais la réalité nous rattrape toujours. Les espoirs finissent par nous quitter et reprendre leurs chemins. C'est un cycle qui ne se brise jamais. Et ce soir, à seulement quelques minutes passées de cette nouvelle année 2009, j'ai envie de la voir. De la prendre dans mes bras. De lui dire que tout ira bien. Qu'on réussira à oublier. Qu'on surmontera tout ensemble. Qu'elle m'a apporté plus que quiconque ces derniers mois. Qu'elle m'a aidé sans le savoir. Qu'elle m'a été précieuse. Qu'elle m'a rendu dingue mais que je ne lui en veux pas. Que je crois en elle, et en nous. Qu'on s'en fout de ce qu'il s'est passé avant. Qu'on les emmerde tous. Que j'ai envie de l'embrasser à en crever. Qu'ensemble on réussira. Et que je l'aime. Tout ça, parce que c'est les premières secondes, minutes de cette nouvelle année. Parce que j'ai envie de profiter de cette euphorie qui flotte dans l'air et tout lui avouer. Envie de profiter de cette ambiance qui nous contamine et nous colle ce sourire fébrile aux lèvres. Mes yeux la cherchent avec cette surexcitation présente dans mes veines, avec mon coeur bouillonnant, mes sens exaltés.

Je distingue cette robe blanche si précieuse, cette silhouette si délicate, cette crinière si unique. Au fond de la salle. Elle est adossée au mur, riant à gorge déployée, laissant voir la quasi totalité de ses dents blanches dans ce magnifique sourire. Elle n'est pas seule. Il y a ce mec. Ce mec qui l'a invité à danser tout à l'heure. Il a ses mains posées sur le mur à chaque côté de la tête de Nadia. La sienne se baisse. Je fixe la scène, interdit. Pétrifié. Paralysé. Leurs lèvres se rencontrent et c'est à ce moment là que la musique et les voix s'éteignent dans ma tête, et seuls leurs deux corps aussi près l'un de l'autre se dessinent dans mon champ de vision. Seuls les battements agités de mon coeur résonnent dans ma tête, augmentant progressivement leur cadence folle. Seul mon coeur résonne dans mon corps vide, meurtri par la scène. Seule leur étreinte se dessine, avec des couleurs et des courbes irréelles. Seulement eux. Au fond. Seulement Elle. Et sa robe blanche. J'avance lentement, papillonnant frénétiquement des cils, m'assurant que ce n'est pas l'alcool qui me fait halluciner. Que c'est bien Elle qui gît dans les bras de cet inconnu. Leurs lèvres se détachent enfin, et elle esquisse à nouveau ce sourire magnétique. Ces yeux gris et indéniablement envoûtants qui s'accrochent aux siens. Mon coeur semble vouloir tenacement quitter ma cage thoracique. Il s'avoue vaincu, résigné. J'accélère le pas. Les voix ainsi que la musique reprennent leur rythme autour. Je pousse violemment quelques personnes, guidé par la rage et l'envie de lui foutre un poing en pleine figure. De l'éloigner d'elle. De lui brûler les mains pour l'avoir touché. De lui crever les yeux pour l'avoir regardé comme il l'a fait. De le calciner vif, entièrement, de l'avoir captivée à ce point.

Et tout se passe trop rapidement. Mon corps le bascule brusquement, mes mains le poussent violemment. Pris au dépourvu, l'inconnu lève la vue vers moi, et me regarde éberlué. Il dit quelque chose. Mais la musique tamise sa voix. Je ne vois que sa fine bouche bouger rapidement. Dans cette contemplation de ses lèvres, du mouvement de sa mâchoire afin de comprendre ce qu'il débite, je revois la scène. Je vois ses lèvres posées sur celles-ci. Le souvenir de sa langue entremêlée à la mienne me fait penser à leur baiser. L'idée qu'il vient d'éprouver avec elle ces sensations qui défoncent mon corps à chaque fois que mes lèvres rencontrent furtivement les siennes me dilacère chaque parcelle de mon corps, chaque infime cellule. Il s'approche et me pousse à son tour, mais je suis toujours noyé dans cette torpeur. Dans ces souvenirs de sensations. D'émotions lorsque je l'embrasse. Je vois sa robe blanche s'interposer entre nous, une main sur mon torse, l'autre sur le sien. Je déglutis posant mes yeux sur la main qui le touche. Ses doigts minutieusement soignés ornés de ces deux bagues que je ne connais que trop bien. Ses doigts qui ont effleuré ma peau tant de fois. Je lève mes yeux vers elle, et je remarque qu'elle me parle, aussi. Mais sa voix ne me parvient pas. Elle semble enragée. Ses traits sont imprégnés d'une fureur soudaine. Il n'y a plus l'ombre de ce sourire fascinant. Son iris d'habitude clair a viré à un gris intense et ses pupilles fulminent, effervescentes. Ses lèvres doivent débiter une cascade de reproches et d'insultes à n'en pas finir. Je suis content de ne pas l'entendre, alors. Non. Tu n'as pas le droit, Nadia. Pas à seulement quelques minutes de cette nouvelle année, qui sont censées être les plus heureuses. Je ne sais pas ce qu'elle lit dans mon regard, de l'incompréhension peut-être. De la rancune, sûrement. Mais elle se tourne vers l'inconnu et lui dit quelque chose que je n'entends pas. Le mec fronce les sourcils, me lance un dernier regard rempli de haine puis ses pas s'éloignent. Ses yeux gris s'écrasent une nouvelle fois sur les miens, et je distingue à nouveau cette colère imprimée sur son visage. Je laisse échapper un rire nerveux. C'est elle qui est irritée, en plus? Ce n'est pas moi qui était dans les bras d'une autre. Qui souriait à une autre. Non. C'est elle qui le toisait avec envie. Qui le touchait.

Nos regards cramponnés l'un à l'autre, suspendus, restent fixés pendant quelques secondes, minutes ... Je ne sais pas. Je me perds au fond de ses yeux. Je me délecte de ce regard enfin croisé, de ce regard qui m'est enfin adressé. Cette attention accordée l'instant de quelques secondes. J'essaye de lui faire comprendre que je lui en veux. Qu'elle n'avait pas besoin de me faire du mal. J'essaye de lire dans les siens, pourquoi, mais le lien se brise. Ses yeux me quittent et sa silhouette commence à s'éloigner de moi. Je reste figé quelques instants puis mes pas s'empressent de suivre les siens. Sa crinière marron s'égare dans la foule, mais mes pupilles ne ratent pas cette robe blanche. Je la suis, confus. La gorge nouée. L'estomac en bribes. Cette boule au fond de ma gorge qui avoisine des larmes. Oui. Je les sens là. Prêtes à rebondir d'un moment à l'autre. Mais je ne peux pas m'arrêter. Je ne peux pas la laisser partir pour prendre le temps de me ressaisir. Pas le temps de pleurer. Elle se retourne et nos regards s'entrecroisent. Où vas-tu? La lumière s'éteint. La musique s'arrête. La foule hurle euphorique une nouvelle fois : Bonne année. Des rires. Des voix me parviennent de tous les côtés. Je panique. Mon coeur s'accélère encore. Encore. Je ne la retrouverai pas. Les lumières clignotent à nouveau, la musique reprend. Ses longs cheveux ont disparus. Les premières vingt minutes de 2009 me paraissent éternelles. Je n'ai encore pas vu Tom. Je ne l'ai encore souhaité à personne. Ni personne ne me l'a souhaité. Je continue à me forger un chemin parmi la foule dansante. Je revois son regard lorsqu'elle s'est tournée. Ce regard troublé. Il me rappelle la soirée en boîte. La deuxième fois que l'on s'est vu. Même scène. Elle me fuyait, je la suivais. Elle partait. Je la rattrapais. Les moments en sa présence ce soir là défilent dans ma tête, et je me rappelle. Où elle était lorsqu'elle avait disparue ce soir là. Dehors. Je regarde autour de moi, une porte, une sortie. Rien. Des bras m'entourent par derrière. Je me retourne, interpellé. C'est Georg. Ses yeux rieurs m'embrassent du regard. Je lui souris. Il me prend dans les bras, ce sourire heureux collé aux lèvres. J'aimerais pouvoir lui sourire de cette même façon. Mais je ne peux pas. Il faut que je la retrouve. Je le serre dans mes bras rapidement puis me défais de son étreinte. Je lui fais un signe de la main : On se choppe tout à l'heure. Il me sourit et lève son verre vers moi. Je reprends ma recherche. Mon regard valse d'un extrême à l'autre, cherchant une porte vers l'extérieur. Une maudite porte. Je continue de pousser tous ces corps inconnus, qui me heurtent à chaque pas de leur danse endiablée. Je la distingue enfin. Cette fichue porte. Au fond de la pièce. Je presse le pas sentant l'adrénaline me défoncer les veines. Je cours, si près du but. Lorsqu'une fille se plante devant moi. Je la regarde, déconcerté. Je ne la connais pas. Ses bras entourent mon cou rapidement et son corps essaye de m'embarquer dans sa danse. Je me détache à l'aide de mes mains et continue mon chemin ignorant ses protestations. Je pousse la porte et l'air frais vient remplir mes poumons abîmés par la fumée intérieure. Je plisse les yeux pour me protéger de la suave brise qui flotte dans l'air. Mes yeux la cherchent avec frénésie. Et je la distingue enfin. La brise joue avec sa robe blanche et ses mains n'arrêtent pas d'essayer de la dresser. Je m'approche doucement d'elle. La musique de l'intérieur est atténuée mais elle nous parvient encore. Ses boucles oscillent dans l'air, victimes du vent qui s'abat sur nous. Je m'arrête à quelques mètres pour l'observer et l'entendre insulter sa robe de ne pas rester en place. Elle lève la vue et nos yeux se rencontrent. Je tue les mètres qui nous séparent et me plante devant elle. Elle lève le visage vers moi, sourcils froncés. Sa colère refait son apparition.

- Bonne année.
- Va te faire foutre!

J'esquisse un sourire, malgré la rudesse de ses mots.

- C'est les premiers mots que j'entends cette année. Ravis qu'il viennent de toi.
- Pourquoi il a fallu que tu viennes foutre la merde?
- Pourquoi il a fallu que tu embrasses ce mec?
- Pourquoi te sens-tu obligé de t'entremêler dans ma vie?
- Pourquoi te sens-tu obligée de me faire du mal?
- Ce que je fais ne te regarde pas!
- Si. Bien sûr que si ...

Son expression change et sa colère semble se dissiper peu à peu. Je plonge dans le gris de ses yeux, me demandant comment elle fait pour être aussi têtue. Un barman passe à côté de nous et nous offre à boire. Ses mains agrippent un verre d'un liquide orange, qu'elle amène rapidement aux lèvres. Je soupire, toujours abattu de l'avoir vu dans les bras d'un autre. Ressassant dans ma tête la scène. Leur baiser. Ses mains sur son corps. Je la vois tituber puis esquisser un sourire. J'arque un sourcil. Cette fille est dingue. Je n'arriverai jamais à suivre ses changements. J'ai envie de la secouer, de lui demander pourquoi elle a fait ça. De lui demander des explications. J'ai envie qu'elle s'excuse. Qu'elle se sente coupable. Qu'elle me dise qu'elle l'a fait pour me rendre jaloux. Mais aucune de ces phrases traversent ses lèvres parfaites, imbibées de ce cocktail orange.

- Je t'en veux.

Ses yeux restent accrochés aux miens, imperturbables, son sourire toujours dessiné sur ses lèvres.

- Moi aussi.

Je fronce les sourcils, essayant de comprendre le sens de sa phrase. Pourquoi elle m'en voudrait, elle ? Je n'ai rien fait de mal. Rien à la hauteur de ce qu'elle a fait en tout cas. Rien qui justifie son geste. Et pourtant, elle n'a aucun compte à me rendre. Elle est libre de faire ce qu'elle veut. Cette pensée me déchire le coeur, et une boule vient se loger au fond de ma gorge, une nouvelle fois. Mes yeux sont rapidement capturés par son sourire énigmatique.

- Pourquoi tu l'as embrassé?

Elle hausse les épaules et titube une nouvelle fois.

- Et arrête de boire.
- Et toi arrête de te mêler de ma vie putain.
- Pourquoi tu l'as embrassé?
- Parce que j'en avais envie.

Je baisse les yeux pour ne pas subir ce regard troublant. Ses lèvres débitent des vérités qui me déchiquettent le coeur, alors que son visage s'illumine avec ce sourire toujours présent. Je ne comprends pas. Pourquoi diable sourit-elle? Et pourquoi diable ses lèvres me fascinent-elles autant? Perdu dans la contemplation de son sourire, je lève une main et effleure ses lèvres du bout des doigts, songeur. Je sens son souffle chaud et saccadé frapper ma peau.

- J'ai envie de t'embrasser pour effacer ses lèvres des tiennes. Effacer ses empreintes. Effacer son putain de baiser.
- Alors fais-le ; dit elle contre toute attente.

Je relève les yeux vers elle. Les siens brillent, incandescents. Et je comprends. Elle sait que je ne peux pas. Pas ici. Je regarde autour. Même s'il n'y a pas beaucoup de monde à l'extérieur, assez pour que je doive me contrôler.

- Tu sais que je ne peux pas ... Il y a trop de monde.
- Tant pis.

Elle s'apprête à rentrer mais je la retiens par le bras.

- Retrouve-moi quelque part.

Ses dents triturent ses lèvres. Elle fait non de la tête, puis reprend son élan pour partir. Je la retiens. D'une main je lui enlève la coupe d'alcool de son emprise. Elle fronce les sourcils, ne comprenant pas. Je pose le verre sur une des petites tables qui décorent l'immense jardin. Mes doigts s'entrelacent aux siens et je baisse la vue vers nos mains emmêlées. Je scrute ses bagues, et je revois cette main posée sur le torse de l'autre con. Mon coeur rate un battement rien qu'en visualisant la scène. Je joue distraitement avec ses doigts et admire la perfection de ceux-ci.

- Bill?

Je ne lève pas la vue vers elle, toujours captivé par le contact de nos mains. Par la chaleur que ses doigts émanent. Par la seule vision de nos doigts entremêlés. J'hésite. Je sais que je risque de m'attirer les foudres de David. Et du groupe. De tout le monde. Mais si c'est ce dont elle a besoin pour me croire... Très bien. Je tire sa main vers moi, et son corps s'approche dans l'élan. Je détache alors mes yeux de nos mains et embrasse son visage du regard. Elle fronce les sourcils, confuse. Brouillée. Embarrassée. Nos souffles se cognent et se mêlent formant des vapeurs d'air à cause du froid qui commence à se faire sentir.

- Bill... Tu ne vas pas ... Tu ne peux pas ici.

Dit-elle dans un soupire. Ses pupilles bougent frénétiquement, et c'est à mon tour d'esquisser un sourire. Echec et mat.

Je ferme les yeux, essayant de chasser l'image de leur baiser. Son sourire qui lui était adressé. Pour ne dessiner qu'elle. Tellement Magnifique ce soir. Je m'approche de son visage, me préparant psychologiquement à vivre toutes ces sensations lorsque nos lèvres se rencontrent. Je sens ma respiration devenir irrégulière. Mes lèvres parcourent son visage, l'effleurant. Frôlant sa peau imberbe. Son souffle spasmodique frappe mon cou. J'écrase mes lèvres contre son front, la maudissant de prendre autant de place dans mon coeur. La maudissant d'être aussi diabolique. Aussi lunatique. Aussi belle.

- Bill ? ...

Sa voix entrecoupée interrompt ma caresse. J'ouvre les yeux et les plante dans les siens, l'incitant à continuer sa phrase. Elle semble indécise, et je sens ses mains s'entortiller. Je pose mon front sur le sien attendant qu'elle se lance, sans la quitter des yeux.

- Je ... Tu ... Tu te rappelles. Quand tu étais dans ton île. Sous les cocotiers.
- Oui?
- Le soir que tu étais bourré tu m'as écrit un sms ... qui ...

Mon coeur s'arrête comprenant de quoi elle parle. Je m'attendais à ce qu'un jour elle me reparle de ce fameux message. Je me doutais bien que cela n'était pas passé inaperçu. Qu'elle ne l'oublierait pas. Mais qu'elle préférait ne pas en parler. Son corps vacille une nouvelle fois et mes mains la retiennent. Je n'ai pas envie de lui dire tout ça lorsqu'elle est bourrée.

- Est-ce que ... Hum.
- Je ... Tu es bourrée, Nadia. Je préfère qu'on en parle une autre fois.

J'arrive à distinguer une once de déception traverser ses grands yeux et je ne peux m'empêcher de la prendre dans mes bras. Elle se débat quelques secondes, frappant ma poitrine de ses mains, mais je la serre fort contre moi l'obligeant à rester dans mes bras. Elle finit par se laisser faire et ses bras viennent entourer ma taille. Elle enfouit son visage dans mes bras, bouleversée. On reste quelques instants ainsi. Figés. Dans les bras l'un de l'autre. Suspendus dans le temps. Je respire ce parfum sucré qui se dégage de ses cheveux bouclés. Je dessine ses traits fins les yeux fermés. Je crayonne ses courbes et visualise ses expressions. Son sourire. Ce sourire. Je défais mon étreinte et lui relève le visage. Ses joues sont humides, son expression chamboulée. J'arbore un sourire afin de la rassurer. Je ne sais pas ce qui la fait changer d'un état à un autre mais je suis là. Son regard s'enfonce dans le mien. Elle sourit timidement et ses yeux s'embuent.

- Bonne année, Bill.

Mon sourire s'élargit et j'embrasse son front une nouvelle fois. J'essuie une larme du bout des doigts. Je relève doucement son visage et ses yeux se closent, s'abandonnant à moi. Ses lèvres s'entrouvrent et ses mains s'agrippent à ma chemise. J'entends mon coeur battre fort, beaucoup trop fort, prêt à sortir de ma poitrine. Je l'observe quelques secondes m'humidifiant les lèvres. Son visage angélique levé vers moi, offrant ses lèvres séduisantes. Les paupières fermées, en attente. Mon souffle discontinu m'empêche de respirer normalement. Je ferme les yeux et mets fin au supplice. Nos lèvres se retrouvent encore une fois. Pour la première fois en 2009. Je l'embrasse lentement et mordille doucement ses lèvres. Elle me paraît tellement fragile à cet instant même que j'ai peur de la briser. De la brusquer. Je l'embrasse délicatement, entrouvrant légèrement les lèvres. Je capture en douceur sa lèvre inférieure et joue avec elle quelques instants. Je l'entends soupirer et je ne me peux m'empêcher de sourire niaisement. Elle se détache avec difficulté et me toise d'un air grave.

- Bill, pourquoi tu souris à chaque fois que ...
- NAAAAAAAAAAADIIIIIAAAAAAAAAAAAAAAA !

La voix facilement reconnaissable de Leila s'élève derrière moi. Je me retourne vers elle et essaye tant bien que mal de cacher mes envies meurtrières.

- Nadia, putain d'une crotte. Je t'ai cherché partout ! Bonne année mon amour!!! ; s'écrie-t-elle lui sautant au cou.

Nadia rigole et la prend dans ses bras. Les deux amies se murmurent des mots que je n'arrive pas à entendre. Elles s'embrassent et se sourient pendant des longues minutes. Leila semble se rappeler de ma présence.

- Oh, Bill. Bonne année à toi aussi! ; s'enflamme-t-elle une nouvelle fois.

Elle tire de ma main et me prend dans ses bras. Je souris face à l'effervescente Leila et embrasse sa joue.

- Bonne année à toi aussi, Lei.
- Ta mère a appelé pour vous souhaiter bonne année.
- Ah bon? Comment tu sais?
- Hum. J'étais avec Tom.
- Où ça? Je vous ai cherché pendant trop longtemps!
- Heu ... Dans la cuisine. Dit-elle jovialement. Nad, ton frère te cherche comme un fou lui aussi!

Les yeux gris de Nad s'écarquillent, et se posent sur moi.

- Je dois ...
- On se retrouve après ; dis-je hochant la tête.

Nadia déploie son plus beau sourire et court vers l'intérieur. Enfin. Aussi vite que ses talons le lui permettent. Je la regarde partir, le coeur aux lèvres, bouleversé par ces quelques minutes passées en sa présence. Le rire de Leila me rappelle qu'elle est toujours plantée devant moi. Ses yeux verts me dévisagent pétillants. Espiègles.

- Quoi?

Elle éclate de rire puis m'imite regarder Nadia partir. Je ris me rendant compte que je dois vraiment avoir l'air d'un imbécile lorsque je suis avec Nadia.

- Aller viens, allons retrouver ton frère.
- Ouais. Et dis-moi, je ne savais pas qu'il y avait des lits dans la cuisine.

Les yeux de la rousse s'agrandissent exagérément et je souris triomphant. Je me dirige vers l'intérieur laissant Leila derrière moi, choquée. Mais elle se remet rapidement de ses émotions et me rejoint.

- Espèce de Kaulitz !
- Uh. Si je me tiens à ce que tu faisais tout à l'heure avec mon jumeau, je prends ça pour un compliment!

Leila et moi partons dans un fou rire et je passe un bras autour de ses épaules. A la recherche de l'autre Kaulitz.

*

_____POV Quentin


Georg me tend un autre verre et je lui remercie avec un sourire. Emma tire de ma main pour qu'on aille danser mais je fais non de la tête. Sa lèvre inférieure s'étire vers l'avant formant une mine boudeuse. Je tire à mon tour de sa main la rapprochant vers moi et lui dis à l'oreille.

- Plus tard. Là je dois trouver les filles pour leur souhaiter Bonne année.

Elle s'éloigne sans dire un mot et part sur la piste toute seule. Je l'observe partir, son corps se courbant agilement au rythme de la musique. Elle danse sans se soucier de ce qu'il se passe autour. Sa crinière blonde oscille dans tous les sens. Je suis ses pas d'un oeil attentif, la désirant. Je l'imagine nue dans mon lit. Je remémore rapidement nos ébats sexuels et je me mords la lèvre. Alors que je scrute la danse sexy d'Emma, je distingue Nadia se faufiler parmi la foule et venir vers nous. J'esquisse un sourire et me dirige d'un pas décidé vers elle. Elle me voit aussi et presse le pas. Arrivée à mon niveau elle me saute au cou, souriante.

- Bonne année mon blond, me dit-elle me prenant dans ses bras.

Ses bras encerclent mon cou, son visage s'enfuit dans mon étreinte. Je la serre fort contre moi et la berce tel un enfant.

- Bonne année Nadichou.

On reste quelques instants dans les bras l'un de l'autre, murmurant des mots inaudibles, étouffés par la musique qui bat son plein. Elle se détache, prend tendrement mon visage entre ses mains, se met sur la pointe des pieds et plaque un long bisou brouillant sur ma joue. Je ris de la voir comme ça. De la sentir bien. Alors que Nadia m'écrase les joues entre ses mains, rigolant, mes yeux semblent suivre un chemin magnétique invisible et se posent sur Leila qui s'approche au loin accompagnée de Bill. Dès qu'elle m'aperçoit malgré la lumière qui titille, et malgré la distance qui nous sépare encore, elle court vers nous. Nadia se retourne pour suivre mon regard au loin et suit la scène amusée. La rousse me saute dans les bras dans un élan fulgurant. Mes bras enveloppent sa fine taille et je la soulève la serrant contre moi. Je tourne sur moi même et sa tête s'enfuit dans mon cou, criant Bonne année sale blond. Ma main caresse ses longs cheveux roux. J'arrête de tourner et la pose par terre, me noyant dans son regard vert.

- Bonne année, sale rousse.

Elle prend ma main et me fait signe de m'approcher. Mon coeur rate quelques battements, revivant la scène onze ans en arrière. Elle m'avait pris la main, de cette même façon. Elle m'avait fait signe de m'approcher. Elle pose sa main sur mon oreille et crie pour se faire entendre.

- Viens avec moi ! Il est temps de faire notre première connerie 2009!

Elle s'éloigne pour analyser ma réaction. Ses yeux pétillent de cette même façon. Sa malice est imprégnée dans chacun de ses traits. Elle arbore un sourire d'oreille à oreille, impatiente. Je fronce les sourcils, ne voyant pas où elle veut en venir. Elle prend ma main une nouvelle fois et tire vers elle. Elle se retourne et commence à marcher, à se glisser parmi tous ces gens euphoriques. Je la suis, sa main cramponnée à la mienne. Le passage se fait difficile. Les gens nous heurtent et nous basculent de tous les côtés. A ma grande surprise, elle prend un couloir où il y a peu de personnes. La circulation devient normale. Au fond, quelques personnes font la queue pour accéder aux toilettes. Je ne comprends pas où est-ce qu'elle va. Elle prend à virage à gauche. Elle se retourne brusquement. Sa crinière lui fouette le visage.

- Je cherche un escalier ! Faut qu'on aille au garage, ou à la cave. Faut qu'on trouve le disjoncteur.
- Le quoi ? ; l'interroge paniqué.
- Le disjoncteur Tin's ! Tu sais, comme dans les films d'horreur. On fait sauter les plombs ! Plus de lumière, panique dans toute la maison !
- T'es tarée, la réprimandé-je arquant un sourcil. Mais t'as trop des bonnes idées !

On éclate de rire et on part à la recherche de ce fameux disjoncteur. La maison est énorme, alors on se perd plusieurs fois. C'est un vrai labyrinthe. Des dizaines des portes menant à des pièces géantes. On trouve trois escaliers. On hésite. Elle pose ses yeux verts foncés sur moi, sondant mon avis. Je hausse les épaules.

- Okay. On est obligés de sortir les grands moyens. Plouf plouf, commence-t-elle à chanter, désignant du doigt un des escaliers à chaque mot. C'est ..... cet .... es .... ca.... lier .... Là ..... que .... je ....pren....drai !Fini-t-elle pointant du doigt celui à gauche.

Elle n'attend pas que j'approuve son choix ploufien qu'elle se précipite dessus. Je la suis et on entame les escaliers. On dirait qu'on descend cinq étages en dessous. On arrive dans un espace sombre, très grand, et très frais.

- Ca fait peur ici.
- C'est ... la cave des vins; annonce-je distinguant des étagères remplies de bouteilles de vin à n'en pas finir. Waw. On serait servi à vie ici.

Elle tire de ma main une nouvelle fois.

- Ce n'est pas parmi les vins qu'on va trouver le disjoncteur.
- Ton plouf plouf ne marche plus très bien on dirait.
- Tais-toi ! Il a toujours marché à merveille ! C'est parce qu'il est un peu périmé. Ca fait des années que je le sortais pas... Aller, on remonte!

On reprend donc le chemin inverse. On arrive au grand salon où trois escaliers ornent la pièce. Elle fait à nouveau son "Plouf Plouf" et c'est celui du milieu qui est désigné. Elle se précipite alors sur celui-ci, mais je la retiens par la main.

- Si plouf plouf a désigné celui du milieux, on prend l'autre!
- Quoi ? , me demande-t-elle ahurie que je ne fasse pas confiance à son jeu.
- Viens.

Je ne lui donne pas le temps de répliquer que je me lance déterminé sur l'escalier de droite. Je l'entends soupirer désapprouvant mon choix. Je souris. Qu'est-ce qu'elle peut être têtue quand elle s'y met. L'escalier est plus court que le précédent et on arrive au garage. Plusieurs voitures sont couvertes d'une longue nappe blanche.

- J'avais raison ! Jamais se fier au plouf plouf!
- Sale blond, cherche le disjoncteur. Toi va vers là bas et moi vers l'autre côté. Bien sûr, si tu le trouves, tu m'attends. Le temps que je te rejoigne. Tu vas pas me laisser dans le noir à l'autre bout du garage, s'il te plaît. C'est bien ton genre.

Je lui dédie un sourire malicieux et pars vers le côté qu'elle m'a désigné. Des meubles sont également couverts par des longues nappes. Le garage est déjà submergé dans la pénombre complète et un frisson parcourt mon dos. Les films d'horreur qui m'ont le plus marqués me reviennent à l'esprit. Je souris, persuadé que Leila pense à la même chose que moi et qu'elle flippe à mort.

- Leila, ça ne te fait pas penser à la scène dans ...
- SALE BLOND! Tais-toi ! Oui, je vois quelle scène tu parles, fallait que tu en parles?
- Tu vas me dire que tu n'y a pas pensé?
- SI ! Mais chut ! Donne pas des mauvaises idées à ...
- A qui ? Il n'y a aucun assassin caché parmi toutes ces ... antiquités.
- Comment tu sais? Les victimes ne se doutent jamais de rien Quentin ! Putain, tu es où ?
- Je sais pas. Je cherche la boîte ...
- Putain ... On ne trouvera jamais. QUENTIN? C'est toi?
- De quoi?
- Oh putain, j'ai entendu quelque chose.

J'entends ses pas se presser à toute vitesse et venir vers mon coin de recherche. Je distingue sa silhouette malgré la pénombre.

- Je suis là.
- On part. J'ai entendu du bruit.
- Mais arrête de te faire des films, Leila. C'est parce qu'on parlait de ça que tu as entendu du bruit. Quand on est prédisposés à entendre quelque chose, on l'entend. Notre cerveau nous joue des tours.
- Mais tais-toi. Notre cerveau mon cul, il y a quelqu'un ici. On se barre !
- Non attends. Il ne doit pas être loin. Donne moi ta main.

Elle glisse sa main dans la mienne et on marche avec précaution. Quelques outils de jardinage gisent au le sol.

- Fais attention où tu vas te rendre une pelle dans la tronche.
- Il fait trop noir Tinou ... Remontons.
- He sale rousse. Tu as été prise à ton propre jeu ou quoi? Il ne se passe rien!
- Mais tu m'as parlé de ce film et ...
- Tu y pensais déjà.
- Oui mais il est minuit passée. On est dans une maison immense. Dans un garage géant. Sans lumière. Avec des ...
- Il est là ! ; m'écris-je.

On se précipite maladroitement sur le disjoncteur et je l'ouvre délicatement. Plein de boutons rouges et noirs sont éparpillés.

- C'est lequel?
- Je ne sais pas.
- Tu m'aides vachement.

Elle met sa main sur mon épaule et évalue la disposition des boutons. Je tourne le regard vers elle et l'observe se concentrer sur la dizaine de boutons. Quelques mèches lui tombent sur les yeux, mais elles ne semblent pas la gêner. Ses longs cils papillonnent devant la complexité de l'électricité. Son nez droit donne à son profil cette allure parfaite. Ses lèvres merveilleusement sculptées se froissent, toujours concentré sur quel bouton appuyer.

- Quentin, t'en penses quoi de celui-là?, me demande-t-elle distraite.

Je la fixe encore quelques instants, prenant une photo mentale de cet instant. Puis je suis son regard vers le bouton.

- T'as pas fait ton plouf plouf rassure-moi?

Elle tourne ses yeux verts vers moi et les plonge dans les miens.

- Non, banane. Mais puisque tu ...
- Non. Je pense que celui là c'est le bon. Qui appuie? Peut-être qu'on meurt d'une décharge électrique et ...
- Arrête. On appuie les deux, comme ça si on doit mourir, on meurt ensemble ; dit-elle en rigolant.

Elle baisse alors la tête pour s'emparer de ma main. Puis elle prend mon doigt et le met sur le bouton. Elle met le sien à côté. Elle commence à rire.

- Mon dieu. Et si ce n'est pas ...
- Trois . Deux. Un !

Nos index appuient au même temps sur le bouton. On ferme les yeux avec force de peur que quelque chose explose à la gueule. Ridicule. Mais on flippe quand même. La musique qui battait quelques étages en dessus, atténuée, s'éteint subitement. Le peu d'éclairage qu'il y avait dans le garage provenant de l'escalier disparaît. On est submergés dans le noir complet. Sa main tâte mon visage.

- Quentin ! Tu pars pas en courant sale traître, hein?

Sa main continue de tâter mon corps afin de se rassurer. Je lève ma main vers elle et palpe le vide puis son corps. J'identifie un bras et continue à tâter ses traits pour trouver son visage. 1997. Tu voulais essayer. 2009. C'est moi qui veut. Je sens ton visage sous la paume de ma main. Je trouve tes lèvres dans le noir et je les je contourne du bout des doigts. J'approche mon visage vers mon intuition me guide.

- Quentin, il va falloir qu'on ...

Elle ne finira pas sa phrase. Mes lèvres se sont scellés aux siennes. Onze ans après.

____________________________________________________

LISEZ :

Putain, les filles . Je suis crevée.
J'ai passée toute la journée devant l'ordinateur pour vous laisser cette suite avant de partir.
Depuis onze heures du matin je suis là. J'ai fait seulement des pauses pour manger.
Alors, s'il vous plaît, laissez moi votre avis.
Trois heures de mise en page ... Je suis exténuée.
Désolée s'il y a des fautes d'orthographe, je n'ai même plus les forces de me relire.
Normalement j'écris mes chapitres en plusieurs jours, mais là ... WAW.
Je n'ai jamais passé autant d'heures de suite à écrire.
Je n'ai pas eu le temps de faire un montage. Je suis désolée ... Je verrai ça à mon retour.

Je pars demain à huit heures du matin *_*
Je n'ai même pas fait la valise ... Mon Dieu.

Moment préféré ? / Réplique préférée?
Gustav / Bill ?
Tom / Leila ?
Bill / Sascha ? (Au début)
Lyah . Nouveau personnage. Quelle place pour elle ? (a)
Début de la soirée (Nadia) ?
Alexander ? ;) Nouveau personnage également.
Compte à rebours? Que pensez vous de chaque point de vue ?
Leila / Tom ? (Dans la chambre)
Bill / Nadia?
Quentin / Leila ?

Et oui, fallait bien que ça parte en kiwis à la fin !!! :D

Je pars en Espagne ... Je vous souhaite de très bonnes vacances.
Faites moi de la lecture à mon retour s'il vous plaîîîît.
Que je n'aie pas passé 14h sur l'ordinateur pour rien avoir en retour.
Je crois que c'est la première fois que j'attends TELLEMENT vos avis. Surtout que le chapitre est long.
L'au delà, manifestez vous, aussi . C'est pour la bonne cause :)

Voilà ... Je crois que j'ai tout dit ...
Je ne pourrais pas prévenir tout le monde de la suite, j'ai des problèmes avec Hotmail.
Je demanderai à une amie de prévenir le reste de personnes.

Je pars faire ma valise.
Je vous aime.

LA preuve que je suis NAZE :
Je vous ai pas REMERCIIIIIIIEEEEEEEEEEEEEEE !!!!!!!
Pour TOUS vos commentaires .
Merci, merci, merci .

MERCI POUR TOUT .

# Posté le lundi 13 juillet 2009 19:10

Modifié le samedi 22 août 2009 07:35

***__Chαpitre 48__ *** « Tu le sens? Tu le rends fou »

PARTIE I
*
*

_____POV Leila


Un souffle tiède et régulier cognant mon visage. Une légère pression sur mes lèvres. Des mèches qui me chatouillent le front. Submergée dans l'obscurité soudaine, je mets du temps à réaliser ce qu'il se passe. Ce n'est que lorsque son parfum inonde mes narines que j'assimile. Ce parfum trop près. Beaucoup trop près. Quentin? Une gifle invisible atterrit sur ma joue violemment, annihilant l'ombre de toute compréhension possible. Mes yeux s'égarent dans le noir accablant, mon souffle perd son rythme constant, et mon équilibre semble s'évaporer. Malgré la noirceur qui nous encercle, la proximité de son corps lui permet de sentir ma stabilité se briser et une main vient rattraper mon corps titubant. Ses lèvres s'entrouvrent légèrement et se referment doucement. Je retiens la respiration pendant des longues secondes, incapable de prendre totalement conscience de ce qu'il fait. Incapable de repousser son parfum de mes sens. Impuissante. Cherchant un sens. Dans le noir, je fronce les sourcils, incrédule. Un murmure réussi à s'échapper de mes lèvres.

- Quentin? Que... Tu ... Sale crotte.

A cet instant ses lèvres se détachent pour former un sourire que je devine malgré l'obscurité qui s'acharne sur nos corps. Mes yeux commencent à s'habituer au noir de la pièce et je distingue vaguement sa frange dorée à quelques centimètres au dessus de mon visage. Je bats des paupières frénétiquement afin d'apercevoir son visage clairement dans le noir. Ses yeux bleus se perdent dans son sourire moqueur. Mon coeur rate un battement lorsque mes yeux se posent sur ce sourire épanouit sur son visage espiègle. Lorsque je parcours des yeux ces lèvres qui viennent de frôler effrontément les miennes. Et c'est peut-être à ce moment là que je réalise vraiment. Il m'a embrassé. Je déglutis avec difficulté, étourdie. Anéantie. Je dévie le regard de ses lèvres enjouées. Lentement, mes yeux se posent sur les siens qui n'ont pas perdu cet allure rieuse et moqueuse. Au fond de ce bleu océan, je cherche une réponse à tout ce chamboulement dans ma tête, un sens à son baiser. J'entrouvre les lèvres, déterminée à lui exiger les réponses. Mais ses yeux insolents viennent se clouer sur mes lèvres et je perds le fil de mes pensées abruptement. Pour la première fois, je sens mes joues rougir violemment devant lui. Une chaleur désagréable afflue dans mon corps frêle. Lorsque ce bleu revient sur mes yeux, il m'interroge du regard: Tu allais dire? . Je déglutis une nouvelle fois, cherchant vainement la question dans ma tête. Cherchant la bonne réaction. Une réponse. Des réponses.

- C'est nul en fait , murmure-t-il.

J'écarquille les yeux, stupéfaite, reconnaissant cette phrase, ces mots jadis prononcés. Revivant inexorablement cette scène lorsque nous étions petits. Mes yeux bougent frénétiquement réalisant brutalement. Je n'arrive pas à croire qu'il m'ait embrassé juste pour se foutre de ma gueule. Pour me rappeler ce fameux soir, 1997. Impulsivement, mes poings se renferment et viennent cogner violemment sa poitrine.

- Sale crotte! On n'est plus des gosses!, crié-je.

Alors que mes poings frappent son torse, son sourire persiste dans la pénombre, visiblement très amusé par ma réaction. Indignée tant par ma panique soudaine que par son comportement, je m'apprête à défigurer son sourire moqueur lorsque des voix se font entendre pas loin de nous. La main du sale blond s'empare alors de mes lèvres pour éviter d'être reperés. Grrrr. GRRR. Je me mords la lèvre inférieure maudissant Quentin. Non seulement je déteste qu'il fasse ça, mais en plus je suis obligée de garder silence si je veux pas qu'on soit grillés. Je hais quand il me fait ravaler ma colère, ma furie et tous mes mots rageux. Sa main libre attrape la mienne et tire d'elle pour qu'on bouge. Lentement, pour ne rien heurter, on commence à glisser vers l'arrière. Quentin marche en arrière pour ne pas lâcher son emprise. Je le suis, enragée, malgré moi. Je tourne rapidement la tête en arrière pour voir qui sont les gens qui sont descendus au garage. Le noir accablant m'empêche de distinguer qui que ce soit. Une faible lumière de portable semble guider deux personnes pénétrant nonchalamment dans le garage.

- Je connais mon garage Georg. T'étais pas obligé de me suivre.
- J'ai pas envie que tu sois la proie facile du tueur en série. Si tu dois mourir, faudra qu'il me tue d'abord!

La fille rit et murmure:

- Dieu, ce que tu es bête. Il n'y a aucun tueur dans mon garage.
- Qu'est-ce que tu en sais ? Il y en a toujours dans le films d'horreur !
- Dans les films américains Georg. Ici, on est en Allemagne.
- Et alors? Tu crois pas que les assasins s'inspirent des films?
- Georg, si t'es venu avec moi pour me faire flipper, tu peux faire demi tour. Je trouverai le disjoncteur toute seule.
- Tuer en série, rêve pas. Je reste avec elle !

Alors que Quentin continue à faire doucement marche en arrière, il heurte quelque chose à ses pieds, bruit qui ne passe pas inaperçu aux deux intrus. Bravo sale Quentin.

- GEORG! Arrête.
- C'est pas moi, je suis derrière toi!
- Putain. Sors ton portable toi aussi. Je vois rien avec cette merde.

Je sens la main de Quentin lâcher la mienne pour tâter le mur, afin de trouver une porte , un meuble qui puisse nous cacher lorsque la lumière sera rétablie. Je fais de même, effrayée d'être prise en flagrant délit. Le blond semble avoir trouvé un refuge puisqu'il retrouve rapidement ma main et tire d'elle une nouvelle fois, me guidant vers la gauche. On tourne sur nous mêmes et on se colle contre le mur; sa main toujours scellant mes lèvres. L'espace me semble reduit, beaucoup trop petit pour nous deux. Je colle mon dos au mur et Quentin se colle à moi. Génial. Jamais, jamais de la vie j'aurais trouvé cette position bizarre avec lui, mais là, après que ce petit con m'ait embrassé, je flippe et j'ai envie de le tabasser. Son parfum me nargue encore, comme lorsqu'il a posé ses lèvres sur les miennes, il y a quelques instants. Je revis la chaleur du baiser, encore palpitante sur mes lèvres, malgré la pression exercée par la main du blond. Son souffle chaud cogne contre mon front, et je ferme fortement les paupières pour ne pas revivre le baiser. Pour chasser cette image de mon esprit. Me jurant que dès que Georg et la fille seront remontés je lui ferai sa peau. Je lui cracherai à la gueule toute mon indignation et mon incompréhension. Je lui gueulerai à la figure qu'on était ga ...

- Aie putain. C'était quoi ça encore. Il est où ce disjoncteur hein?
- Il est là. Si tu arrêtais de bouger comme un demeuré, tu te ferais pas mal.

A ce moment là, la fille remonte le bouton et la lumière, ainsi que la musique à l'étage, revient soudainement.

- Tadam.
- Et la lumière fut.
- Ha, ha; se moque-t-elle.
- C'est ça qui m'a fait mal! Non mais Lyah, regarde ce que je viens de me prendre! Un jouet en plastique pour la plage! T'as pas passé l'âge d'avoir ça dis moi?
- C'est pour ça que c'est rangé au garage, Georg; explique patiemment Lyah.
- Rangé? C'est tout par terre! Normal que je me sois tout pris! Oooooooh, regarde la barbie géante là bas!
- Georg, ne touche rien! Allez, on remonte.
- Enorme! Tu jouais avec ça?, demande Georg, euphorique. Tu étais sa maman ou elle était la tienne? Ou peut être qu'elle était ta petite amie? Tu crois que ça la rendra jalouse si je t'embrasse maintenant?

Je fronce les sourcils écoutant la conversation qui se déroule dans la pièce entre Georg et Lyah. Je lève la vue vers Quentin, qui réprime son rire. Ses yeux se confondent avec les miens alors qu'on dresse l'oreille.

- T'es con. Allez, on remonte.

Des bruits de pas se font entendre.

- Hummm. Pourquoi tu ne veux pas? C'est 2009. On ne s'est pas encore embrassés cette année.
- Et on ne s'embrassera pas. Ou plus, plutôt.
- Pourquoi?, demande la voix faussement boudeuse de l'intéressé.
- Parce que je n'ai pas envie Georg. On en a déjà parlé de ça.
- Mais tes explications craignent.
- Et puis, je sors avec Johan maintenant.
- Tête de bite?
- Georg! Ne l'appelle pas comme ça.
- Il a une tête de bite.
- Bon, je te laisse dans ta ...
- Ce n'est pas toi qui m'a appelé la semaine dernière bourrée et m'a dit explosée de rire au téléphone " Geooooorrgggsssshhhhje sors avec tête de bite ! "

Un silence s'immisce entre les deux. Mais est très vite brisée par la voix résignée de Lyah.

- Je .. ! Tu ,.. ! C'était pour que tu vois de qui je parlais !
- Tête de bite quoi.
- Tu peux arrêter de dire ça? Ne sois pas vulgaire.
- Je ne suis pas vulgaire, c'est son prénom. Tête-de-bi ...
- Je monte.

Le bruit des talons s'éloigne, et d'autres s'empressent de les suivre. Les voix s'éloignent avec eux.

- Maiiiiis. On a pas fini de parler !
- Si, on a fini!
- Pourquoi tu sors avec tête-de ..

Une porte claque. Quentin et moi retenons la respiration quelques instants pour être sûrs qu'ils sont bien partis. Aucune voix en particulier ne nous parvient depuis l'étage, seule la musique qui a reprit sa fureur au dessus de nos têtes. Quentin laisse enfin son fou rire éclater et s'éloigne de moi. Je reste immobile le regardant s'écrouler de rire à quelques mètres de moi. Qu'est-ce qu'il y a de si drôle? Je laisse échapper un soupire et regarde autour de moi. On était réfugiés entre deux énormes armoires. Je reviens confuse sur l'attardé qui me sert de meilleur ami et fronce les sourcils, voyant le visage doré de Quentin mort de rire.

- Tête de bite quoi.

Je soupire encore, me disant ô combien l'humour masculin pue du cul. Je sors de la cachette et me plante devant Quentin, croisant les bras sur ma poitrine. S'il croit que j'ai oublié son ...

- Bon, vas y, sors ton discours.
- Déjà arrête de rire ! Tu m'énerves.

Il essaye alors de se tenir droit, réprime son sourire et met ses mains dans les poches de son pantalon. Ses cheveux dorés et ébouriffés lui donnent cet air enfantin, de gamin qui vient de faire une bêtise. Ses yeux me fixent rieurs et ça a le don de me faire oublier toute la colère qui me rongeait il y a quelques minutes. Pour une raison inconnue à mes yeux, mon coeur se met à battre brusquement alors que je cherche mes mots. Jamais je n'aurais cru affronter une telle situation avec lui. Je suis confuse, embarrassée et excitée au même temps.

- Tins, je suis sérieuse. Je ... Tu n'aurais pas dû.
- Arrête de tout prendre au premier degré! Tu m'as bien corrompu quand j'étais pur et innocent, n'est-ce pas? Il me fallait ma revanche.
- Mais on n'est plus des ...
- Je ne vois pas pourquoi tu donnes autant d'importance à ce petit bisou du rien du tout.

Mes joues me brûlent alors que ses mots ont l'effet de claques invisibles, encore, me déstabilisant une nouvelle fois. Mon poids devient trop lourd pour mes jambes dénudées, et mes talons me semblent incroyablement hauts soudainement.

- Un ... bisou de rien du tout?
- Oui ! Arrête, tu vas pas te prendre la tête pour ça?
- Ca ne signifie rien?, demandé-je avec une certaine difficulté, essayant de viser le sol qui commence à devenir flou. J'ai du mal à le suivre.
- Rien. T'es sûre que ça va?
- Je ... Mes talons ont grandi je crois ...
- Hein ?

A ce moment là, mon corps se balance vers un côté mais le bras de Quentin me rattrape rapidement. Je me redresse, lève lentement le regard vers lui et le fixe, embrouillée. Ne comprenant pas pourquoi je perds mes moyens. Ne comprenant pas pourquoi je n'arrive pas à gérer cette situation. Pourquoi je n'arrive pas à lui foutre une claque comme il le mérite. Pourquoi ma tête commence à tourner. Pourquoi j'ai envie de m'éloigner de lui et partir en courant. Pourquoi ce bleu océan me fait mal à cet instant même. Je fronce les sourcils, abasourdie dans mes pensées et commence à partir. Il me retient par le bras.

- Lei? Tu m'en veux? Qu'est-ce qu'il y a ? Excuse-moi. Je ne savais pas que ça te mettrait dans cet état. C'était pour rigoler, parce que c'était marrant.
- Ce n'est PAS marrant, Quentin.
- Excuse-moi. Je ne savais pas que tu le prendrais mal.

Il me regarde avec cet air sérieux si rare chez lui. Je hoche lentement la tête.

- C'est bon. Je ne t'en veux pas. C'est juste que je me sens un peu embrumée là. Ca doit être la chaleur, ici. Je suffoque. Et puis je te jure, mes talons ont poussé.

Il sourit, soulagé.

- Ils ont une vie propre! Par contre dis leur d'arrêter de pousser, tu risques de plus passer par la porte et rester enfermée ici à vie avec la barbie géante!
- Les mecs, vous avez un humour de OUF ce soir.

Je m'apprête à partir une nouvelle fois, encore étourdie, mais sa main me retient une nouvelle fois.

- Oublié?

Je papillonne des cils, le scrutant minutieusement. Je ne sais pas pourquoi j'ai autant de mal à maintenir son regard souriant, à lui sourire à mon tour, à respirer normalement. Mon coeur ne cesse de se battre contre la cage thoracique et cela me fait mal. Trop mal. J'ai envie d'aller boire pour vraiment oublier. Oui, cela me semble être un bon plan.

- Oublié, tête de bite.
- QUUUUUUUUOIIIIIIIIIIIIIIIIII ?

*

_____POV Tom


Les lumières colorées des stroboscopes et la musique stridente remplissent le grand salon à nouveau. L'obscurité et la panique imprégnées dans les voix n'auront pas fait long feu. Je finis d'une rapide gorgée ma coupe de champagne et cherche mon frère des yeux. Sans succès. Je cherche alors la séduisante robe blanche à la longue chevelure châtain me disant qu'il ne sera sûrement pas loin d'elle. Je la distingue sans difficulté au fond, debout, à côté de la petite table basse de marbre où règnent des coupes de champagne encore pleines, en train de parler gaiement avec son frère. Dans un autre groupe pas loin se trouvent Gustav et Andréas. Et, dans le groupe conséquent, enfin Bill et Sascha, en train de discuter tranquillement. J'accélère le pas vers eux, ignorant les corps dansants qui heurtent mon passage. Alors que je ne suis plus qu'à quelques mètres de mon jumeau, une main tire mon t-shirt avec insistance. Je me retourne interloqué et reconnais la bouille fulgurante d'Emma.

- Toooooooooommmmmmmm, viens danser!
- Heeeu, je crois pas; réponds-je réprimant un sourire.
- Alleeeeeez Toooooooooooooom, danse avec moi.
- T'es déjà bourrée toi ma petite Emms.
- Nooon. Faut juste que je me change les idées. Bonne année, au fait; crie-t-elle souriante.

Je souris et regarde dans la direction de mon double, le gardant sous les yeux pour ne pas avoir à le rechercher de nouveau dans dix minutes.

- Bonne année Emms.

Elle affiche un sourire radiant puis se glisse dans mes bras. Je la serre contre moi quelques instants, embrassant ses cheveux dorés. Elle lève la tête vers moi:

- Faut qu'on parle Tom.
- Maintenant? J'aimerais bien aller souhaiter Bonne année à BillyKa. Lui expliqué-je le désignant de la tête. Elle suit mon geste des yeux et tombe sur lui.
- Très bien. Je t'attends. Souhaite lui Bonne année de ma part aussi ...
- Heeeu. Je verrai ce que je peux faire; réponds je faisant une grimace.
- Rejoins moi sur la piste. Et si tu m'oublies je te fais ta fête TommiKa.

Je lui rends son sourire puis me détache d'elle afin de rejoindre mon jumeau. Je relève légèrement mon pantalon pour le remettre en place et commence à marcher en direction de Bill et Sascha, toujours submergés dans la conversation. Les yeux de mon double se détachent instinctivement de la blonde qu'il a en face et rencontrent les miens alors que je ne suis plus qu'à quelques mètres. On se sourit mutuellement, heureux à cet instant même. Je ne saurai pas mettre une raison concrète dessus, mais je sais qu'il ressent la même chose là, maintenant. Sascha se retourne vers moi pour suivre son regard. Elle me sourit timidement et je lui fais un clin d'oeil. Lorsqu'on est enfin au même niveau, je le prends dans mes bras, ce qu'il ne tarde pas à faire à son tour. Je vois Sascha du coin de l'oeil s'écarter légèrement pour nous laisser parler.

- Bonne année petit frère !!
- Bonne année, connard.
- J'aurais préféré " Bonne année grand frère "
- T'es impossible.
- Maman a appelé.
- Je sais. Leila m'a dit. Je vais sortir au calme et essayer de l'appeler, tu viens?
- Je te rejoins. Je dois parler vite fait avec Emma.

Il arque son sourcil m'interrogeant du regard, soudainement blasé au son du prénom de la blonde.

- On se rejoint tout à l'heure, d'accord?; lui dis-je commençant à m'éloigner. Je le vois tordre les lèvre, réprobateur.
- C'est ça.

Je le désigne du doigt, geste signifiant " T'inquiète pas, je te rejoins ". Il m'imite de façon dérisoire, ce qui accentue son air désapprobateur et soûlé; puis s'éclipse pour faire son appel. Je tourne mes talons et me dirige vers la piste, cherchant la bouille aguicheuse de la blondinnette. Alors que je cherche Emms, je discerne cette chevelure rousse immanquable s'évaporer parmi la foule. Elle est suivie de très près de Quentin et ils se dirigent vers le bar. Je la suis des yeux quelques instants, remémorant la scène dans la chambre, tout à l'heure. Je revois ces yeux fascinants parcourir mon visage exaltés. Infatigables. Eternellement assoiffés. Perpétuellement curieux.

- Tooooooooooom, tu danses maintenant?; m'interpelle une voix derrière moi.

Je lâche la silhouette de Leila du regard puis me retourne vers Emma, sourire en coin.

- Non, je ne danse pas.
- T'as pas assez bu encore, c'est ça? Moooooooonsieur, ici, une coupe s'il vous plaît ! Moooooooonsi ...

Je lui attrape la main puis tire d'elle pour qu'elle me suive. Alors que j'essaye de me forger un chemin à travers la foule dansante, je ne peux éviter de diriger un regard vers elle. Elle est accoudée au bar, sa tête reposant sur ses mains. Elle parle assidûment avec le barman. Je ris, essayant d'imaginer ce qu'elle peut bien raconter. Sa vie sûrement, comme s'ils étaient potes depuis une éternité. Quentin lui met une main sur la bouche puis commande tranquillement. Elle se débat quelques instants le menaçant du doigt, puis elle éclate de rire.

- Tooooooom, tu regardes qui comme ça? Avance plus vite!

Je détourne le regard, gêné qu'Emma ait remarqué. Je baisse la tête et presse le pas jusqu'à arriver à l'autre bout du salon, un coin propice aux conversations sans avoir à crier pour se faire entendre. Des longs canapés en cuir blanc sont disposés tout au long formant un carré au milieu. La musique est quelque peu atténuée, mais les murs vibrent encore à son rythme. Des petits groupes sont dispersés, assis nonchalamment sur les canapés, des coupes à la main. Je guide Emma vers l'un d'entre eux puis lui fais signe de s'installer. Elle s'exécute sans protester puis balaye le salon du regard, perdue dans ses pensées.

- Putain. Elle est encore avec lui. Elle m'énerve, elle m'énerve!
- Qui ça?; demandé-je allumant une clope.

Je suis son regard distrait et tombe sur la même scène que je regardais il y a quelques secondes. Leila et Quentin au bar. Je ris encore lorsque je la vois retaper la discute' au barman.

- Qu'est-ce qui te fait rire? Sérieux, elle le colle au cul, ça me gave.
- C'est peut-être lui qui la colle, qu'est-ce que tu en sais.
- Mais trop pas. Elle a pas compris que c'est MON mec?
- Jalouse Emms?, la taquiné-je.
- Non. Mais elle m'énerve quand même; répond elle boudeuse.
- Ils sont très proches et... Tu avais pas quelque chose à me dire?, lui demandé-je détachant mes yeux du couple assis au bar.
- Oh oui ... Tom; commence-t-elle clouant ses yeux sur moi. Je ne vais pas y aller par quatre chemins. Je te trouve distant avec moi dernièrement. Oui, je sais bien qu'il s'est passé pas mal de choses entre ton jumeau et moi, mais je ... Je ne veux pas que tu rentres là dedans toi aussi. Dans toute cette embrouille. Ce qu'il s'est passé entre lui et moi, ça ne doit pas nuire à notre relation et ...
- Dernièrement, j'ai été occupé à remonter le moral de Bill. Et, je ne vais pas le nier, il est vrai que j'ai essayé d'éviter tout contact avec toi pour qu'il n'y ait pas de problèmes. Cette embrouille avec toi et le fait qu' Andy ne lui parle plus trop en ce moment lui fait vraiment beaucoup de mal. Alors j'essaye d'être là pour lui. Cela dit, je n'ai pas envie de refaire la même erreur avec toi.
- De quoi tu parles?
- De Sascha. Quand Bill s'est disputé avec elle, j'ai coupé tout contact avec elle aussi. Et elle ne méritait pas ça. Maintenant, tu t'es prise la tête avec Bill, et moi, j'ai eu le même réflexe: je me suis éloigné de toi. Mais je n'ai pas envie de suivre toujours Bill pour essayer de le protéger. Ne confonds pas mes propos Emma. Non, je ne cautionne pas ce que tu as fait à Bill et à Sascha, je n'ai pas fini! ; la reprends je alors qu'elle entrouvrait les lèvres pour protester. Mais c'est vos histoires. J'espère juste que tu sauras réparer tes erreurs. Moi je vais continuer à soutenir Bill du mieux que je peux sans pour autant arrêter de te parler. Je tiens à toi, tu sais. T'es comme ma petite soeur. Je ne comprends vraiment pas pourquoi tu les a éloignés, quelles étaient tes intentions de départ mais ...
- Tom, comprends-moi. Ils se faisaient tellement du mal. T'es bien placé pour le savoir. Rappelle toi. Rappelle-toi à chaque fois que Bill ...
- Oui, merci, je me rappelle très bien. Mais c'était à eux de gérer leur merde! A trop vouloir bien faire, t'as perdu la confiance de Bill et son amitié. Sans oublier que Bill ne parle plus à Gustav non plus à cause de tout ça.

Elle baisse les yeux, attristée. Puis elle prend ma main pour trouver un quelconque soutien.

- Je sais tout ça Tom. Si tu savais comme je m'en veux. Comme je regrette. Mais je ne peux pas remonter le temps, tu vois.
- Et puis, tu n'as jamais rien dit. Je ne comprends pas ...
- Je ne voulais pas rouvrir la plaie Tom. Je ne trouvais pas cela nécessaire.
- Mais tu ne t'es jamais sentie coupable? Je sais pas moi. Tu savais comme il était effondré après leur "rupture" et ...
- Je me disais que c'était un mal pour un bien ... Ecoute Tom. J'ai fait une erreur. Je le sais d'accord? Et j'en paye les conséquences aujourd'hui. Mais je ne veux pas te perdre, toi aussi. Vraiment ...

Je lui souris pour la rassurer, et serre ma main sur la sienne.

- Tu ne me perdras pas Emm. Je ne referai pas la même erreur que j'ai commise avec Sascha. Bill c'est Bill et moi c'est moi. Je le soutiens plus que tout, et tu sais bien que si j'étais obligé de choisir mon camp, je serais de son côté. Mais Bill ne m'a jamais rien infligé. J'ai suivi ses choix pour le protéger, alors qu'en fait je peux le faire autrement.
- Je le sais, Tom.
- Mais là, j'ai envie que les choses reviennent comme avant. Vraiment ... J'espère que Bill saura te pardonner ... A toi et Gustav.
- J'espère aussi. J'attends encore un peu avant d'essayer de m'expliquer avec lui. Je sais que c'est trop récent pour essayer de le faire entrer en raison. Je sais comme il est et qu'il ne m'écoutera pas.
- Ouais. Faudra que tu t'armes de patience parce qu'avec lui il en faut des ton...

Je sens mon portable vibrer dans la poche de mon pantalon ce qui a pour effet de laisser ma phrase en suspense. Je le cherche distraitement me disant que c'est sûrement Bill qui me rappelle d'aller le rejoindre pour le coup de fil. Je sors le portable qui vient de vibrer et me rends compte que ce n'est pas le mien. J'avais oublié que je l'avais embarqué avec moi.

- Je sais. Le pire c'est qu'il est capable de me faire la gueule longtemps. On n'a pas eu l'occasion d'en parler depuis ce soir là. Enfin, il ne m'a pas laissé l'approcher alors ... Tom? C'est quoi ce portable? Tu l'as changé?

Je fais non de la tête et souris malicieusement, perdu dans mes pensées. C'est le portable de Leila que j'ai récupéré tout à l'heure, lorsqu'on était dans la chambre. Après quelques essais pour le déverrouiller, j'y arrive enfin. Un nouveau message Niko:

« Bonne année, quand même »

Je lève la vue, cherchant sa tignasse au bar. Elle n'y est plus. Je tape rapidement une réponse:

« Bonne année trou du cul »

Envoyé.

Je souris imaginant la tête de Leila lorsque Nikola l'appellera pour lui demander des explications. Les yeux interrogateurs d'Emma me rappellent qu'elle est toujours là, plantée devant moi. Je lui adresse le sourire.

- Désolé. Non ce n'est pas mon portable. Emma, je suis désolé, je dois rejoindre Bill pour appeler ma mère. On se revoit tout à l'heure, d'accord? Et ne t'inquiète pas, ça va s'arranger avec mon frère. Je te le promets.

Je plaque rapidement un baiser sur son front puis part à la recherche de mon double, un sourire collé aux lèvres, fier de ma nouvelle attaque 2009.

*

_____POV Leila


Même si sais que c'est le moment d'arrêter de boire, je me dis qu'une dernière petite coupe de champagne ne me fera pas de mal. Je quitte la piste de danse échauffée et me dirige au bar, histoire de faire un petit coucou à mon nouvel ami Franz. J'y arrive sans trop de problème, mis à part quelques pieds écrasés par-ci, par là.

- Fraaaaaaanz, je suis de retour!
- Oh ma belle Leila, laisse-moi deviner. Une coupe de Champagne!
- Carrément! Il fait vraiment très chaud dans cette maison!
- Surtout que tu n'arrêtes pas de danser alors forcément, on se déshydrate vite la belle!
- Tiens, tiens. T'as décidé de lâcher mon mec?

Je me retourne vers la voix soyeuse qui vient d'arriver à mes côtés. Je ne suis pas surprise de tomber sur personne d'autre que l'insupportable Emma. Youhou. Je la dévisage un instant, le temps de comprendre sa phrase.

- Pardon?
- Fais pas la conne. Hey, le mec là, une coupe s'il te plaît.
- Le mec là s'appelle Franz.
- On s'en fout.
- Bon allez la garce, je te souhaite pas bonne année, ça serait mentir! A plus.

Alors que je fais demi tour et m'apprête à rejoindre la piste de danse une nouvelle fois, sa main retient mon bras.

- Pas si vite. Je tiens à te prévenir. Evite de coller mon petit ami ; me dit-elle, insistant sur le dernier mot.
- Ecoute moi bien petite garce, ton PETIT-AMI comme tu l'appelles n'en a rien à foutre de toi. Et avant d'être ton petit-ami c'est mon meilleur ami, que ça te plaise ou non. C'est clair , espèce de traînée?

Elle éclate de rire à gorge déployée ce qui a le don de me déstabiliser. Je la regarde confuse alors que je récupère distraitement la coupe que Franz me tend.

- Excuse-moi, mais tu as bien dit ... traînée? ; elle rigole une nouvelle fois comme si je venais de lui raconter la blague de l'année. Puis, doucement, son rire s'éteint et ses yeux me fixent. C'est toi qui me traite de ça? Toi qui a accepté d'être le torchon de Tom Kaulitz? Et dès le premier soir ! Y'a du niveau si je puis dire ...

Mes lèvres s'entrouvrent pour protester, pour la contredire, l'insulter, n'importe mais rien ne sort. Je referme les lèvres aussitôt et la fusille du regard, me disant à quel point j'aimerais l'étrangler sur place jusqu'à ce que ses yeux de poisson lui sortent par les trous, et qu'elle meure asphyxiée avec sa langue de vipère. Ses mots me font mal, cette vérité m'atteint malgré moi, mais je me reprends rapidement.

- Au moins, lui, il veut de moi. Ca doit être triste n'est-ce pas, être ignorée par le mec qu'on aime? Parce que même pour baiser, il veut pas de toi! Toi aussi, y'a du niveau ...

Son expression du visage reste imperturbable, si ce n'est que ses yeux clairs me fulminent et lancent des éclairs. Pourtant, je sais à quel point je viens de lui faire mal. A quel point j'ai enfoncé le couteau dans la plaie.

- Laisse-moi te dire que je préfère ça à être réduite à piteux rituel de nouvel an. Tu crois quoi? Qu'il t'a fait monter en haut parce que tu es spéciale pour lui? Parce qu'il tient à toi? Parce que cela veut dire quelque chose? Redescends sur Terre pauvre fille. Chaque année, tous les soirs du nouvel an, il en baise une. Cette année, ça a été toi. L'année prochaine, il se rappellera même plus de ton prénom connasse.

Je ne sais pas si c'est ses mots qui me font perdre le contrôle, ses insultes, ou le fait d'apprendre que c'était ... un rituel pour lui. Mais le résultat est le même. Le liquide de ma coupe atterrit sur sa gueule de poupée gonflable accompagné de ma main qui violente ça joue.

- Et bein tu sais quoi espèce de grosse merde, ton PETIT-AMI m'a embrassé ce soir. Non seulement t'es une pauvre connasse rejetée par l'amour de sa vie, mais en plus cocue par son bouche trou. Alors là, faut vraiment le faire!

Mon corps entier tremble encore sous l'effet de la colère; les doigts de ma main sont encore dessinés sur sa joue pâle. Pour la première fois, je vois son visage se décomposer, et son masque imperturbable se briser. Sans que j'aie le temps d'assimiler, elle se jette sur moi dans un élan tellement féroce qu'on tombe toutes les deux en arrière. L'atterrissage au sol me fait affreusement mal, d'autant plus que je ne l'ai pas vu venir. C'est surtout une douleur aigu à la cheville qui attire mon attention; j'ai dû me la tordre en tombant. Mais très vite mon attention se focalise sur la vipère qui est en train de m'arracher les cheveux. Je pousse des cris de douleur mais je m'accroche à elle pour la démolir et ne pas me laisser faire. Je commence à tirer et arracher tout ce qui me tombe sous la main, à déchirer sa robe de toutes mes forces et à frapper ses bras pour la neutraliser. Ses ongles de pouffiasse me griffent l'avant bras et des petites brûlures se font sentir. Une saveur salée s'immisce entre mes lèvres et je lève le doigt pour savoir de quoi il s'agit. Elle profite de ce moment là pour me rendre la claque. Ni une ni deux, complètement hors de moi et pour me libérer de son poids, je la frappe en plein visage avec un coup de tête. Ce qui la fait basculer sur le côté et qui me laisse par terre, anéantie. J'entends des gens qui retiennent Emma de se rejeter sur moi, des voix qui s'éteignent autour. Je n'entends que mon sang palpiter violemment dans ma tête, ne sens que mes joues brûler ainsi que mes avant bras. Un liquide chaud parcourt mes lèvres. J'entrouvre les yeux, mais tout est flou. J'ai terriblement mal à la tête, je sens qu'elle va exploser d'un moment à l'autre. Puis des bras essayent de me relever mais je ne tiens pas débout, ma cheville me fait mal. On me porte. Je ferme les yeux pour apaiser la douleur. Pour ne pas y penser. J'avale le liquide chaud qui ne cesse d'augmenter. Des voix, à nouveau.

- Mais qu'est-ce qu'il s'est passé?, demande affolée une voix
- Je sais pas. Je viens d'arriver.
- Elles se sont sautées dessus, elles sont devenues folles.
- Elles se sont fait mal?
- Un peu, des petites griffures, rien de grave.
- Bordel, que se passe-t-il ici? Georg amène cette fille dans ma chambre et toi Alex, amène Emma dans une chambre à l'étage s'il te plaît. Restez avec elles jusqu'à ce que j'arrive avec la boîte pharmacie.

Georg acquiesce d'un mouvement de tête et se met en route. Les voix curieuses s'éloignent et j'entends vaguement la musique qui enrage toujours une foule constante. Je garde les yeux fermés, essayant de ne pas penser à la douleur qui se fait de plus en plus sentir. Je serre les dents, revoyant cette sale blonde se jeter sur moi. Revivant la surprise du moment, la panique, la chute. La peur.

- Ma petite Leila, tu nous un fait un remake de Rocky là; susurre-t-il.

Je souris malgré moi et une douleur aigu se fait sentir au niveau des lèvres.
Il pousse une porte avec son pied puis on pénètre dans une chambre obscure. Après quelques instants, il me dépose enfin dans un lit. Il allume la lampe de chevet et se tourne vers moi pour constater les dégats.

- Putain. Mais vous êtes des malades ... Tu as mal?

J'entrouvre doucement les yeux. Le flou s'est dissipé et je distingue parfaitement son visage. Je souris lentement.

- Non, j'ai juste mal au crâne.
- Tu m'étonnes! Avec le coup de boule que tu lui as donné, ça a dû t'anéantir direct.
- Je n'y ai pas réfléchi. C'est venu tout seul. Je voulais juste la dégager ...
- Je vois ça. Tu saignes de la lèvre ...
- Et je me suis tordu le pied en tombant. Tu sais, tomber de quinze centimètres de talons, c'est digne d'un cascadeur !

Il rit puis passe son pouce sur mes joues.

- Espèce de tarée va, puis ses yeux se baladent sur mes bras. Et regarde, t'es toute griffée.
- J'espère juste qu'elle est dans le même état que moi la pouffiasse.
- Que s'est-t-il passé pour que vous en arriviez là?

Je balaie sa question d'un geste de la main, que je regrette aussitôt sentant la brûlure. La porte se reouvre sur Lyah, qui nous regarde inquiète et s'approche à toute allure au lit.

- Leila, tu vas bien? Mon dieu, les filles, vous m'avez fait vraiment flipper.
- Je suis désolée; m'excusé-je embarrassée. Première fois que l'on se voit et je me tape déjà l'affiche chez toi.

Elle me sourit tendrement puis fait signe de la tête à Georg de nous laisser toutes seules. Georg hoche doucement la tête, me fait un clin d'oeil et s'éclipse. Lyah s'assoit à mes côtés, pose sa boîte pharmacie sur ses jambes et l'ouvre avec délicatesse. Je la regarde faire, toujours aussi fascinée par ses gestes aussi précis, harmonieux et gracieux. Alors qu'elle cherche de quoi soigner mes quelques blessures, la porte s'ouvre en trombe, faisant un bruit strident. Lyah et moi tournons la tête vers la personne qui vient de rentrer aussi brutalement.

- Tom, doucement. Referme la porte s'il te plaît, il y a trop de bruit en bas.
- C'est-quoi-ce-délire?; articule-t-il s'approchant de nous.

Je le fixe haineuse, les mots d'Emma défilant dans ma tête à toute vitesse. Le mot "Rituel" déchirant mes tempes. Ses yeux caramels s'ancrent sur les miens attendant une réponse mais je dévie le regard. Je n'ai pas les forces de l'affronter maintenant. Pas les forces de lui cracher toute ma colère à la gueule. Pas les forces de lui résister. Lyah répond à ma place.

- Rien de grave Tom. Calme-toi.
- Je suis très calme; dit-il, se rapprochant encore plus et restant débout à côté de Lyah.
- Oui, c'est pour ça que tu viens de nous faire une entrée théâtrale. Elles se sont disputés et ça a viré au figth de filles.
- C'est quoi une fight de filles?, demande-t-il.

Je fixe mes talons, au bout du lit, n'ayant pas le courage de le regarder en face. Pourtant je peux très bien imaginer son sourcil arqué, noyé dans toute cette incompréhension.

- C'est ... Elles se sont jetées l'une sur l'autre et puis elles ...
- Tu saignes!; s'écrie Tom.

Je le vois du coin de l'oeil se baisser vers moi et approcher sa main de mon visage. Je tourne la tête vers le sens opposé, refusant qu'il me touche.

- Tom, c'est une petite griffure. Et si tu me laissais la soigner, je pourrais stopper le sang.
- Je le fais.
- Non; répondis-je enfin. Tom, laisse-moi avec Lyah s'il te plaît.

Je fixe la fenêtre, désirant de toutes mes forces que ce sale poulpe quitte la pièce. Tom s'apprête à répondre, à me contrarier sûrement lorsque la porte s'ouvre à nouveau. Nos têtes tournent vers elle une nouvelle fois.

- Nadia!; laissé-je échapper heureuse de la voir.
- Mon dieu, Leila, LEILA ! Celle là tu ne me l'avais jamais faite.

Je souris, ignorant la douleur de la lèvre. Elle s'approche du lit, pousse légèrement Tom et se penche sur moi. Elle m'embrasse rapidement sur le front puis, comme tout le monde, me questionne.

- Que s'est-il passé?
- Rien, histoires entre filles ... Si ça ne vous dérange pas, j'aimerais rester seule.
- Pas question, je vais soigner cette lèvre et puis ces bras ma guerrière!

Lyah sourit puis confie la boîte pharmacie à Nadia. Elle serre mes mains entre les siennes puis chuchote doucement.

- Si tu as besoin de quoi que ce soit, je serai dans la chambre d'à côté. Je vais m'occuper de l'autre guerrière. Viens Tom, suis moi.
- Pourquoi tu me laisses pas faire?, Insiste Tom ses yeux sondant les miens, fronçant les sourcils.
- Parce que j'ai envie d'être avec Nadia, Tom. Va-t-en.

Il me dévisage quelques instants qui me paraissent une éternité puis il fait demi tour sans rien ajouter. Je laisse échapper un soupir de soulagement lorsque la porte se renferme enfin derrière eux. Puis je tombe sur le regard inquisiteur de Nad.

- Tu te fights avec Emma. Tu finis cloîtrée dans un lit en sang. Tom vient te soigner et tu le vires. On a changé de dimension en bonus d'année 2009 or what ?

Je ris encore une fois, puis me redresse sur le lit, de façon à être assise face à elle. Je la vois imbiber un liquide suspect dans un petit morceau de coton songeuse. Pendant ce temps je revois l'allure affolée de Tom lorsqu'il est rentré dans la chambre, comme si ... Non. C'est ridicule. Poupée gonflable a raison sur ce point là. Cette garce le connaît bien, et si elle m'a dit ça, peu importe ses intentions, c'est que c'est vrai. Certes je n'étais pas obligée de le savoir, même si au fond de moi je le savais depuis le début. Il m'a désigné le rôle de torchon et je l'ai accepté. Sans protester. Enfin, c'est ce que je croyais. Etre face à l'évidence est un peu pus difficile que prévu. Mais merde, les conditions, le contexte n'est plus le même. On était censés ne plus se revoir. On ne joue plus la même bataille. Il n'avait pas le droit de me faire ça. J'aurais dû me méfier, à minuit moins le quart, lorsqu'il m'a fixé de cette façon à l'autre bout de la table alors qu'il n'avait daigné de m'adresser ne serait-ce qu'un infime regard depuis mon arrivée. J'aurais dû m'en douter. Il ne m'a même pas salué et a réussi avec juste un regard. Un long regard. Pour faire la maligne, je l'ai soutenu. Loin, loin de tout ce monde qui nous entourait, on se regardait. On se mentait une nouvelle fois. Puis son sms. Ca m'a rappelé la soirée en boîte lorsqu'il m'a passé son portable et m'a proposé d'aller à l'hôtel avec lui. Ce soir j'ai ressenti la même euphorie du moment. La même adrénaline envahir mes veines. Intoxiquer mon corps et corrompre mon âme. J'ai senti cette chaleur affluer jusqu'à mon dernier organe. J'ai levé la vue vers lui, il me fixait toujours. Avec ce regard caramel tellement à lui. Je te veux. Et encore une fois j'ai agi sans réfléchir. Je me suis jeté à la gueule du loup toute seule. Encore et encore. J'ai accepté mon rôle.

Je vois Nadia soigner ma lèvre avec précaution, mais je ne sens rien. Des longues minutes de silence séparent nos mondes, songeuses. Elle désinfecte rapidement mes bras et je la regarde faire, ne voyant que le visage de Tom à minuit, dans la chambre. Comment peut-il changer à ce point? Comment peut-il m'ignorer d'une seconde à l'autre? Qui aurait dit que son regard envoûtant appartenait au connard qui m'a craché à la gueule ma facilité? Qui croirait qu'il s'agit d'une même personne? L'expression préoccupée de Nadia m'arrache son prénom de la tête et je force un sourire pour la rassurer.

- Hein ça va hein, c'est une petite griffure de rien du tout. Allez fais moi ça vite qu'on descende faire la fiesta !!
- Je me demande comment elle t'a ouvert la lèvre.
- Oh tu sais, on foutait des coups partout. Des vraies guerrières sans pitié ... Ca ne me fait pas mal. Arrête de me regarder comme si j'allais mourir là.
- Oui mais ,

La porte s'ouvre en trombe une nouvelle fois. Cette fois c'est une bouille dorée à la frange so fashion qui fait son apparition.

- Vous vous êtes battues pour moi, rassure-moi!

Nadia et moi éclatons de rire. Tins rentre avec cette démarche propre à lui, "Je suis le beau gosse, je rentre".

- Tu n'as rien la tarée?
- Non le taré.
- Ouuuuuuuh, t'as quoi à la lèvre?

Merde. Dommage qu'il y ait Nadia, je lui aurais bien répondu "Tu m'as embrassé, connard". Mais ce genre d'humour devant l'innocente Nadichou ne le fait pas.

- C'est ta poupée gonflable. Elle m'aime pas trop.
- Toi non plus apparemment. Si tu voyais dans quel état tu l'as laissé.

Heu. Attendez. Attendez. J'a bien entendu là? Il est passé la voir EN PREMIER? Mon expression souriante se fane puis je continue, essayant malgré moi de faire abstraction à ce petit détail.

- Tant mieux. J'espère qu'elle est bien amochée cette garce.
- Elle a un bleu dans l'oeil droit. Tu fous de ces coups de boule à faire enrager les plus célèbres boxeurs, à ce qu'il paraît.
- Très drôle; réponds-je arrachant mon bras des petits soins de Nadia. Allez, on descend la troupe. Fini les gamineries.

Je me redresse et m'apprête à me lever mais la douleur à la cheville me rappelle qu'elle, elle est toujours là, fiesta ou pas fiesta. Putain ... Je me rassois douloureuse.

- Quoi? Qu'est-ce qu'il y a? Tu n'arrives pas à marcher? Lei?; S'enflamme Nadia.
- Mais si. T'inquiète, va. Ton prince charmant doit se demander où tu es ...

Elle se mord la lèvre désapprouvant mon commentaire puis se baisse vers ma cheville. Elle la masse doucement puis commence à la faire tourner en cercle. Je retiens ma respiration. Elle me fait mal, mais si je dis quelque chose, elle appelle l'ambulance ... Donc avale ta douleur, ça va passer avec une petite coupe de Champagne et PLOUF oublié. Une cheville bourrée ça fait pas mal, hein. Dans un élan de courage je me lève d'un bond. Je reste sceptique quelques secondes analysant les dégâts mais après quelques instants débout, la douleur se calme. Elle a kiffé l'idée Champagne celle là. Héhé. Telle cheville, telle meuf moi je dis. Je tente un pas sous les yeux préoccupés du blond et de la brune.

- Mais arrêtez de me regarder comme ça! Je peux même sauter si vous voulez! Vous voulez voir?

DITES NOOOOOOON.

- Non, t'es folle. T'es sûre que ça va hein? Sinon on appelle une ambu ...
- T'as craqué ton string là. Allez, et que ça boive jusqu'à l'aube!
- Heeeu.
- Allez Heu heu.

Je marche doucement vers elle, ignorant la douleur toujours présente mais diminuée. Tin's est à ses côtés. Arrivées à leur niveau, j'embrasse leurs joues respectives puis je passe devant eux, me dirigeant vers la porte:

- Rassure-moi, son oeil est bien bleu, bien amoché?

Nadia et Tin's se regardent faussement blasés partageant la même pensée: C'est un cas perdu celle là.

Et ouais.

*

( __Partie II,
juste en BAS__)

# Posté le samedi 24 octobre 2009 11:04

Modifié le dimanche 25 octobre 2009 06:56