Me lance-t-elle. J'allais la contredire, lui dire que non, que ce n'était pas tous les jours que je demandais à une fille si elle voulait me revoir, mais elle a été plus rapide : elle s'empresse de me faire un bisou sur la joue et part avec Tobi. Je reste cloué au canapé, le regard dans le vide. Je n'y crois pas, elle est vraiment partie. Comment peut-elle être aussi obstinée ? Je lève machinalement une main et la pose sur ma joue, où elle vient de poser ses lèvres. Je revois ces vingt minutes défiler dans ma tête à toute vitesse. Ca faisait longtemps que je ne passais pas vingt minutes -agréables- avec quelqu'un d'autre que le groupe. Je revois sa colère du début, son incompréhension, son indifférence pour ensuite laisser place à sa timidité et à son stress qui la rongeait. Je revois son sourire laissant entrevoir une petite fossette sur sa joue droite. Son regard transparent. C'est incroyable comme elle peut passer d'un extrême à l'autre : d'une timidité sans limites à se transformer en furie et lancer des flammes avec ses jolis yeux gris. Sa franchise. Sa philosophie. Son incrédulité. Et elle croit que...
David rentre brusquement sans frapper la porte -ce qui me fait bondir d'un mètre presque-, me regarde exaspéré et me lance :
- Bill ! Qu'est-ce que tu fais !? Ca fait cinq minutes qu'on t'attend !
- Ah ouais merde, désolé. On y va.
Je me lève tout en essayant de mettre fin à mes réflexions. Je suis David par ces longs couloirs qui me sont si familiers, en direction du van où se trouvent les autres. Elle a sûrement raison, ça m'avancerait à quoi la revoir ? Je ne sais même pas ce qui m'est passé par la tête pour que je sorte ça. Et j'avoue, elle a piétiné cruellement mon amour propre ! Bon c'est passé. C'est fini, je n'y pense plus.
J'entre dans le van et retrouve les autres. Les trois me regardent. Je les sens venir: je ne suis jamais en retard, et je suis le premier à gueuler quand l'un d'eux l'est. Ils vont bien prendre leur pied à sortir tout un tas de conneries. Mon double a l'honneur de lancer la partie.
-C'est pas trop tôt ! Prends ton temps surtout hein, on n'a pas un planning à respecter, pas du tout !
Qu'est-ce que je disais ? Alàlà. Je ne dis rien, il a raison. Je m'installe confortablement, mais les autres s'y mettent aussi.
- Mais les gars, vous devez comprendre, elle devait se faire belle !, lance Gus, très amusé, sachant que je ne répliquerai pas, conscient que je suis fautif.
- C'est bizarre que tu sois en retard pour ta partie préférée : séance photos., rajoute Georg.
Bon, ils sont tous passés, c'est bon ? Je me surprends moi-même à me rendre compte que je ne suis pas de très bonne humeur. Les mots sortent de ma bouche automatiquement :
- Ca va, j'ai compris le message ! Et tu ne peux pas parler toi Monsieur-Je-Ne-Suis-Jamais-A-l-Heure.
- Oh c'est bon ! Qu'est-ce qui t'arrive chou ? T'as tes règles ?, rétorque Georg.
Arg. Je ne gaspillerai pas mon temps à rentrer dans son jeu. Je croise le regard de Tom, un regard inquiet. Hum, je vais avoir des comptes à rendre moi. Je n'ai pas envie. Je ferme les yeux. Mais je les ouvre aussitôt pour chasser l'image qui s'offre à moi : je la revois me dire « T'inquiète, tu verras, demain tu m'auras oubliée ». Je prie pour qu'elle ait raison. Je prie pour que tu aies raison, Nadia.
- Tu es où ?!
- On se retrouve au parking où j'ai laissé ma voiture, d'accord ? Tu sauras y arriver ?
- Ouais, t'inquiète !
Elle raccroche. Bon, sa voix semblait normale. Ce qui veut dire qu'elle ne va pas me tuer pour l'avoir fait subir tout ça comme je croyais ; ce qui veut dire qu'elle ne les a pas mangé crus, sinon elle se sentirait coupable ; ce qui veut dire qu'elle doit avoir plein d'autographes et de photos pour moi ! Ouais bon, faut pas rêver non plus. Mais j'ai peur quand même : avec elle on ne sait jamais. J'accélère le pas, en me faufilant entre les filles qui restent encore dans les lieux. J'ai trop hâte de savoir ce qui s'est passé. Tout.
J'arrive sur place. Elle est déjà là, mais elle ne peut pas me voir depuis où elle est, elle est de dos. Je pourrais la reconnaître à un kilomètre avec ses longs cheveux magnifiques. Je commence à courir presque et je lui saute au cou par derrière.
- MERCIIIIIIII !!! Merci, merci Nadia !! Pour tout !! Alors comment c'était ? Tu leur as parlé ? Ils sont comment en vrai ? T'as pas fais ta sale crotte rassure moi ? T'as été sympa avec eux ? Je veux tout savoir !! Et t'as...
- Ca va pas de me sauter dessus comme ça ?! J'ai failli crever –pour la troisième fois de la journée- de peur !
Je la lâche enfin ; on s'installe dans la voiture et je démarre. Je reprends la conversation :
- Excuse-moi ! C'est juste que je suis tellement excitée, tellement contente... et dégoûtée à la fois, pourquoi toi ? Ce n'est pas juste...
- Je sais. Je suis vraiment désolée Leila, je... je sais combien ça comptait pour toi. Je comprends que tu sois énormément déçue, c'est pour ça que je ne compte pas te taper un caca nerveux pour tout ce que tu viens de me faire vivre comme je comptais faire. Trop d'émotions dans une heure. Tu m'as achevée.
Elle sourit. Quand je vous disais qu'elle était adorable...
- Alors, tu me racontes ?
- T'aurais pu me prévenir banane qu'ils allaient choisir des filles pour leur poser des questions. J'avais l'air tellement conne devant le chanteur.
- Mon dieu. Oui je suis désolée, l'idée que l'une des filles puisse être toi ne m'a même pas effleuré l'esprit. Alors ? Allllleeer & je veux tous les détails !
- Bah on est rentrés dans une salle toute petite. J'étais seulement avec Bill. Et... au début, j'étais trop énervée et je...
- Et tu as fait ta sale crotte, j'en étais sûre !
- Oui, un petit peu, mais je me suis rattrapée après, je t'assure ! Mais mets-toi à ma place, je ne comprenais rien. Je lui ai demandé pourquoi ils m'avaient kidnappée comme ça et...
- Tu n'as pas fait ça !
- Si. Et, hum, après il m'a demandé pourquoi je l'avais regardé bizarrement lorsqu'ils passaient tu sais ? Et donc un débat a eu lieu sur ce regard échangé quand..
- Oui je sais de quoi tu parles, je vous ai vu ! J'ai halluciné.. Je.. Non, continue !
- Ensuite... Bon je ne me rappelle pas exactement, je lui ai expliqué que je ne le connaissais pas et que j'étais venue t'accompagner. Je devais poser ces fameuses questions et je ne savais pas quoi dire. Donc j'ai posé deux trois questions débiles et voilà, le tour était joué ! C'est tout.
- Quoi ? C'est tout !?
- Ouais
- C'était quoi les questions ?
- Comment il s'appelait... Et je peux te dire, il s'appelle Bill !
Elle me dit ça toute fière d'elle, malgré l'absurdité de la situation, je ne peux pas m'empêcher de rire. Elle reprend :
- Quand est-ce qu'ils vont sortir leur prochain album et qu'est-ce qui l'inspirait pour écrire ses chansons. Et voilà, j'étais à court d'idées !
- Je vois ça, c'est trop nul, c'est des questions dont on connaît les réponses nous, les fans !
- Bah excuse moi de ne pas en être une !
- Non, t'es pardonnée. Mais c'est tout ? Il n'y a plus rien?, me demande-t-elle légèrement déçue.
- A peu près ouais. Euh, il m'a demandé de le revoir mais je...
Je manque d'écraser une petite vieille qui traversait paisiblement la rue à ce moment-là. Elle me dit ça comme si elle me disait « Tiens, on se fait des saucisses ? » Je me retourne donc vers elle, pour être sûre d'avoir bien entendu :
- Pardon ?!
- Tu as très bien compris, et fais attention s'il te plaît, t'as failli tuer une pauvre viei...
- J'ai vu ! C'était vert ! C'est elle qui ne tient pas à sa vie ! Nadia !!! T'as dit quoi !?
Elle écarquille les yeux comme si la réponse était évidente. J'attends. Je retiens ma respiration.
- J'ai dit non évidemment !
Elle va vraiment me tuer un jour.
- Mon dieu Nadia. Tu es vraiment un cas perdu. Tu m'expliques ? Dis-moi pourquoi t'as refusé, et je veux la vérité !
- Bah je ne sais pas ! Je ne le connais pas, ce n'est pas mon pote ! Et ça me servirait à quoi le revoir ? Je veux dire, ça ne m'avancerait à rien, ça ne m'apporterait rien. Ca ne serait qu'une perte de temps, voilà... Ca te va comme réponse ?
- Non. Ce n'est pas humainement possible refuser quelque chose comme ça. Même si tu n'es pas fan. Il est beau, super connu, il...
- Je n'aimais pas comment je me sentais avec lui. Je me sentais impuissante, je ne contrôlais pas la situation et voilà, c'était une sensation désagréable. Même si j'avoue qu'il est très sympa et très... attirant. Mais le genre de vie qu'il mène me fait peur.
- Je ne te suis pas dans ton raisonnement. Qu'est-ce que...
- Sujet clos. Je ne veux pas, c'est tout. Ca devrait suffire comme raison, non ? Bah voilà.
Je ne dis plus rien. Ca m'échappe complètement. Je n'arrive pas à la comprendre. Je pense qu'il y a des choses qu'elle ne me dit pas. Mais bon, je m'estime déjà heureuse qu'elle soit venue avec moi. Je lui lance un regard rapide : elle lit quelque chose sur son portable.
- J'ai un appel en absence de Quentin. Il m'a laissé un message vocal, il veut qu'on passe chez lui pour lui raconter nos péripéties.
Je fais un signe de tête affirmatif et prends la suivante à gauche. Imaginer la tête qu'il fera quand on lui racontera ce qu'on vient de vivre me fait rire. Apparemment Nadia a pensé la même chose parce qu'elle en rit aussi. Hum, après tous ces événements forts en émotions, on pourra se détendre à écouter les conneries de notre cher Quentin.
- Non je ne m'appelle pas Nadia . Et le personnage principal c'est pas moi. Je ne me permettrais pas d'écrire dans ma fiction que Bill tombe sous MON charme [ça arrive seulement dans mes fantasmes ça]...
- POV= Point Of View (Je me la joue anglaise quoi ^^)