- si elle αpprenαit jαmαis rien -
qu'αimer est un mαuvαis sort comme ceux qu'il y α dαns les contes,
contre quoi on ne peut rien jusqu'à ce que l'enchαntement αit cessé. »
Proust.
- Chéri, la tornade rousse arrive. Tu ferais mieux de quitter tes rêves en douceur si tu tiens à conserver ta bonne humeur.
Lance-je au passage, poursuivant mon chemin vers la pièce adjacente. Je l'entends vaguement grogner quelque chose mais je suis déjà trop loin. Je me précipite sur le placard et en sors mon futur petit déjeuner. Je m'apprête à le préparer lorsque la sonnette se fait inlassablement entendre.
- C'est bon. J'arrive !
Vocifère-je, laissant à contrec½ur les céréales sur la table. Mes pas endormis me guident vers la porte que j'ouvre en fracas, pour qu'elle arrête d'appuyer sur cette putain de sonnette.
Elle sourit faiblement et laisse tomber sa main dans l'air sur le côté :
- J'avais peur que tu n'entendes pas ...
Je lui réponds par une grimace et retourne dans la cuisine, laissant la porte ouverte derrière moi pour qu'elle rentre. J'entends ses pas pressés me suivre à toute vitesse et fermer la porte rapidement. Je n'ai pas besoin de la regarder pour deviner que ses mouvements débordent d'énergie. Comment elle fait ? Elle n'a pas dormi en plus ! Je ne comprends pas ... Tout corps humain a besoin d'une dose de sommeil quotidienne, pourquoi le sien vient avec la dose intégré ?
Je laisse échapper un soupire, et prépare mon bol de céréales.
- Nad, t'arrêtes de faire le cadavre ?,me lance-t-elle joviale, se servant du jus d'orange.
Je lui adresse un regard fatigué et réponds, machinalement :
- Je ne fais pas le cadavre, je suis un cadavre à neuf heures du ...
- Tu ne comptes pas me demander comment ça s'est passé avec Tom ?
Me coupe-t-elle euphorique, ne pouvant plus se retenir sûrement.
- Je n'ai pas besoin de te le demander Lei ...
- Tu as raison ! C'était ... Je n'ai pas les mots. Indescriptible ... Je ne sais même pas par où commencer. Tu t'en rends compte ? J'ai passé trois heures dans l'hôtel avec Lui. Avec Tom Kaulitz. Le même dont je te parle depuis deux ans ! Cette star, ce guitariste, ce groupe. Je ne réalise pas vraiment encore. En allant à cette soirée, l'idée d'effleurer ses lèvres ne m'avait même pas traversé l'esprit. J'allais les voir. Eux. En vrai. C'est tout ce qui comptait pour moi. Tu te rappelles comment ça a commencé ? On s'est embrassés une fois dans la boîte, mais après plus rien. On délirait, mais je pensais que ça allait s'arrêter là. C'était plus que suffisant pour moi. Ce baiser, dans la piste ... C'était magique. Sur le moment, j'y croyais tellement pas ... Je ... Pour moi je rêvais, et je priais pour pas me réveiller à ce moment là. D'ailleurs, lorsqu'une vilaine larme s'est échappé, il a dû capter que j'étais aux anges et il a dû me prendre pour une débile. Enfin, ce baiser, là, c'était suffisant pour moi, tu sais ? Mais je ne sais plus pourquoi il m'a proposé de finir la soirée avec lui. Ah si, c'est parti d'une connerie sur les filles. Quand il m'a proposé ça, j'ai vraiment ressenti l'envie de lui foutre des baffes. Je pensais sérieusement qu'il se foutait de moi ouvertement. Ca ne se faisait pas. Mais il a insisté, vraiment Nad ! On est sortis de la boîte et il m'a demandé encore de venir avec lui ! Et là, j'ai commencé à comprendre que ce n'était pas un rêve. Que j'allais vraiment finir la soirée avec le fameux guitariste qui me hante depuis une éternité. Donc on est rentrés vers quatre heures, tu es partie tôt quand même toi ... D'ailleurs Bill t'a raccompagné on m'a dit ?
M'interroge-t-elle distraite, soudainement. Je manque de m'étouffer avec les céréales que je digère en l'écoutant. Je ne m'attendais pas à ce que son moulin à paroles dérive sur ma petite personne. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle me parle de Bill. Je détourne le regard, gênée :
- Oui. Mais continue de me raconter.
L'incite-je. Je sais qu'elle ne résistera pas et poursuivra à me parler d'elle et de son amour platonique. De toute façon, je ne parlerai pas de Bill.
- Tu ne m'échapperas pas Nad ... Mais soit. Je continue.
Je soupire, soulagée, et replonge dans mon bol de céréales presque fini. Mais lorsque Leila s'apprête à reprendre son récit, on entend une voix masculine provenant du salon :
- Leila, tu peux aller raconter ton histoire de cul en haut et arrêter de corrompre mon innocence ?
- Non Marcounnet, je suis bien là ! Et donc on arrive à l'hôtel et ...
- Saute les détails alors ! Merci !
Crie alors Marco. Je souris et me lève pour ranger ce qui reste sur la table.
- Oui, bon ... Ton frère a raison, je vais peut-être sauter cette partie. On n'a pas joué au scrabble si tu veux savoir ...
Je me retourne vers elle interloquée, les yeux ronds. Elle a vraiment couché avec lui ? Mais ... Je reste un moment immobile, attendant qu'elle me dise qu'elle rigole. Elle arrive sûrement à lire ma répréhension dans mon regard, car elle reprend :
- N'importe qui aurait fait la même chose à ma place. Excepté toi, car tu es un extra-terrestre.
- Oh, merci du compliment Lei.
- Non mais tu n'as pas un idole comme ça, tu es ...
Dégoutée des mecs, oui. Elle ne fini pas sa phrase, mais elle a pensé la même chose que moi. J'entame le chemin vers ma chambre, et elle s'empresse de faire de même.
- Nad, si seulement tu pouvais comprendre ... Te mettre à ma place ... Oui, je l'idéalise peut-être beaucoup –trop- mais c'est ainsi et ... J'ai réalisé quelque chose de géant pour moi. Même si je suis carrément insignifiante à ses yeux. Enfin, je ne sais pas comment expliquer ...
J'ouvre la porte de ma chambre et, face au bordel qui y habite, je désespère. Je me laisse tomber sur le lit sans pour autant arrêter de l'écouter.
- Je ... Peut-être que si je n'avais rien fait je l'aurais regretté, tu ne penses pas ? Et là, c'est vrai, ce matin, je me suis sentie mal d'avoir cédé aussi facilement, mais au même temps, c'est Tom. Oui, je sais, me regarde pas comme ça, c'est un mec comme un autre pour toi, mais non, pour moi il y a une histoire derrière le nom « Tom Kaulitz », il y a un contexte, il y a ... Tellement de choses. Je m'en suis voulu, je ne vais pas te mentir. Je suis une de plus, et j'essaye de me convaincre que ce n'est pas grave, tu sais ?[
Alors qu'elle parle, elle est toujours débout, figée, planté à l'entrée de la chambre. Elle parle, et fait des gestes de ses mains au même temps. Lorsqu'elle finit sa phrase en m'interpellant, mes yeux se posent sur les siens et j'arrive à lire le tourbillon de sentiments contradictoires qui la traversent. Ses yeux verts obscurs traduisent parfaitement la confusion qui la ronge.
- Tu n'as pas à te justifier Lei. Tu as raison, moi je ne peux pas comprendre ce « fanatisme ». Cela dit, je sais combien c'est important pour toi. Et je comprends. Te connaissant, tu aurais regretté si tu avais refusé. Ne te prends pas la tête ... Je n'irai pas jusqu'à dire « Tu as bien fait » car non, pour moi tu n'as pas bien fait, tu le sais, mais c'est mon côté extra-terrestre qui dit ça ... L'infime côté humain qui me reste te comprend et partage cette joie avec toi. Vraiment. Ca arrive pas à tout le monde se taper son fantasme –qui de plus est une rock star-, hein ?
Elle esquisse un sourire radieux et se jette sur moi, dans un élan d'euphorie.
- Tu es plus humaine de ce que tu crois ! Huuuuh, je t'aime ! Mais tu restes quand même un peu –beaucoup- extra-terrestre !
J'éclate de rire sous son poids et lui pince les bras pour qu'elle me laisse respirer. Ce qu'elle fait immédiatement et s'étale à mes côtés.
- Je te sens soulagée tout d'un coup ... Tu sais, tu n'avais pas besoin de ma bénédiction hein.
Elle se redresse d'un coup et débordante d'une nouvelle énergie, se met à plier les habits qui sont éparpillés un peu partout.
- Si. C'est vrai, pour moi c'était un poids, je ne savais pas si j'avais bien fait, mal fait ... J'avais peur de ce que tu puisses penser ...
- Arrête Lei, je ne me permettrais pas de te juger, j'essaye de te comprendre ... & Ce qui est bien ou mal pour toi, tu devrais le savoir. Si tu penses que tu pourras vivre avec ce souvenir, et faire en sorte que ça reste le plus beau souvenir de ta vie, et bien, tu n'as pas à te poser des questions ... Maintenant si cette nuit va te hanter et te faire déprimer car ça n'a duré que quelques heures, là, je n'adhère pas ... Je te fais confiance, je sais que tu sauras gérer tout ça ...
Elle s'arrête quelques instants, et s'approche du mûr où gisent mes photos. Elle pose un doigt sur une photo de Nikola et Quentin. Doucement, son doigt caresse le doux sourire glacé de Niko.
- T'inquiète. Je pense que la réalité va me rattraper plus vite que prévu, me répond-elle, nostalgique.
- Oh non, tu ne vas pas te mettre à penser à cette espèce de pisseux.
Réplique-je, enfouissant ma tête sous l'oreiller, me disant que ma rousse est un cas désespéré. Si ce n'est pas ce Tom, c'est Niko et vice-versa.
- Cela dit le « Post-it » fait tâche au milieu des pho ...
Commence-t-elle. Mais je ne prête presque plus attention, le sommeil revenant à l'attaque.
- « A défaut de ne pas pouvoir te revoir en vrai, je me suis permis de t'emprunter une photo. Bisous, Bill : ) » , lit-elle à haute voix.
Le prénom « Bill », prononcé par Leila, me fait rapidement quitter mon monde onirique. Bill ? Elle a vraiment dit "Bill" ou je délire ? Je sors un ½il de sous l'oreiller et la vois lire un papier rose –ceux que j'utilise pour la fac-, la bouche ouverte, les yeux écarquillés. Exactement comme elle fait lorsque la situation la dépasse. Lorsqu'elle hallucine complètement. Je ne comprends pas ce qui la fait tirer cette tête de conne, et je ne cherche pas à comprendre. Je me réfugie une fois de plus sous l'oreiller afin de dormir un peu. Mais sa voix –qui me semble lointaine- m'interpelle encore :
- TU NE M'AS PAS DIT QUE BILL ETAIT RENTRE DANS TA CHAMBRE !!!
Crie-t-elle, sautillant sur le lit. Cette fois, sa phrase a atteint mon cerveau. Je n'ai pas trop eu le choix à vrai dire. Mais le fait qu'elle reparle de Bill sans cesse, me rappelle cette soirée avec Lui, alors que j'essaye de ne pas y penser. Et plus exactement, le fait qu'elle sache qu'il était dans ma chambre, fait trépigner mon c½ur frénétiquement. Ces détails, ces images refoulées, ces regards me poignardant jusqu'au plus profond de moi. Comment elle a su ? Je sors subitement ma tête de sous les draps et la regarde effarée. Elle se trouve à côté de moi, ses yeux verts plantés sur moi, exigeant une explication.
- Comment tu...
La fin de ma phrase reste suspendue lorsqu'elle ébranle le petit papier rose de tout à l'heure sous mon nez :
- Là, Nadia ! Je ne comprends pas ... Pourquoi tu ne me dis rien ? Je commence vraiment à me poser des questions !
Des questions sur quoi ? Je lui arrache violemment ce maudit papier qui provoque une telle réaction chez elle et lis ce qu'il y a marqué dessus, d'une écriture qui m'est inconnue.
De « A défaut ... » jusqu'au smiley maladroitement dessiné, mon c½ur s'est arrêté. Ni une seconde de moins, ni une de plus. J'ai du mal à maîtriser ma pauvre respiration. Ces picotements si familiers et si imprévisibles chatouillent chaque parcelle de mon âme. Je lève la vue, par reflexe, cherchant la photo manquante. Mais il y en a tellement, je ne saurais pas dire laquelle.
Étourdie, je referme ma main tremblante sur ce bout de papier. Et j'ai peur. Peur des effets que ce simple papier, ces simples mots produisent en moi.
Leila passe sa main devant mon regard perdu, loin, très loin. Oui, je vois sa main s'agiter devant ma vue, et pourtant ... Je suis ensorcelée. Par tout ce que je ressens.
Ma bouche articule machinalement :
- Lei ... J'ai besoin d'être seule deux minutes. Je t'expliquerai tout après, promis.
- Ca fait une semaine que tu me dis que tu m'explique...
- S'il te plaît ...
Ses yeux s'attendrissent, et sa tête acquiesce. Je l'aperçois sortir de la chambre. Et je me recroqueville enroulée de mes draps blancs.
Comme si ma propre vie ne m'appartenait pas, comme si elle n'était qu'une pauvre victime du destin, comme si elle n'était que le comble de malchance. Oui, je ne suis plus actrice de ma vie ; je la regarde filer devant mes yeux. Elle ne m'appartient déjà plus depuis longtemps.
Et pourtant, j'essaye encore & encore. De ne pas baisser les bras, de vaincre le destin. De devenir moi-même.
C'est pareil.
Bill ... Et cette expression sur son doux visage quand nos regards se transperçaient, comme une phrase doucement murmuré, comme une caresse qui brûle, comme un baiser volé. Cette expression qui ne demande qu'à être prise en compte, qui réclame haut et fort Confiance... Cette expression qui me dit que tout ira bien.
Cette expression que je ne veux pas avoir à voir. Et surtout pas à Subir.
Mes peurs & inquiétudes, mes frustrations & déceptions, mes ressentis & mes blessures se sont emmêlés, formant un n½ud entre elles m'empêchant de faire confiance, de croire en tout, d'aimer, me rendant même amère à la moindre affection.
- Tu m'aimes ?, te demandai-je.
- Oui. Je t'aime.
- Jusqu'où ?
- Jusqu'à la Nouvelle Zélande. C'est l'endroit le plus loin où l'on peut aller avant de faire demi-tour.
- Tu m'aimes ?
- Oui ... Pourquoi tu me le demandes toujours ?
- J'ai besoin de l'entendre. Tu m'aimes jusqu'où aujourd'hui ?
- Imagine le plus loin que tu peux, ça y est ?
- Oui. Ca y est.
-Et bien, plus loin encore.
- Je croyais en Nous.
- Moi aussi je croyais en nous Nad. Moi aussi. Mais toutes mes certitudes se sont effondrées. Je ne sais plus rien. Enfin si, je suis sûr d'une chose : je ne le veux pas.
- Et toutes tes belles phrases ? Ils sont passés où tes mots doux ? Ton amour ?
- Les mots ne sont que des mensonges.
- Alors tu ne m'aimais pas comme tu le prétendais ...
- Ce n'est pas si simple.
- J'y ai cru. Tu as rempli mon c½ur d'illusions, tu le sais ?
- Je le sais. Désolé.
Encore aujourd'hui je me rappelle à quel point ça me secouait les tripes la détermination avec laquelle tu prononçais ces trois mots ... « Je t'aime » ...
Et mon c½ur acclame défaite lorsque je remarque que c'est celle-ci qui manque, que Bill a emporté avec lui.
Je sais que dans ce chapitre -& dans le précédent- il ne se passe pas grand chose, mais je dois introduire leurs passés x) ... Pour la suite ... Huhu.
Alors, j` aimerais savoir ce que vous en avez pensé?
Tout d` abord sur Leila & ses sentiments confus concernant ce qu` elle a fait .
Ensuite sur Nadia & son éternel combat .
& sur Damien, même s` il n`y a qu` un court Flash Back.
Moment préféré ? / Réplique préférée ? : )
( J` adooooooooore xD )
Merci encore pour vos commentaires, Merci : )
A bientôt petites coquines x)

