- Souvent pαr des chemins qu'on prend pour l'éviter. »
Jean de La Fontaine.
Ce soir... Non, je ne peux pas ce soir mec. Il croit vraiment que le monde tourne autour de lui ou quoi ? Je vais à l'université moi, je ne fais pas que poser pour des magazines à longueur de journée. Je dois aussi rattraper ma nuit d'hier... Non. En tout cas j'espère qu'il se prépare psychologiquement, parce que je compte lui faire sa fête quand je le verrai. C'est dingue comme il peut mettre mes nerfs à fleur de peau en deux minutes.
Je relis le sms et mon attention se focalise sur la première partie. Bonne question... Je ne sais pas moi non plus. Il a beau chercher ? Mais je ne lui ai rien demandé moi ! Il a qu'à arrêter de se poser autant de questions de merde et oublier que j'existe bordel. Ce que je ne comprends pas c'est pourquoi il s'est acharné sur moi comme ça... POURQUOI. Je me laisse tomber en arrière sur le dossier de la chaise et soupire bruyamment. Quand est-ce que cette histoire va arrêter de me prendre la tête... Je ferme les yeux pour pouvoir réfléchir avec clarté... Et une question incontournable fait irruption dans mes pensées : Pourquoi suis-je aussi désagréable envers lui ? Je ne suis pas comme ça... Penser toutes ces méchancetés à son égard ne me ressemble pas. Depuis quand je juge les gens comme ça ? Mais faut dire aussi que son côté buté m'exaspère. Hum, non.., faut que j'arrête de me justifier...
En fait... J'essaye de me persuader que je le hais, qu'il m'énerve, qu'il est lourd... mais non, je ne le connais pas ; pourquoi alors j'essaye de le détester à l'avance ? Tant de haine gratuite... Je ne me comprends pas, ou plus. Je croyais tout maitriser et bien non. Je ne sais pas pourquoi il me met dans tous les états. Je peux le trouver sympa –lorsque je pense à vendredi-, attirant –lorsque je pense à son sourire, à son regard-, passionné –lorsque je me rappelle sa façon de parler-, mais aussi chiant, manipulateur, obstiné, borné, lourd, arrogant... Oh mon dieu... Comment il fait ? Il faut que j'arrête de me voiler la face, et de m'auto-convaincre que je ne veux pas le revoir, qu'il me saoule... Car je ne tremblerais pas comme une feuille à chaque fois que mon portable sonnerait si c'était le cas. Mais je ne veux pas ! Je ne veux pas accepter... Je ne crois plus à toutes ces conneries.
J'en suis là, perdue dans toutes ces pensées contradictoires lorsque quelqu'un frappe timidement à la porte. J'ouvre les yeux et me retourne. Quentin apparait derrière la porte. Je ne peux éviter d'afficher mon air surpris. C'est vrai, j'avais oublié qu'il allait débarquer d'un moment à l'autre. Il s'approche lentement de moi et pose ses lèvres roses sur ma joue. Ensuite, Il s'assoit tranquillement sur le lit, face à moi.
- Excuse-moi d'avoir été désagréable au téléphone. Dernièrement... Je ne sais pas trop ce qui m'arrive... lançai-je dans un murmure.
- Laisse-moi te dire que moi j'ai une petite idée de ce qui t'arrive... Est-ce que cette petite chose qui te tracasse ne s'appellerait pas Bill par hasard ?
Ses mots ont pour effet de former un n½ud déplaisant dans mon estomac. Je sens ma gorge se serrer. De quoi il parle... Qu'est-ce qu'il en sait lui ! Personne d'autre à part moi est au courant de ma lutte anti-Bill. Ses yeux bleu intense me fixent et je dévie le regard, gênée.
- Mais non. Mais non... Pourquoi tu dis ça ?, répondis-je.
- Parce que c'est à cause de lui que tu ne parles plus à Leila. Tu dois donner beaucoup d'importance à ce mec pour que tu lui en veuilles autant...
Rodée -en beauté !- ma belle. Mais trop pas. Il n'est pas important ! Non ce n'est pas ça...
- Oh non Quentin... Ca n'a rien à voir. Je n'ai juste pas aimé qu'elle se mêle de ma vie comme ça. Ecoute, ne te sens pas obligé de nous réconcilier tu sais... Ca passera tout seul.
- Pourquoi tu ne m'en parles pas ? On se connaît depuis qu'on pataugeait à poil dans la piscine... Donc bon, le moins qu'on puisse dire c'est que je te connais... et très bien.
Son image de nous à la piscine à poil me fait sourire. C'est vrai que ça fait une éternité que l'on se connaît et qu'il est comme mon frère. Enfants, c'était toujours lui et moi, contre Leila et Marco. Mais maintenant les choses ont changé, on a grandi. Je ne peux pas me confier à lui comme autrefois. Personne peut voir à quel point je suis fragile... Non. On m'a brisé une fois. Ca n'arrivera plus jamais.
- C'est quoi ton délire avec ce gars... Tu as vu ses cheveux ? Non, me fais pas cette tête, tu les as vus ?
Je le regarde amusée. Et moi qui croyais qu'il était sérieux pour une fois... Eh bah ça n'a pas duré longtemps. Tant mieux, ses questions commençaient à me déranger.
- Tinou, tu dis n'importe quoi... Tout va bien. Je t'ai dit, je n'ai pas apprécié l'attitude de Leila. Ca ne se fait pas, tout simplement.
- Explique-moi dans ce cas où est la gravité de la chose, parce que moi perso, je ne la vois pas.
- Ne joue pas les sérieux, ça ne te va pas du tout, lui dis-je souriante.
- Nadia, je connais mes limites. Donc tu vas arrêter d'éviter mes questions et réponds-moi. Qu'est-ce qui se passe !? Pourquoi c'est l'apocalypse que ce gars ridicule ait ton numéro ?
Il ne va pas me lâcher lui non plus. Je commence à paniquer, à me sentir impuissante... Je ne veux pas lui en parler, pourquoi toutes ces questions... Je ne veux pas sortir de ma carapace protectrice. Je ne veux pas le laisser entrer, même si c'est Quentin, mon adorable Quentin... Malgré moi je commence à trembler, ce qui trahi mon faux air « tout va bien ». Je vois Quentin se lever et venir s'agenouiller devant moi.
- Nadia... Tu me fais peur là.
- Oh Quentin... Tu ne peux pas savoir à quel point je suis contrariée. Pendant les vingt minutes que j'ai passé avec Bill, je me suis sentie trop impuissante, je ne contrôlais pas mes émotions, il m'a vraiment fait de l'effet. Pas dès le début, parce que je ne pigeais rien à la situation, et j'étais sur la défensive... Mais lorsque j'ai rangé mes crocs, lorsque j'ai rangé mes armes... Il m'a trop déstabilisée. Et tu sais que moi je fuis ce genre de situations. Depuis... Enfin, tu sais. Et, c'est pour ça que j'ai refusé de le voir. Et que là, Leila se permette de m'obliger à faire face à tout ça une nouvelle fois... Ca m'a mise hors de moi. Bon, là c'est à cause de mon frère si je dois le revoir, donc Leila n'est plus vraiment fautive. Mais tout a commencé par elle. On dirait que tout le monde est contre moi, que le destin s'efforce de me faire subir ça, qu'il me met à l'épreuve. Et moi, je lutte quand même, je me force à le haïr pour ne pas devoir vivre tout ça une nouvelle fois tu sais ? Parce que même s'il ne m'a pas demandée en mariage, s'il veut juste me revoir « pour faire connaissance » je cite ses mots... Eh bien, je me connais moi, je sais que je suis une conne sensible qui va s'attacher pour n'importe quoi... Et je ne peux pas me permettre tout ça... Quentin ?
Il me regarde, complètement plongé dans mon regard, complètement absorbé par mon discours. J'ai craqué, mon dieu. J'ai tout dit. Mais, je suis heureuse de l'avoir fait devant Quentin et pas quelqu'un d'autre qui aurait un peu forcé. J'essaye de déchiffrer ce qu'il pense à travers ses yeux, mais non, je n'y arrive pas. Son regard reste impénétrable.
- Nadia... Ce qui s'est passé avec Damien, c'est du passé. Ce que tu ne peux pas permettre ce n'est pas de t'empêcher de vivre des nouvelles rencontres, mais de laisser ce passé te hanter. C'est fini, c'est passé. Enterre-le une fois pour toutes. Et ce n'est pas le destin qui s'obstine à te faire souffrir, ça s'appelle la « vie », lance-t-il et fait une pause. Je dois dire que je ne m'attendais pas du tout à ça... Et il y a quelques parties que je n'ai pas comprises... Qu'est-ce qu'il a à voir Marco dans tout ça ?
Ses premiers mots sortis de sa bouche travaillent dans ma tête. Il a raison, et pourtant...
- Nadia... Marco dans tout ça ?
- Marco... Oh.. Il a été accepté dans son école de journalisme. Il a du passer un entretien. Mais pour être admis totalement, il doit présenter un dossier qui consiste à faire une interview à une star connue. Et.. Je lui ai passé le numéro de Bill, et... Bill.. Il ne concède l'interview que si moi j'accepte de le revoir. Oui cherche pas, il est grave ce mec.
- Putain mais moi je ne suis au courant de rien de ce qui se passe dans cette maison ! Je vais aller le chopper après Marco. Il faut vraiment vous presser pour vous sortir les informations, hein ! Ca doit être de famille, enfin bref. Continuons...
- Bah c'est fini quoi...
- Bon écoute. Il faut que tu arrêtes de t'empêcher de vivre toutes ces émotions... Tu es encore un être humain je te rappelle. Ce n'est pas en fuyant ce genre de situations le reste de ta vie que tu seras à l' abri d'émotions fortes et que tu ne contrôles pas. A un moment ou à un autre, tu devras passer par là, que ce soit avec ce Bill -dont je désapprouve ses cheveux ridicules- ou un autre. Et c'est très puéril bouder Leila pour ça, j'espère que tu en es consciente. Parce que le problème vient de toi, qui ne veut pas avancer.
Il se relève et s'allonge tranquillement sur le lit. Ses mots... Ils sont tellement vrais. C'est pour ça que je ne voulais pas en parler avec lui, ni avec personne. Il me lance toutes ces vérités en pleine figure, comme ça. Mais... Il n'y a que la vérité qui blesse, on dit ? Eh bien, on dit bien. Je me lève avec peine de ma chaise et m'allonge à ses côtés. Il m'entoure les épaules avec l'un de ses bras.
- Ce qui me tracasse moi c'est... Comment il fait ce mec pour faire mouiller les culottes d'autant de filles ? Tu as vu sa gueule !?
Je ne peux m'empêcher d'éclater de rire.
- Ne sois pas jaloux Tinou. Il est beau... Aussi beau que toi, je te rassure, dis-je pour le consoler.
- Ah non, arrête... Je suis mieux quand même ! Lui... On dirait une fille franchement !
- Moi je trouve ses traits parfaits... Fins.... Proportionnés...
- Oulala... ça se voit qu'il t'a fait de l'effet oui...
Je lui donne un léger coup de coude entre ses côtes, ce qui a pour effet de le fait rire. Je me sens mieux. Il sait tout maintenant. Le fait d'avoir parlé m'a enlevé ce poids. On reste quelques instants comme ça, dans les bras l'un de l'autre, savourant ce moment.
- Quentin ?
- Hum ?
- Merci.
Pour unique réponse il me fait un bisou sur ma joue. Et c'est là que la porte s'ouvre dans un fracas assourdissant pour ensuite laisser entrevoir un Marco vêtu seulement d'un jean.
- Ouuuuh, pardon... Alors comme ça, on fait réunion et on ne m'invite pas ?, lance-t-il d'un air amusé.
- Et moi alors ?, dit derrière lui une voix que je reconnais immédiatement.
Leila se glisse sous le bras de Marco pour entrer dans la chambre. Deux paires d'yeux nous fixent Quentin et moi, allongés sur le lit.
- Bah pas besoin de vous inviter puisque vous le faites très bien tous seuls.. C'est la fête ici dites donc... , annonce Quentin jovial.
- Nadia, dois-je te rappeler à quoi sert un portable ?, demande Leila s'adressant à moi, les bras croisés sur sa poitrine ; un sourcil levé.
- Et toi Marco, dois-je te rappeler de m'avertir lorsqu'on est admis dans une des meilleures écoles de journalisme du monde ?, demande à son tour Quentin.
- Eh bien, vu qu'on est dans la lancée des reproches, dois-je vous rappeler qu'on frappe à la porte avant d'entrer ?, exclamai-je à mon tour.
On éclate de rire tous les quatre à l'unisson. Marco et Leila viennent nous rejoindre sur le lit, comme on faisait lorsqu'on était petits. Sauf qu'à l'époque on rentrait les quatre dans un lit deux places... Là, ça commence à devenir un peu serré.
- Qu'est-ce que tu fais là Leila ?, demande Quentin, une fois que l'on s'est calmés.
- Bah je suis venue parler avec Nadia... Marco m'a ouvert la porte et on est montés ensemble. On ne savait pas que tu étais là... Et toi ?
- Bah je suis aussi venu parler avec Nadia...
Je les vois échanger un regard complice, de complot je dirais... Mais je dois être en train de me faire des films.
- Eh bien ma s½ur est très sollicitée, c'est le moins qu'on puisse dire... Personne ne vient me voir moi ?, demande Marco, sous un air faussement boudeur.
- Je serais venu te voir moi si j'avais su que tu étais accepté dans cette école sale gosse ! Oh oui... et t'inquiète, je comptais passer après te faire chier un peu : Alors comme ça on va interviewer Bill des Tokio Hotel ?, demande Quentin moqueur.
- PARDOOOOOOOOONNNN ?, exclame Leila, se redressant d'un coup.
Mon dieu, elle va me laisser sourde si à chaque fois qu'on prononce le prénom « Bill » elle réagit comme ça... Merde ! Bill ! Je ne lui ai pas répondu !!! J'ai complètement zappé. Bon, il faut que je l'appelle après..
- Leilou, mon c½ur, tu peux désactiver ton micro intégré ?, réplique Marco. Oui, pas de bol, il se trouve juste à côté d'elle.
- Très drôle ! Déjà, de une, moi non plus je n'étais pas au courant pour ton école, commence Leila, sous un ton accusateur. Et de deux, tu rigoles ?! Tu vas inter...
- Mais arrêtez de me faire un caca nerveux pour l'école, je n'ai su qu'aujourd'hui ! Et oui, je vais interviewer ce gars..., répond Marco, mais il s'empresse de rajouter, repérant le sourire moqueur de Quentin. Mais parce que je n'ai pas le choix ! Et puis il me sauve la vie, donc je l'aime ce mec. Peu importe qu'il chante de la merde.
Leila inspire tout l'air dont ses poumons sont capables, les sourcils froncés. Ouille, je la sens venir.
- Attention à ce que tu dis ! Il chante super bien ! Et puis, ne parle pas si tu ne connais pas, d'accord ? Je ne te laisserai pas les insult...
- Ok, j'ai compris chérie, caaalme toi... Ca vous dit on descend manger ?, la coupe mon frère.
- Marrrccccoooo !!!, crie Leila s'agrippant à lui. Je pourrai être présente à l'interview ? S'il te plait !! Je te promets je serai sage, je ne dirai pas un seul mot, je prendrai calmement des notes, s'il te plait, s'il te plait !!!
Quentin et moi nous contentons de nous délecter de ce spectacle qui se déroule sous nos yeux.
- Et si on continuait cette passionnante conversation devant une bonne pizza ?, lance enfin Quentin, en se levant.
Marco et Leila font de même, tout en continuant à débattre sur cette interview et se dirigeant vers les escaliers. Quentin, encore dans la chambre et remarquant que je ne bouge pas me demande :
- Tu ne descends pas ?
- Si, j'arrive... J'ai un appel à faire. Je vous rejoins dans deux minutes.
Il me fait un clin d'½il et répond :
- Comme tu veux.
Il ferme la porte derrière lui et moi je cherche des yeux mon portable. Lorsque je le trouve, je cherche dans le répertoire le numéro de Bill et appelle. Je sens le stress monter en moi, mon c½ur se met à battre à mille à l'heure. Ca sonne...
- Allo ?
Cette voix...
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