peut-être même pour que nous le devenions,
il fαut qu'αrrive le jour de lα sépαrαtion. »
Proust
- Ca t'éclate de faire la salope comme ça devant tout le monde?
Oops. J'y suis allé un peu fort peut-être. Mais je suis vraiment hors de moi. Ma phrase semble aussi la mettre hors d'elle, parce qu'elle ouvre grand les yeux incrédule et me met une claque de toutes ses forces.
- Non mais ça va pas de me parler comme ça ? Tu te prends pour qui ?, réplique-t-elle, manifestant dans sa voix sa colère.
Cool. On est deux à être énervés. Je pose ma main où elle vient de frapper. La peau me brûle à cause de l'intense férocité dont elle a fait preuve.
- Je suis ton ex, ton ami aussi. Je pense que je peux me permettre de faire ce genre de remarques, répondis-je, toujours énervé.
- Et bah non, tu as tout faux. Tu es mon ex, certes, mais ça ne te donne pas le droit de me parler comme ça. On ne peut pas vraiment dire que tu es mon ami puisque tu m'ignores depuis que tu es arrivé. Si pour toi c'est ça être amis, on n'a pas la même conception de l'amitié !
Elle a toujours une réponse à tout, je ne sais pas comme elle fait. Elle a remarqué que je l'évitais ? Ca montre que je ne la laisse pas si indifférente que ça, comme elle l'a prétendu durant la soirée.
- Si je dis ça c'est pour toi. C'est ça l'image que tu veux donner ?, demandai-je.
Je ne sais pas quoi dire. Et le pire c'est qu'elle sait que je me voile la face.
- Je dansais Niko ! Je ne vois pas où est le mal ! Mais t'inquiète, je te connais. Je sais que ce n'est pas l'image que je puisse dégager qui te préoccupe. Je dirais plutôt que tu es jaloux, mais tu ne l'avoueras jamais, trop arrogant pour ça...
J'allais riposter à sa dernière intervention lorsque un blond sort et se pose tranquillement contre le mûr. Il regarde Leila puis moi et lance :
- C'est toujours l'amour fou entre vous dites donc !
Leila et moi réagissons de la même façon car on le pointe du doigt et rajoutons:
- Toi ta gueule!
Quentin, au lieu de partir, comme toute personne normalement constituée l'aurait fait dans une situation d'orage comme celle-ci, sourit et réplique:
- Ouh qu'est-ce que vous êtes susceptibles ce soir... Faites l'amour, pas la guerre voyons!
Je lève les yeux au ciel. Il s'en fout que la situation se retourne contre lui ou quoi?
- Quentin, mon amour, ce n'est pas le moment de nous faire part de ton incroyable humour, rétorque Leila, agacée.
- Hum, okay je vous laisse les tourtereaux ... mais je vous préviens d'une chose. Vous avez intérêt à arrêter de vous engueuler la plupart du temps parce que cet été on part tous ensemble, que vous vous aimiez ou que vous vous détestiez.
Qu'est-ce qu'il parle de l'été lui, c'est dans huit mois à peu près! Il nous lance un dernier sourire et s'éclipse. Mes yeux reviennent donc sur Leila. Le regard plein de haine qu'elle m'adresse me rappelle où en étions-nous. J'ouvre la bouche pour lui dire que non, je ne suis pas jaloux mais elle est plus rapide:
- Pourquoi tu m'as ignorée comme ça?
Sa colère s'estompe à mesure que la phrase sort de sa bouche, pour la finir dans le ton le plus triste qu'elle puisse émettre. Dans ses yeux je ne décèle plus cette joie de vivre qui les caractérisent. Oh non Leila, je te préfère savoir énervée contre moi et pas démolie comme ça... Il faut donc que je la provoque.
- Je ne t'ai pas ignorée! Arrête de penser que tu es le centre du monde. T'avais qu'à venir me voir si tu en crevais autant d'envie!
Je dis cette phrase dans le ton le plus arrogant possible. Je sais que ça va l'énerver, et qu'elle me haïra dans sa tête... au moins quelques instants. Et ça marche.
- Monsieur ne se prend pas pour de la merde, dis donc! Tu me dégoutes à être si arrogant. Mais tu vas tomber de haut Niko, crois moi.
Je m'apprête à rentrer mais il me retient par le bras. Quoi encore? J'ai mal à la tête et j'ai besoin de m'asseoir. Et je suis trop conne, ma voix m'a trahie tout à l'heure quand je lui ai demandé pourquoi il m'avait ignoré. Je lui ai laissé voir ma faiblesse: lui, en l'occurrence. S'il avait des doutes sur l'amour que je lui porte, c'est mort, il peut en être sûr maintenant. C'est ça le problème de l'alcool, c'est que la 'censure' est en mode-off. Sans aucune goute d'alcool dans le sang, je n'aurais jamais demandé "pourquoi tu m'as ignorée?", jamais je me serais rabaissée comme ca. Je me retourne pour voir ce qu'il veut, mais il ne fait que me fixer. Je me libère donc de sa main -de sa patte, oui, c'est mieux- et rentre. Je cherche les toilettes, je pense que je vais vomir. Je marche par le long couloir qui me conduit à eux. Quelqu'un me suit, mais je ne peux pas prendre le temps de m'attarder à regarder de qui il s'agit. J'arrive enfin, et m'agenouille devant les toilettes pour vomir. Ce quelqu'un est rentré et se trouve derrière moi. Il ou elle me tient les cheveux pour pas que je les salisse. Ca y est. Je vomis tout l'alcool consommé. C'est tellement désagréable que les larmes me montent aux yeux. C'est la partie la moins drôle du bourrage de gueule. Je me relève doucement et me rince la bouche dans l'évier. En relevant ma tête de celui-ci, j'aperçois Quentin dans le miroir, derrière moi, le regard préoccupé. C'est donc lui qui m'a suivie.
- Je vais te ramener chez toi choupette. Ca va mieux?, me demande-t-il.
- Oui, ça va, excuse moi d'avoir été désagréable tout à l'heure. Mais tu sais que quand on s'engueule avec Niko, c'est dangereux de s'approcher.
- Allez viens, tu me raconteras la suite passionnante de cette histoire dans la voiture, je te ramène. Je ne te laisserai pas conduire dans ton état. Qu'est-ce qui t'a pris d'autant boire?
- Hum je n'ai pas fait exprès. Quand je me suis rendue compte qu'il fallait que j'arrête, j'étais déjà bourrée tout simplement. Roh, ne me regarde pas comme ça, ça arrive à tout le monde!
Il me prend la main et on refait le petit chemin pour revenir au salon. Je m'empresse de dire au revoir à Max, Fab, Carol, Kevin -qui me lance un regard interrogateur-, et les autres. J'ignore Niko qui pourtant se trouvait avec eux. Je sors et attends Quentin dehors. Il ne met pas longtemps à me rejoindre et on monte dans la voiture. J'ai vraiment la tête qui tourne et je prie pour que le trajet se passe rapidement.
- Pourquoi vous vous êtes pris la tête cette fois?, me demande-t-il, tout en faisant marche arrière pour sortir du parking.
Je me prends la tête entre les mains. Pourquoi on s'est énervés déjà? Ah oui... Je dansais... Mais il n'a pas son mot à dire merde! Si? J'espère que Quentin saura m'éclaircir là-dessus. Je le regarde concentré dans la route et lui dis:
- Il est vraiment bizarre, tu sais? Je dansais avec Kevin et...
- Oui, je vous ai vus aussi. Enfin, je parlais à Niko, qui était censé m'écouter par la même occasion et puis j'ai suivi son regard. Il vous regardait danser, donc j'ai compris. Je le connais trop bien; ça a du le rendre jaloux et il a du te taper une scène... c'est ça?
- Tout à fait. Mais il a fait passer sa jalousie pour de la 'préoccupation' pour moi. Au lieu d'avouer qu'il était jaloux, il m'a traité de salope. D'après lui je dansais comme une salope, et soit disant il ne voulait pas que je dégage cette impression. Je n'ai jamais vu autant de mauvaise foi réunie en une seule personne!
- Hum, en effet. Mais tu sais, il est comme ça. Autant crever que s'avouer qu'il ressent encore quelque chose pour toi. Il a trop d'amour propre. Il a mis fin à votre relation, donc il ne doit plus t'aimer. C'est ça sa logique, tu me suis?
- Non, pas du tout.
- Il est vraiment orgueilleux. Il ne peut pas se permettre de revenir sur ses décisions, parce que tout ce qu'il fait est juste -pour lui-. Il ne reconnaît pas ses erreurs. Je ne sais pas s'il t'aime encore, mais en tout cas il est très possessif avec toi. Tu devrais l'oublier Leilou...
- Han? Mais je l'ai oublié, ne t'inquiète pas. Je..
- C'est à moi que tu essayes de faire gober ça? Je vous connais les deux. Ecoute, ne déprime surtout pas quand tu arrives chez toi, tu vas direct te coucher! Et puis, si tu ne peux pas éviter de penser à Niko, pense à dimanche..., dit-il levant les yeux au ciel.
Une fois arrivés, je lui fais un gros bisou sur sa joue, lui murmure un merci et descends à toute vitesse. Je rentre et ferme la porte derrière moi. Quel connard celui-là. Mais il va payer tout ce qu'il me fait, ça c'est sûr.
Si vous saviez comme ça me touche .
♥
